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VICARIAT APOSTOLIQUE D'ABYSSINIE

Quand les Lazaristes prirent possession, en 1839, de la mission d’Abyssinie, la position était toujours très précaire.

« Le P. de Jacobis et moi, écrit un des premiers missionnaires, nous étions obligés de réciter notre office à voix basse, de manière à n'être pas entendus ; nous célébrions rarement la messe, et lorsqu'il nous arrivait de le faire, c'était toujours en secret, comme dans les catacombes. »

Grâce à la prudence des missionnaires et surtout à l'habile direction de M. de Jacobis, leur supérieur, la confiance des Abyssins fut bientôt gagnée à la mission catholique. Dès 1841, l'Aboun ou métropolitain étant venu à mourir, M. de Jacobis fut prié de conduire à Rome une ambassade chargée de demander au Pape un évêque catholique pour l'Abyssinie. C'était la conversion et ie salut, même temporel, de ce malheureux pays. Les intrigues re unies des protestants et des cophtes d'Egyr'e se mirent à la traverse : € À quoi bon, répétaient les ministres, Vous adresser au Pape? Pierre et Paul sont-ils morts pour vous ? » Comme cette réflexion judicieuse semblait faire assez peu d'impression sur les

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députés abyssins, les Révérends, aidés par le consul anglais, agirent sur le Khédive, afin d'empêcher à tout prix le départ de l'ambassade pour Rome. Enfin les Abyssins, effrayés par les menaces du vice-roi, renoncèrent pour la plupart au voyage, et se décidèrent à demander un

métropolitain au patriarche d'Alexandrie,

Celui-ci avait justement un moine dont il voulait se défaire, Cet individu, no:., né Salima, Caire, avait passé quelques protestante de cette ville ; il

ancien ânier du années dans l’école s'était fait moine ensuite pour mener une vie oisive. Avec ses doctrines protestantes, il scandalisait fort la communauté, Le patriarche, pour s'en débarrasser, ne trouva rien de mieux que d'en faire un Aboun d’Ethiopie, moyennant la somme de 3 5.000 francs, que les députés versèrent À Ja caisse patriarcale, Ce misérable ne tarda pas à se rendre odieux au peuple abyssin par son libertinage et par ses exactions, Cependant une partie des ambassa.

deurs avaient suivi à Rome M. de Jacobis. Ils furent vivement impressionnés de l'accueil paternel que leur fit le Vicaire de JÉSUS-CHRIST et de la majesté des cérémonies pontificales.

De retour dans leur Patrie, ils racontèrent ce qu'ils avaient vu. Le mérite personnel de M, de Jacobis, les vertus indéniables des missionnaires, leur vie pauvre, chaste et mortifiée, rapprochée des désordres de l’Aboun et de son misérable clergé, coricilièrent bien vite à la mission catholique la vénération universelle et l'amitié de plusieurs des chefs du Pays, entre autres du roi du Tigré, nommé Ubié, qui appela auprès de lui M. de Jacobis, et favorisa de tout son pouvoir la prédication des missionnaires.

Cela ne tarda pas À exciter la jalousie du clergé schismatique, en particulier celle de l'Aéour, dont les intrigues firent bannir en 1847 M. de Jacobis, qui se réfugia à Massouah, port sur la Mer Rouge, C'est Jà qu'il reçut les bulles qui l'instituaient vicaire apostolique de l'Abyssinie. Pour vaincre les scrupules de son humilité, il fallut lui commander, au nom de l’obéissance, de recevoir la consécration épiscopale, que lui donna Mgr Massaja, vicaire apostolique des Gallas (1849).

Le nouvel évêque rentra bientôt au Tigré, et la mission catholique prit, en quelques années, un grand essor : le supérieur d'une des principales communautés abjura le schisme avec sept de cs moines; plusieurs prêtres abyssins suivirent cet exemple, et cent cinquante paroisses se déclarèrent prêtes À reconnaitre l'évêque catholique : le moment semblait venu où le Tigré tout entier

et une partie de l'Amhara, abjurant l’hérésie, allaient revenir à Ja foi romaine. Une révolution vint tout arrêter.

Un ñomme de basse extraction, nommé Kassa, d'un caractère audacieux et entreprenant, s'était emparé de l'Amhara, après avoir mis À mort le Ras-Ali, chef plus ou moins nominal de l'empire d'Ethiopie. Ambitieux et sans scrupules, il voulut s'élever à l'empire, en imposant sa suzeraineté aux deux autres États, le Tigré et le Choa. Les circonstances le favorisaient : le roi du Choa

MGR ToUvie, Lazariste,

évêque d’Oiène,

vicaire apostolique de l'Abyssinie ; d’après une photographie,

venait de mourir et le royaume était livré à cette anarchie qui, en Abyssinie, suit Presque toujours la mort des chefs, Kassa n'eut qu'à se présenter avec son armée pour être acclamé. Au Tigré, il fallut combattre sérieusement. Le 18 février 1855, le roi Ubié, protecteur de la mission catholique, fut vaincu et réduit au rang de vassal,

eux jours après, Kassa, prenant le nom de Théodoros, se faisait Sacrer par l’Aboun Salima, en qualité de Négus où Roi des rois de l’Ethiopie,

En échange de sa complaisance, l'Aboun exigea la proscription des missionnaires catholiques. Cela entrait parfaitement dans les vues de Théodoros, qui s'était proposé une grande mis-

sion : unifier toutes les sectes dissidentes qui se partagent le pays, afin de relever l'Eglise d'Abyssinie et de la rendre capable de tenir tête à l’Islam. Malheureusement, appartenant à Îbranche X'arra, la plus éloignée du catholicisme, Théodoros ne pouvait faire l'union qu'aux dépens de la vérité. Les missionnaires catholiques furent chassés du pays, les prêtres et les moines dont les idées se rapprochaient de Rome furent persécutés, et quelques-uns mis à mort. Sur ces entrefaites, l'Eglise d’Abyssinie perdit son premier pasteur, Mgr de Jacobis, qui emporta dans sa tombe la vénération des catholiques et le respect même de ses ennemis. Il laissait derrière lui environ six mille Abyssins convertis, dont une trentaine de prêtres (1860).

En dix ans, le vicariat apostolique passa successivement à quatre titulaires, dont les trois premiers furent emportés prématurément par la mort : Mgr Bianchéri (1860-1864), Mgr Bel (1865-1867), Mgr Deimonte, qui mourut en 1869, avant même d’avoir été sacré ; il eut pour successeur Mgr Touvier, qui devait fournir une plus longue carrière (1870-1880).

Ces deuils répétés et la persécution de Théodoros ne permirent pas à la mission catholique de se développer. Exilés de l’intérieur, les Laza: ristes se réfugièrent, les uns sur [a frontière d'Égypte, les autres sur les côtes de la Mer Rouge. De là ils s'efforcèrent, à l'aide du clergé indigène resté dans le pays, de maintenir dans la foi et dans la ferveur le petit troupeau du CHRIST, mais ce fut tout; l'ère des conquêtes était passée ; on s’estima très heureux de conserver à peu près tous les anciens convertis.

Le Négus Théodoros eut la fin qui attend tous les persécuteurs de l'Église. Ne trouvant auprès de lui aucun sacerdoce capable de faire contrepoids à ses fantaisies, il s’abandonna à un orgueil vraiment insensé, et s’aliéna bientôt le cœur de tous ceux qui l’approchaient. Contre le droit des gens, il avait fait jeter dans les fers plusieurs Européens, parmi lesquels le consul d'Angleterre. On sait qu'à l'exemple de l'ancienne Rome, la Grande-Bretagne fait respecter partout ses nationaux. Elle exigea la mise immédiate en liberté de son consul, et, sur le refus de Théodoros, envoya une expédition contre l'Abyssinie, Abandonné de la plupart deses feudataires, le Négus, après s'être héroïquement défendu avec une poignée de soldats, contre les seize mille hommes commandés par lé général Napier, se brûla la cervelle, pour ne pas tomber vivant aux mains de ses ennemis (1868). Il ne lui avait manqué que d’être catholique pour faire entrer l'Abyssinie dans le concert des peuples civilisés, et devenir vraiment lui-même un grand homme.

Après la mort de Théodoros, le pays fut, pendant deux ou trois ans, en proie à la plus com-

plète anarchie. Plusieurs prétendants se dispu- |

taient le trône; ce fut encore un ennemi des catholiques, Atti-Joannès, qui l'obtint. Il se fit

sacrer Négus en 1871, et, aussitôt après, parcourut toute l'Abyssinie, en compagnie de l’Aboun, détruisant tous les établissements catholiques et faisant même profaner par sa soldatesque la tombe vénérée de Mgr de Jacobis. Églises, chapelles, presbytères, écoles, tout fut détruit. Ce fut la ruine complète du matériel de la mission; mais, grâce à DIEU, le spirituel fut sauf, Les fidèles, privés d’églises et de culte, menacés de mort, battus, pillés, rançonnés et forcés de s’enfuir au fond des bois pour échapper aux persécuteurs, montrèrent une admirable constance, et l'on n'eut presque pas de défections à déploter

La pensée d’Atti-Joannès était celle de Théodoros : unifier J'Église d'Abyssinie pour en faire une grande Église, repousser l'Islam et faire régner au loin l'influence chrétienne, pensée vraiment généreuse et qui aurait pu devenir féconde, si l'union s'était faite sur le terrain de la vérité ; opérée au profit de la branche Xarra, la plus hostile au catholicisme, elle ne pouvait aboutir qu’à troubler profondément le pays. Dès son avènement au trône, Joannès convoqua et présida lui-même plusieurs conférences théologiques, dans lesquelles les docteurs de chacune des trois sectes qui se partagent l’Abyssinie furent, invités à exposer leurs raisons. Les eutychéens purs ne pouvant répondre à leurs adversaires, le théologien couronné perdit patience et fit couper la langue aux plus hardis. Cet exemple terrifia les autres, qui, ne se sentant pas la vocation du martyre, se soumirent extérieurement à tout ce qu'on exigeait d'eux : l'union était faite.

Pour la maintenir, le Négus, au lieu d’un seul Aboun, concentrant dans ses mains toute l’autorité spirituelle, fit venir d'Alexandrie quatre évêques cophtes, un pour l'Abyssinie proprement dite, un dans le Gojam, le troisième au Kaffa, et le quatrième au Choa. C’étaient autant d’espions, placés dans les Etats tributaires pour surveiller et ramener les dissidents.

Les missionraires lazaristes, chassés successivement de tous les postes qu'ils occupaient en Abyssinie, s'étaient réfugiés à Kéren, ville frontièr, ?. ctenant alors à l'Égypte, où Mgr

Ti: + blit,'en 1878, une maison de Sœurs, Ce … evint ainsi le centre d'opérations de la :: a En 1880, on y comptait trois mission-

nan. ax prêtres indigènes, chargés de desservir les chrétientés environnantes, un séminaire avec 45 élèves, des écoles, un orphelinat, une imprimerie.

Ce dernier refuge du catholicisme lui fut bientôt disputé, par le schisme. Joannès ayant repris Kéren à l'Égypte, en 1887, ses soldats envahitent la station à l'improviste ; les séminaristes furent mis aux fers et torturés, sous les yeux de leurs maîtres ; un d'eux reçut courageusement 200 coups de verges et s'attira par sa constance l'admiration des bourreaux eux-mêmes. Les MmIssIonnaires durent évacuer complètement le pays, lais-

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