I. — VICARIAT APOSTOLIQUE DE L'OCÉANIE CENTRALE
E vicariat apostolique, érigé en 1842, com:
[de prenait autrefois l'archipel des Amis, l'archipel des Navigateurs, la Nouvelle-Calédonie et. les îles Fidji, qui forment aujourd’hui quatre vicariats distincts, Dans l'état actuel, le vicariat de l'Oréanie centrale, d’une étendue assez restreinte, comprend seulement les îles Wallis et Futuna, au nord, les îles Vavau et Hapaï, au centre, et l'archipel de Tonga, au sud. C'est par les îles Wallis et Futuna que commença l’évan. gélisation.
En 1835, la Sacrée-Congrégation de la Propagande avait confié à la jeune Société de Marie le vicarigt de l'Océanie occidentale, qui comprenait la Nouvelle-Zélande et ia moitié de ja Polynésie, Mgr Fompalier fut le premier titulaire de cet
immense territoire, qui embrassait plus de 1.200 îles, et she ro ar au Havre, le 24 décembre 1836, en compagnie de quatre missionnaires et de trois Frères,
Après avoir doublé le cap Horn, la petite troupe apostolique, réduite à trois prêtres par la mort d'un des missionnaires, s'arrêta quelques jours aux îles Gambier pour admirer les mervei!les de la grâce dans la conversion des sauvages ; puis, poursuivant sa route à travers les archipels de la mer du Sud, elle arriva enfin sur le territoire de sa juridiction. Le 1 novembre 1837, le P. Bataillon fut déposé à Wallis, et, quelques jours après, le P. Chanel à Futuna, chacun en compagnie d'ur: Frère ; l'évêque, avec le dernier prêtre et un Frère qui lui restaient, alla débarquer à la baie des Iles (Nouvelle- Zélande), dans les vremiers jours de janvier 1838.
Je ne reviendrai pas sur ce qui a été dit ailleurs de l’évangélisation de la Nouvelle-Zélande. Quant aux deux missionnaires, laissés à peu près sans provisions à Wallis et à Futuna, on aurait peine aujourd’hui à s'imaginer tout ce qu'ils eurent à souffrir de la grossièreté des naturels, alors incapables de comprendre leur dévouement, et de la cupidité des chefs chez qui ils étaient descendus, et qui ne voyaient dans ces étrangers qu'une proie à exploiter. Le P. Bataillon, mourant de faim, fut réduit plus d'une fois à envier, comme le prodigue de l'Evangile, la nourriture des porcs du roi, et, sans le dévouement de la jeune princesse Amélie, qui lui portait de temps en temps un peu de nourriture en cachette, il aurait certainement succombé aux privations, A Futuna, le P. Chanel n'était guère mieux traité, et quand, après deux ans et demi d’un ministère stérile, il eut la joie de voir se grouper autour de lui un petit noyau de catéchumènes, parmi lesquels était le fils du roi, les païens furieux complotèrent sa mort, et le frappèrent d'un coup d'herminette, qui lui ouvrit le Ciel le 28 avril 1841.
On sait que le premier martyr de l'Océanie vient d'être élevé par Léon XIII sur les autels, en compagnie du B. Perboyre, martyrisé en Chine, ouvrant tous deux, nous l'espérons, la voie au long défilé des martyrs du XIXe siècle.
Ce que le B. Chanel n'avait pu faire par ses prédications, ses prières et ses souffrances, son sang répandu l'obtint facilement du Ciel.
Quelques mois après sa mort, la France avait envoyé la frégate /’A//ier pour punir ses assassins, mais Mgr Pompalier refusa, disant nettemer.t que lui et ses prêtres étaient prêts à verser leur sang pour la conversion des sauvages, mais qu'il ne souffrirait jamais que le sang des païens coulât pour leur défense. Quand l’évêque vint à Futuna pour chercher le corps du martyr, une partie de l’île demanda le baptême, Au bout de quelques mois passés au milieu de ces féroces insulaires, le vicaire apostolique eut la consolation d'en baptiser 114, parmi lesquels étaient le
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roi de Futuna et l'assassin même du martyr, Il laissa dans l'île le P, Chevron pour achever l'œuvre, Au bout d'un an, l'ile était toute chrétienne et l'heureux missionnaire écrivait : « Une foi vive, une charité ardente, une extrême délicatesse de conscience, une avidité insatiable de la parole de DIEU, telles sont les vertus qui fleurissent sous nos yeux. Les naturels passent la moitié de leurs nuits à prier, à s'instruire mutuellement, à chanter des cantiques et à réciter le chapelet. Leur ardeur pour les éxer cices de piété est évidemment l'effet de la grâce. }
À Wallis, les longues privations du P. Bataillon: avaient la même récompense. Avant l'arrivée du prêtre catholique, les protestants avaient essayé de s'établir duns cette île, mais là, comme partout, leurs catéchistes ayant commencé par fomenter la guerre civile, les rudes naturels de Wallis les avaient expulsés, déclarant en masse a voulaient rester païens, Ces préventions des Wallisiens contre le hristianisme furent pour beaucoup dans la mauvaise réception qui fut faite au P, Bataillon ; mais l'apôtre de JÉSUS- CHRIST triompha de toutes les hostilités à force de charité et de patience. Dès 1841, il pouvait annoncer, dans 'es Annales de la Propagation de la Foi, que, sur 2,300 habitants, on comptait déjà 2.000! convertis. L'année suivante, il écrivait : € Notre évêque, Mgr Pompalier, va nous quitter, après avoir baptisé et confirmé tous les habitants de l’île Wallis ; tout récemment encore adonnée aux plus ridicules superstitions et aux vices les plus grossiers, elle adore maintenant le seul vrai DIEU, créateur du ciel et de la terre, et le seul Sauveur des hommes, JÉSUS-CHRIST.
La conversion d'Uvéa (l'ile la plus importante du groupe) est, à mon avis, l’un des plus grands prodiges de notre époque. De l'aveu de tous, cette île était la plus pervertie de l'Océanie. » Il n'est pas inutile de remarquer ici qu'à Wallis et à Futuna, les missionnaires n'avaient eu affaire qu'à la barbarie des indigènes ; ils n'avaient pas rencontré devant eux les intrigues cauteleuses de l'hérésie, ni les mauvais exemples des trafiquants européens. Aussi ils firent de ces îles deux oasis de ferveur et de vie chrétienne. Ils seront moins heureux dans les autres îles, où ils auront été précédés par les protestants et par les résidents venus d'Europe.
Cependant l'heure était arrivée de former de nouveaux cadres pour fortifier, en la resserrant, l'action de l'apostolat, En 1842, le P. Bataillon fut nommé premier vicaire apostolique de l'Océanie centrale, qui embrassait les quatre archipels des Amis, des Navigateurs, de la Nouvelle-Calédonie et des îles Fidji. Quand Mgr Douarre, nommé son coadjuteur, lui apporta les bulles (décembre 1843), il le trouva sans souliers, sans chapeau, une soutane en guenilles sur les épaules ; mais sur sa figure, émaciée par la faim, rayonnait une joie divine. C'est à ce prix que