ILES MALGACHES. — LE PRESBYTÈRE ET L
Les populations malgaches témoignèrent généralement assez d'égards au passage des exilés, mais plusieurs prédicants s’oublièrent jusqu'à insulter bassement les malheureux qu'ils faisaient
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ÉCOLE DE HELL-VILEE, CAPITALE DE Nossi-Bé,
D'après le dessin d’un missionnaire,
chasser, Après le départ des missionnaires, leurs maisons et leurs chapelles furent pillées et la plupart détruites, surtout dans le sud,
L'épreuve était rude Pour une chrétienté naissante, mais elle fit ressortir la fidélité des catholiques et la constance de leur foi. Pendant près de trois ans, ils demeurèrent sans pasteurs et sans Sacrements ; ni les sollicitations et les violences de l'hérésie, ni les entraînements du patriotisme blessé, ni les difficultés de la situation ne purent les amener à l’apostasie. Les néophytes, dont les deux tiers n'étaient pas encore baptisés, abandonnés à eux-mêmes, furent admirables de courage, de zèle et de savoir-faire pratique
Et cependant ils n'avaient pas de clergé indi- |
gène, grande lacune dans l’organisation d’une Eglise ! Mais l’inconstance du caractère hova et l'esprit de lucre naturel aux Malgaches avaient
fait échouer tous les efforts des Jésuites. Au bout de vingt-cinq ans, plusieurs essais avaient abouti à faire un prêtre malgache, le P. Rahidy, excel-
lent sujet, qui venait précisément de mourir à la veille des expulsions.
Quels furent, après le départ des missionnaires,
les soutiens de la mission? Un Frère malgache des Écoles chrétiennes ; six Sœurs indigènes de Saint-Joseph de Cluny, les membres de l'Union catholique, composée de jeunes gens déjà influents par leur capacité et leur position, et une dame de la cour, Victoire Rosoamanariva, catholique
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fervente, mariée au fils du premier ministre. Au moment de quitter Tananarive, le supérieur de la mission lui avait dit:
« Victoire, DIEU vous établit aujourd'hui la mère de tous ces chrétiens, qui vont être privés de leurs pasteurs, comme JÉSUS-CHRIST, au jour de | Ascension, établit la Sainte Vierge mère des irètres et de toute l'Église naissante. »
Victoire promit en pleurant de faire de son mieux, et elle tint parole.
On s'occupa d’abord d'organiser le service religieux dans les quatre églises de la capitale. Dès le premier dimanche qui suivit le épart des Pères, on se réunit, le matin et le soir, dans chacune de ces églises ; on chantait, comme d’habitude, les prières de la messe; un catéchiste lisait pieusement ce Lu le prêtre aurait dû réciter à l'autel, puis, à la place du prône, on expliquait le catéchisme, Dans l'après-midi, nouvelle réunion, chant d'un cantique, suivi des Vépres, et, à certains jours, bien que la chrétienté fût privée du Saint-Sacrement, salut en musique ; la semaine, on se réunissait chaque matin pour chanter un cantique et réciter le chapelet, qui tenait lieu de messe.
Après avoir installé le service religieux dans les églises de Tananarive, les jeunes gens de l'Union catholique se répandirent dans la campagne et prescrivirent aux maîtres d'école d'imiter, autant que possible, ce qui se faisait à la capitale. Pour entretenir le zèle et ranimer la ferveur, ils faisaient de temps en temps des tournées d'inspection dans les villages catholiques ; aux jours de fête patronale, ils organisaient des pèlerinages, avec processions, drapeaux, illuminations et musique. Comme presque tous les noirs, les Malgaches sont passionnés pour la musique, et, comme ils ont l'oreille naturellement juste, ils se tirent en général très bien des morceaux d'exécution.
Chaque semaine, les membres de l'Union se réunissaient et tenaient conseil. Les procès-verbaux de ces réunions hebdomadaires témoignent de la sagesse, du zèle, de la piété et de l'esprit d'organisation de ces jeunes gens, que rien n'avait préparés à un ministère si nouveau et si délicat pour eux : la direction, au milieu des circonstances les plus critiques, d’une grande mission de 80.000 catholiques. On y sent vraiment l’assistance de l'Esprit d'En-Haut. Leur générosité ne fut pas moins remarquable que leur prudence, d'autant que le Malgache est naturellement attaché à l'argent et n'aime pas donner ; malgré cela, ces jeunes gens, la plupart peu favorisés de la fortune, s’imposèrent pendant trois ans les plus grands sacrifices pour soutenir les écoles et pourvoir au service du culte,
Grâce à ce dévouement persévérant, les œuvres de la mission furent à peu près sauvegardées dans la province centrale d'Emyrne, qui compte le plus grand nombre de catholiques, groupés
dans la capitale ou les environs, Chez les Betsiléos
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du sud, et généralement dans les postes éloignés de Tananarive, la persécution sévit avec plus de rigueur, et les fidèles, moins bien soutenus, montrèrent aussi moins de constance, A Fianarantsoa,
la capitale des provinces méridionales, l'église et les écoles restèrent impitoyablement fermées, et, comme à Madagascar l'instruction est obligatoire, les enfants catholiques furent enrôlés de force dans les écoles protestantes. Dans les postes de l'intérieur, cinquante-six églises ou chapelles furent abattues où brûlées, les résidences des missionnaires saccagées, les vases sacrés profanés, les vêtements sacerdotaux sacrilègementemployés à des usages vulgaires. Néanmoins, la grande majorité des fidèles supporta la ersécution sans fléchir, et l’on n'eut guère à déplorer que l'apostasie de cinq ou six cents catéchumènes non encore baptisés.
Les lépreux d'Ambahivoraka montrèrent encore plus de cunstance et de générosité, Depuis quelques années, les Jésuites s'étaient consacrés À cette œuvre si rebutante à la nature, et, au moment de leur exil, il y avait cent deux malades à la léproserie. Les méthodistes commencérent par brûler leur modeste chapelle ; après ce bel exploit, un ministre du Saint vangile se mit à visiter chaque semaine ces malheureux abandonnés et à leur distribuer des secours, qui naturellement furent bien accueillis, car, depuis l'exil des missionnaires, personne ne subvenait plus à leurs besoins. Quand il crut le terrain suffisamment préparé, le ministre démasqua ses batteries et leur proposa de passer au protestantisme, leur promettant qu’alors il serait largement pourvu à toutes leurs nécessités : € Jamais, répondirent tout d’une voix les lépreux ; si vous le voulez, faites-nous l'aumône ; nous vous en serons très reconnaissants, car nous en avons le plus grand besoin ; mais, si c'est au prix de l’apostasie, gardez votre argent. » Le ministre eut le bon esprit de se le tenir pour dit et de ne pas insister. De leur côté, les membres de l'Union catholique, qui visitaient eux aussi les lépreux chaque semaine, leur procurèrent quelques petits secours, dans la mesure restreinte des faibles ressources dont ils pouvaient disposer.
Pendant que les fidèles de Madagascar donnaient ces beaux exemples d’attachement à la foi catholique, les missionnaires, réfugiés à Tamatave, ne demeuraient pas inactifs. Ils encourageaient de leurs lettres leurs enfants restés orphelins, en même temps qu'ils prétaient le secours de leur ministère, dans les hôpitaux militaires, à nos soldats blessés ou malades et aux prisonniers hovas. De nombreuses conversions vinrent récompenser les efforts de leur Z6i2
Dès le début de leur séjour à Tamatave, la divine Providence leur ménagea une bien douce consolation. Sir Packenham, consul d'Angleterre, un des hommes qui avaient le plus contribué à protestantiser Madagascar, où il résidait depuis
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la mort la plus édifiante. Cet honnête homme, protestant convaincu, mais marié À une femme catholique et pieuse, n'avait pu voir, sans en être touché, le dévouement et l’abnégation des prêtres catholiques, Dès 1863, il avait protesté hautement contre les agissements du Rév, Ellis, Le chagrin qu’il éprouva à voir l'influence anglaise compromise par les menées des méthodistes et les victoires de la France, acheva de lui ouvrir les yeux et de dissiper ses préjugés d'éducation, Trois jours avant de paraître devant DIEU, il voulut entrer dans le sein de cette Église catholique qu'il avait combattue toute sa vie,
Les Jésuites profitèrent aussi de leur exil pour visiter les côtes de Madagascar, et ouvrir, à l'ombre du drapeau français, de nouvelles stations. A la même époque, la Sacrée Congrégation rétablit le vicariat apostolique de Madagascar,et le P, Cazet, qui avait succédé en 1871 au P. Jouen, en qualité de supérieur de la mission, reçut la consécration
épiscopale dans l'église de Lourdes (11 octobre 1885),
Enfin arriva la fin de ce long exil, Aussitôt après la signature du traité de paix, les missionnaires se hâtèrent de reprendre le chemin de la capitale. Avec quelle joie ils furent reçus par leurs chrétiens, c'est ce qu'il ect superflu de dire. Mgr Cazet rentra à Tananarive le Samedi-Saint suivant, et le lendemain, jour de Pâques 1886, dan: la cathédrale splendidement décorée, il célébrait pontificalement la résurrection de l'!lomme- DIEU et celle de l’Église malgache, Deux mois après, ! procession de la Fête-DIEU, et, le 15 août suivant, celle de la Sainte-Vierge, déroulaient leurs pieuses théories sur les places publiques de la capitale, montrant une fois de plus, aux ennemis du catholicisme impuissants et vaincus, qu’à l'exemple de son divin Maître, l'E glise voit toujours, tôt ou tard les jours de la Résurrection succéder aux opprobres de la Passion.
Malheureusement les intrigues des Révérends ministres contre la France recommencèrent bientôt, et il fallut renouveler l'expédition, qui fut désastreuse pour nos troupes, moins par la résistance des Hovas que par l'incurie de l'administration. Parvenu à Tananarive, le général Duchêne fit reconnaître par la reine la souveraineté de la France, et l'on put croire que c'en était fait de ces longues résistances.
Mais le gouvernement français, presque toujours mal inspiré en matière religieuse, crut faire merveille en nommant à Madagascar un protestant sectaire, qui se montra absolument au-dessous de Sa position. Au bout de quelques mois, tout le pays était en révolte contre nous, un Père Jésuite et plusieurs colons furent massacrés, des centaines d'églises et de chapelles incendies. I] fallait en |
Et finir, Le gouverneur civil fut rappelé,et l'on envoya à sa place le général Galliéni, qui 2 tarda pas à se faire respecter des Hovas. Pour couper court aux intrigues des protestants et aux révoites des Hovas, il a été forcé dernièrement de transporter à la Réunion la malheureuse reine, qui conspirait ouvertement contre nous, Encore quelques mois de ce régime, etla France sera enfin maitresse chez elle,
La Sacrée-Congrégation vient de diviser en deux le vicariat unique de Madagascar, en attribuant la partie sud de l'ile aux Lazaristes,
Voici la situation religieuse au rer janvier 1895, avant la division :
Personnel : r vicaire apostolique, 49 missionnaires jésuites, 4 scolastiques, 17 Frères coadjuteurs, 16 Frères des Ecoles chrétiennes, 26 Sœurs de Saint-Joseph de Cluny, dont 4 indigènes,
Œuvres : 14 stations avec résidences, 413 postes secondaires ; 93 églises et 262 chapelles ; 1 séminaire, à Ambohipo, 60 élèves ; 494 écoles primaires garçons, 11,756 enfants ; 335 écoles primaires filles, 13.916 enfants. Au total : 829 écoles élémentaires, avec 25.672 élèves ; 6 pensionnats garçons, 649 élèves ; 4 pensionnats filles, 538 élèves ; 2 léproseries, 130 malades ; plusieurs dispensaires ; I imprimerie ; 1 observatoire,
Le protestantisme n’est nullement opprimé à Madagascar, maisles catholiques sont enfindélivrés d’une longue Oppression, cela leur suffit, Pourvu qu'on veuille bien leur accorder l'égalité vraie, ils ne tarderont pas à prendre le dessus et À l'emporter sur les intrigues de l'hérésie.