PRÉFECTURE APOSTOLIQUE DU ZANGUEBAR MÉRIDIONAL
Cette nouvelle mission s'étend du 7° degré de latitude australe au cap Delgado et aux possessions portugaises de Mozambique. Elle a pour limites : au nord, le vicariat du Zanguebar septentrional ; à l’ouest, les vicariats de l'Ounyaniembé et du Tanganika oriental ; au sud, la mission du Nyassa et la préfecture de Mozambique ; à l'est, l'Océan indien.
La préfecture apostolique, érigée en 1887 et confiée aux Bénédictins de Bavière, n’a encore d'autre histoire que celle de la catastrophe qui l’a anéantie au berceau.
Quatorze religieux et religieuses avaient débarqué pleins d’ardeur, dans le courant de 1887. Déjà, ils avaient réuni autour d'eux une centaine d'enfants des deux sexes et fondé la station de Pugut, au sud de Bagamoyo. Le premier succès avait coûté cher. Dès le début, un Père et une Sœur avaient succombé aux ardeurs du climat, un Frère et une autre Sœur avaient été forcés par la maladie de regagner l’Europe, et au commencement de 1889, le supérieur de la mission et un de ses Frères étaient retenus à l'hôpital européen de Zanzibar. Le 13 janvier 1889, les révoltés arabes envahirent à l'improviste la mission, massacrèrent deux Frères et une Sœur, firent prisonnier le reste de la communauté, trois Frères et une Sœur, pillèrent la chapelle et mirent le feu à l'établissement, Ce ne fut qu'après deux mois de longues et pénibles négociations que les Pères du Saint-Esprit obtinrent la délivrance des prisonniers, contre une rançon de 6.000 florins et l'échange d’un certain nombre de prisonniers arabes. Les malheureux enfants de l'orphelinat avaient été vendus comme esclaves. I! fut impossible de les sauver.
La mission du Zangu-bar méridional ne s'est pas encore relevée de cette catastrophe, mais elle s’en relèvera. Elle a reçu le baptême du sang, elle est assurée de ne pas mourir. Que les
| ennemis du christianisme creusent des fosses : de ces fosses, DIEU fera des berceau», et dans ces berceaux germeéra la vie.
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Statistique comparée des Missions du Zanguebar, En 1860 : néant.
En 1870: 1 mission, 1 préfet apostolique, 4 missionnaires, 2 églises ou chapelles, 4 écoles, 206 catholiques, En 1890 : 2 missions, 1 vicaire apostolique, 1 préfet, 22
missionnaires, 10 églises ou chapelles, 12 écoles, 2.590 catholiques.
Rx o$ IT. — MISSION D'ÉTHIOPIE. pe nt des amant * + 4)
"ANTIQUE Ethiopie, évangélisée dès les temps apostoliques par l’eunuque de la reine Candace, qui reçut le baptême des mains du diacre Philippe, fut définitivement convertie à la foi chrétienne, au cours du rve siècle, par saint Frumence, son premier évêque, Depuis quinze siècles, au milieu des flots toujours montants de l'invasion musulmane, ce Pays est resté inébranlablement attaché à la foi du CHRIST ; et c’est pour le penseur un spectacle frappant que celui de ce peuple héroïque, perdu au milieu de la barbarie mahométane, et demeuré, malgré tout, l'avant-garde de la civilisation et du christianisme en Afrique : € Pauvre et mébprisée, écrit le célèbre voyageur d'Abbadie, l'Abyssinie s'est consolée de ses douleurs en se sentant encore chrétienne. » Oui, l'Abyssinie est restée chrétienne, mais d'un christianisme bâtard et dégénéré, également dépourvu de dogme et de morale, Relevant du patriarcat d'Alexandrie, elle a naturellement embrassé, comme sa métropole, l'hérésie d'Eutychès et le schisme de Dioscore. Ce fut l'origine de sa décadence et de ses longs malheurs. Isolée de l'Europe catholique, elle n’était plus assez forte pour se préserver de l'anarchie. Les perpétuelles révolutions de palais, les commotions sanglantes : qui, plusieurs fois par siècle, bouleversent le pays, l'ignorance crasse du clergé, la pratique de la polygamie musulmane, la corruption chez les grands, la plus grossière Superstition dans le peuple, déshonorent cette Eglise, qui n'a plus guère de chrétien que le nom. Trois sectes rivales et ennemies se partagent les populations : la secte Karra, qui nie brutalement avec Eutychès la dualité de nature en JÉSUS-CHRIST ; la secte Quobeat, beaucoup plus modérée, et la secte des Trois Naissances, qui se rapproche tellement du catholicisme, que ja différence dogmatique entre ses partisans et nous est insaisissable, C’est à cette dernière branche que se rattachent la plupart des moines, et tout ce qu'il y a encore d'esprits distingués dans la nation.
Ajoutons, à l'honneur des Abyssins, qu'ils ont conservé la plus vive dévotion à la très sainte Vierge : trente-trois fêtes lui sont consacrées annuellement, et les Abyssins vénéraient son Immaculée - Conception longtemps avant que l'Eglise romaine l’eût définie comme dogme de foi. Cette piété envers Marie, jointe à la rigueur, tout antique, de leurs jeûnes, les a préservés des | tentatives que les protestants ont faites À plusieurs reprises pour les séduire,
Missions Catholiques
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€ Les moines, écrit le Rév. Gobat, évêque anglican de Jérusalem, qui séjourna plusieurs années en Abyssinie, sont devenus mes ennemis, et m'appellent musulman, parce que je condamne l’adoration de la Vierge Marie, et que j'affirme qu'elle est une pécheresse, qui attend, comme les autres femmes, son jugement (1). »
Quand le major Harris conduisit au Choa une mission anglicane subventionnée et payée par le Bouvernement anglais, il eut le p ‘aisir d'entendre les Abyssins se demander les uns aux autres : {Qui sont ces gens-là ? Sont-ils musulmans ?
Sont-ils juifs ? » Sur quoi, quelqu'un ayant insinué charitablement qu'ils appartenaient peut être
une secte de chrétiens dégénérés, les autres s'empressèrent de répondre : € Chrétiens ! c'est impossible, Ils ne jeûnent pas, et n’ont pas confance en Marie (2). »
Finalement, malgré la complaisance, chèrement payée, de l’Aboun ou métropolitain, les plaintes des fidèles etle scandale devinrent tels, que les Rév. ministres furent excommuniés nommément, Comme Zires que les Turcs, et tout essai de mission protestante en Abyssinie fut abandonné (3).
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L'Eglise catholique, qui a conservé la pratique apostolique du jeûne, et qui vénère en Marie l'intercession toute-puissante de la Mère de DIEU, est mieux en état d'agir sur les Abyssins, pour les arracher à leurs Superstitions et les ramener À la pratique de la vraie foi. Depuis le concile de Florence, le Saint-Siège n’a cessé de s'occuper de lAbyssinie.
Dès 1430, le pape Eugène IV avait envoyé au Négus un légat apostolique et plusieurs religieux franciscains, La légation fut faite prisonnière par les Arabes et ne put arriver au but de son voyage ; mais un prêtre éthiopien fut plus heureux, il parvint jusqu'en Italie, assista au
concile de Florence et témoigna, au nom de son Eglise, de la foi des Abyssins à la primauté du Vicaire de JÉSUS-CHRIST.
Un peu plus tard, grâce aux Portugais, maîtres des côtes de l'A frique orientale, des rapports suivis s'établirent entre l’Abyssinie et Rome. En 1555, à la demande du Négus, Jean III de Portugal fit partir pour l’Abyssinie plusieurs Pères Jésuites, ayant à leur tête Nunez, patriarche de l'Ethiopie, et deux évêques #» partibus, Oviedo et Cornaro, Mais, dans l'intervalle, une de ces révolutions de palais, si fréquentes dans le Pays, avait ramené au pouvoir le parti de l'hérésie. Le patriarche Nunez mourut à Goa, sans avoir pu entrer dans sa mission ; l'évêque Oviedo, plus heureux, pénétra dans le pays, mais pour être jeté dans les fers, où il mourut, en 1557, après une longue et douloureuse captivité héroïquement supportée,
1. Journai de trois ans de séjour en Abyssinie, ch, 4. 2. Major Cornwalis Harris, Zes Montagnes de l'Elhiopie. 3: Voir Marshall, Missions Chrétlennes, 1 vol. Abyssinie,
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Pendant un siècle, la mission d'Abyssinie passa par une succession d'épreuves et de prospérités. Mais les Jésuites rivalisaient d’ardeur et de zèle, ils se muitipliaient pour prêcher aux grands et au peuple la foi catholique, ils ramenaient du schisme un bon nombre de prêtres et de moines, ils convertissaient successivement deux Ges souverains du pays ; enfin, le 11 décembre 1624, l'Eglise d'Abyssinie,abjurant l'hérésie d'Eutychès et le schisme de Dioscore, rentrait dans le giron de l'Eglise catholique. :
Hélas! ce triomphe fut éphémère. En 1632, le Négus Basilidas monta sur le trône. Adonné à la polygamie et à tous les vices, il était naturellement l'ennemi acharné du catholicisme et de sa morale. Les Jésuites sont expulsés ou livrés au fer du bourreau, et comme, à cette même époque, les Arabes, après avoir chassé les Portugais d'Aden et de Mélinde, s'emparent du littoral, l'Abyssinie demeure fermée aux missionnaires catholiques.
Il y eut pourtant une nouvelle tentative, au siècle suivant. En 1702, trois religieux franciscains, après avoir affronté de grands dangers, pénétrèrent jusqu'à Gondar, la capitale. Les traces de la prédication des Jésuites subsistaient encore. Les enfants de saint François convertirent plusieurs princes de la famille royale, et le Négus écrivit de sa main à Clément XI :
€ Très-Saint Père, je me soumets à Votre Sainteté, comme tous les rois mes prédécesseurs s'y sont soumis. » Vain espoir! Une révolution de palais renversa le Négus, et l'hérésie remonta cur le trône,
Depuis cette époque jusqu’au milieu du, XIX® siècle, il se fait un silence de mort sur l'Église d'Abyssinie, De temps en temps, on apprenait que quelque pauvre Capucin avait essayé de pénétrer dans ces régions inhosp.calières, puis l’on n’entendait plus parler de lui : le Ciel comptait un martyr de plus. Les deux derniers héroïques apôtres dont les noms nous soient parvenus, sont deux Capucins français : les PP.
Cassien, de Nantes, et Agathange, de Blois, martyrisés en 1838, et dont le procès de béatification vient d’être repris.
Quand, vers 1840, le célèbre voyageur d'Abbadie visita l'Ethiopie, où il passa douze ans, voici quelle était la situation politique et religieuse du pays : trois Etats principaux se partageaient la contrée, le Tigré, au nord, l'Amhara, au centre, et le Choa, au sud. Au-dessus des princes feudataires, le Ras-Ali, chef nominal de l'empire, aux trois quarts musulman, bien que, pour conserver sa couronne, il professât de bouche la foi chrétienne. Au milieu des révolutions continuelles et des guerres civiles qui déchiraient le pays, l'islam, enfermant j'Abyssinie chrétienne dans un cercle qui allait se rétrécissant de jour en
jour, faisait d’inquiétants progrès parmi ces populations démoralisées par l'ignorance.
€ Aujourd’hui, écrivait en 1852 M. d'Abbadie, l'islamisme, si faible en Europe, s'est relevé en Afrique. Après avoir attiré dans ses dogmes les peuplades sauvages qui entourent l’'Abyssinie, après l'avoir ainsi isolée du reste de la chrétienté, il resserre de plus en plus ce malheureux pays en y pénétrant pas à pas. Plusieurs nations de l'Ethiopie sont aujourd’hui entourées d’un cordon de tribus barbares, qui ne leur laissent entendre qu'après bien des années les faibles échos de ce qui se passe à Jérusalem, où gît le tombeau de l'Homme-DIEU, et à Rome, où demeure quelque part, dit-on, le chef des chrétiens. Dans: son existence politique, l'Abyssin est en compagnie avec le désespoir ; dans son existence morale, il invoque d’une voix de plus en plus faible, et où le reproche commence à se mêler, le secours de ses frères chrétiens (1). »
Cet appel désespéré d’une nation chrétienne à l’agonie fut entendu de Rome. Déjà, en 1839, M. de Jacobis, de la Congrégation de la Mission, avait pénétré, en compagnie de plusieurs Lazaristes, ses confrères, jusqu’au centre de l’'Abyssinie, érigée par la Propagande en préfecture apostolique. En 1846, le Saint-Siège, mieux instruit des besoins du pays, partagea l'Ethiopie en deux vicariats apostoliques : le vicariat d'Abyssinie, qui demeura aux Lazaristes, et le vicariat des Gallas, qui fut donné aux Capucins; enfin depuis que des stations se sont établies sur la côte, la Sacrée Congrégation vient d’ériger pour leur colonie la préfecture apostolique de l'Erythrée.