‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 387 sur 404 · VE VV VV DUO · texte numérisé non relu

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À peine sacré évêque, Mgr Bataillon s'erapressa d'envoyer des prédicateurs dans les nombreuses îles de son vicariat, Dès la fin de décembre 1843, Mgr Douarre, son coadjuteur, partait pour la Nouvelle-Calédonie avec deux missiontiaires, En 1844, Mgr Bataillon fit, en personne, une tentative sur les iles Fidji, mais il en fut repoussé ; il y laissa pourtant un missionnaire, En 1845, commença l'évangélisation de l'archipel des Navigateurs, En 1846, un missionnaire fut en‘oyé à Rotuma. Bientôt les progrès continus de la foi amenèrent le Saint-Siège à faire de nouvelles divisions ecclésiastiques, Dès 1847, la Nouvelie-Calédonie forma un vicariat distinct, En 184, fut érigé le vicariat apostolique des Navigateurs, et, en 1863, la préfecture apostolique des îles Viti ou Fidji, Le vicarir. de l'Océanie centrale, ainsi démembré, deineura fixé dans les limites actuelles et comprit seulement trois groupes d’iles : au nord, les îles Wallis et Futuna : au £entre, les îles Vavau et Hapaï; au sud, l'archipel de Tonga, Il faut dire un mot de chacun

de ces groupes,

les Wallis et Futuna. Ces deux îles sont

demeurées l'honneur et la joie de la mission, A Wallis, le roi, sérieusement converti et bien revenu de ses anciennes préventions, disait à Mgr Bataillon : « vêque, je te remercie de l'affection que tu me portes. J'étais ignorant ; je t'ai repoussé ; j'ai même voulu te chasser ; mais toi, tu nous aimais : tu as pris patience ; tu as souffert beaucoup. Je te remercie. y En disant cela, de grosses larmes tombaient de ses jeux et roulaient sur ses joues bronzées.

Sa fille, la pieuse reire Amélie, élevée dès sa jeunesse dans la foi catholique, offrit encore de meilleures dispositions, En 1870, elle voulut écrire à Pie IX pour protester contre l'occupation de Rome, Le Pape lui envoya en réponse un bref de remerciements avec un beau chapelet et sa bénédiction.

Sous la direction de princes si chrétiens et de leurs missionnaires, les indigènes de Wallis offrent les plus beaux exemples de ferveur. Une seule fois, en 1850, les protestants faillirent troubler la paix religieuse : ils essayèrent de profiter d'une rivalité qui éclata entre deux jeunes chefs, pour s’introduire dans l'île, Mais le pasteur veillait sur son troupeau, et, cette fois, les prédicants en furent pour leurs frais,

À l'inverse de ce que nous avons vu se produire dans les autres îles de la mer du Sud, la population, décimée autrefois par des guerres continuelles entre les tribus, s'accroît tous les jours. L'île compte aujourd'hui 4.100 habitants, au liru de 2,000 qu'y trouva le P. Bataillon. L’archipe © compose d'ure île centrale, Uvéa, entourée d'une dizaine d'ilots. La superficie com- | prend 25.000 hectares d'excellentes terres, qui

LE CATHOLICISME DANS LES

ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890. 397 qu suffisent largement à la subsistance des habitants, L'ile est partagée en trois paroisses : Hihifo : Saint-Pierre et Saint-Paul ; Matautu : Notre. Dame ; et Saint-Joseph de Mua. Dans cette dernière paroisse, qui compte 1,800 habitants, le chiffre annuel des communions varie de 11.000 à 12.000. La communion réparatrice y est en hon: neur tous les vendredis du mois: le premier vendredi, les jeunes Sens ; le second, les jeunes filles ; le troisième, les hommes mariés ; le quatrième, les femmes, Outre cela, chaque dimanche, une centaine de fidèles s'agenouillent à la Table sainte, Qui reconnaîtrait les féroces canuibales trouvés en 1837 par le P, Bataillon ?

Sous l'épiscopat de Mgr Bataillon, Wallis devint naturellement le centre du vicariat, Après avoir fait élever de belles églises en pierre de corail dans les trois paroisses de l'ile, il consacra ses derniers labeurs f la construction de l'église du séminaire-collège de Lano, d'où sont déjà sortis quatre prêties indigènes, et qui compte encore aujourd'hui 48 élèves : 5 en théologie, 6 en philosophie et les latinistes, C'est là que le patriarche de l'Océanie, déjà frappé par la mort, se fit transporter. Quelques heures avant d'ex pirer, n'entendant plus le bruit ordinaire des ouvriers, il demanda avec anxiété pourquoi on avait interrompu les travaux, —- « Evêque, répondit un des chefs, nous craignons de vous troubler à vos derniers moments, — Oh! non, non, reprit avec énergie le mourant, ne vous arrêtez pas. Je veux mourir en entendant le bruit de ce marteau ; il me fait tant de bien!» Et, pour obéir à l'évêque, les ouvriers reprirent leur travail, Quand sonna la dernière heure, il se fit étendre sur une natte, à l'ombre d’un arbre, le visage tourné vers l'église, et il expira, en présence de son peuple, en face de cette église et de ce collège qui avaient eu les derniers battements de sor cœur apostolique (10 avril 1877),

L'île de Futuna, empourprée du sang de son glorieux martyr, le B, Chanel, ne le cède pas en ferveur à Wallis, Elle compte actuellement 1.5co habitants, tous catholiques, partagés en deux paroisses : Saint-Joseph de Sigave et Notre-Dame des Martyrs au lieu où fut rnassacré le P. Chanel; elle a deux belles églises et des écoles florissantes, À l’arrivée du P. Chanel, l'île comptait à peine un millier d'habitants, Le catholicisme, quand son influence salutaire n'est pas contrariée par l'hérésie et la fausse civilisation, repeuple ces

archipels, que la barbarie et le vice dépeuplaient autrefois.

Pour échapper aux convoitises des Anglais, les îles Wallis et Futuna, à l’inst:1tion des mis sionnaires,ont réclamé dernièrement le protectora} de la France. Au mois de juin 1888, à la demande de la reine Amélie et à la grande joie des habitants, le gouverneur de la Nouvelle-Calédonie est venü faire flotter notre drapeau sur ces îles, que le catholicisme a faites françaises,

398 LES MISSIONS CATHOLIQUÉS AU XIXm SIÈCLE.

Îles Vavanu et Hapai. Ces îles peuvent se Lea gé en deux groupes : au nord Sd a de

avau, nombreuses îles, 8,000 habitants, Îl y a une station catholique à Vavau, le plus beau port de la mur du Sud, Au centre les îles Hapaï, plus de cinquante îles, dont le tiers seulement sont habitées, 7,500 habitants Il y à une station catholique à Lifuka, ét quelques rares catholiques dispersés dans les autres îles de l'archipel.

Depuis 1852 les îles Vavau et Hapaï ont été évangélisées par les missionnaires catholiques,

LE BIENHEUREUX PIERRE CHANEL, de la Société de Marie, martyrisé à Futuna, le 28 avril 1841,

mais l'opposition des wesleyens, qui sont les maîtres du pays, a beaucoup retardé les progrès de la foi. Autrefois ces îles étaient indépendantes et jouissaient de leur autonomie. Grâce aux intrigues des wesleyens, le roi Georges de Tonga a pu s'en emparer et les annexer à son royaume,

Archipel de Tonga. Cet archipel se compose de deux grandes îles : Tonga-Tabou et Eua, plus un certain nombte d'ilots. La population protestarte y est de 22.000 âmes, contre environ 2.000 catholiques. Tonga est le centre de l'influence religieuse des wesleyens dans les îles de la mer du Sud. Le roi Georges, homme éner-

gique et intelligent, reconnaissant de laide que ‘

lui ont donnée les Rév. ministres pour s'arrondir aux dépens de ses voisins, a imposé son ZLo’u à tous ses sujets, et pendant longtemps il n’a toléré dans son royaume d'autre retigion que la sienne ; ii persécuta les catholiques et, par tous les moyens en son pouvoir, empêcha la propaation de la vraie foi, Nous retrouvons à Tonga es industries ordinaires des ministres protestants : calomniés atroces contre les missionnaires, exclusion systématique des catholiques de tous les emplois publics, tracasseries dans les écoles, violences de toutes sortes exercée, contre les dissidents, exploitation de ces îles au profit exclusif des KRév. ministres, En 1876, sur une population totale de 23,000 protestants, ils se sont fait un revenu de 8,124 livres sterling, (153.000 francs,)

Sous le nom du roi Georges, le fameux Baker exerça longtemps l'autorité suprême dans tout l'archipel. Cet homme, qui avait été déposé du saint ministère par ses propres collègues, à cause de la dépravation de ses mœurs, partit pour Sydney, al gr le conaistoire, qui lui rendit son office, et revint triomphant à Tonga. À son retour, il dota le royaume d'une constitution dans le goût moderne, établit le divorce, l’enseignement obligatoire, et décréta des amendes énormes, 60, 80 et 100 piastres, pour les moindres délits. Dans une pensée uniquement <ommerciale, pour forcer les naturels à acheter les cotonnades anglaises dont il avait le dépôt, il interdit absoiument. l'usage des fapes, étoffes indigènes en écorces : $00 piastres d'amende, (2500 francs), étaient infligées à quiconque n'aurait pas détruit, au 1% janvier 1878, toutes les étoffes indigènes qu'il pouvait avoir dans sa maison, On voit qu'il ne fait pas bon résister aux lois civilisatrices de ces messieurs.

Avec tout cela, il y a à Tonga un certain vernis de civilisation extérieure, un certain mouvement commercial, de nombreux immigrants européens; mais la population n’en est pas moins misérable et perdue de vices, En une seule année, on a compté à Tonga 200 divorces, un divorce sur cent PIRE proportion effrayante et qui montre

ien à quoi aboutissent les prédications de l'hérésie,

Comme toujours, les pauvres catholiques, si longtemps persécutés et si fort méprisés de leurs concitoyens, commencent à se relever dans l'opinion. Le gouvernement tongien paraît leur être devenu moins hostile. Depuis 1882, on célèbre solennellement la Fête-DIEU à Tonga,et lorsqu'on a béni en 1886 la belle église de Maofaga, 3.000 catholiques, accourus de tous les points de l’archipel, ont pu affirmer hautement leur foi, avec l'approbation du roi et de la grande majorité de la population protestante.

Les wesleyens ont trop longtemps abusé de leur pouvoir, et le roi Georges commence à trouver leur joug pesant. I! s'est débarrassé dernièrement de Baker, et a coinposé de toutes

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LE CATHOL'CISME DANS

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Pour sauver l'archipe! de la domination étran.

LES ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890, one mt team» ie

qui est toujours | leurs convoitises ue les Samoans ont dû de garfacile dans le protestantisme. L'Egiise officielle d est donc en pleine décadence, et, l'an dernier, on

der une partie

tectorat déguisé, en attendant l'annexion, es maîtres à Tonr+ pour lâcher facilement leur

l Les missionnaires catholiques arrivèrent à Proie ; les Anglais et les Allemar : tonvoitent | Sa ces iles, maintenant surtout u’ils ‘it le dra-

au français flotter à Wallis et à utuna. À la mort du vieux roi, il est bien à craindre qu'ils ne s'emparent sans façon de son royaume,

Situation du vicariat apostolique de l'Océanie centrale au ze Janvier 1890

Le vicariat comprend les îles Wallis et Futuna, au nord, les îles Vavau e Hapaï, au centre, et l'archipel de Tonga, au sud, Population ° totale, 36.000 habitants, sur lesquels 8450 catholiques,

Personnel : 1 vicaire apostolique, 14 mis-

sionnaires prêtres et deux Frères de la So:

ciété de Marie.

4 prêtres indigènes, 8 clercs indigènes, 60 catéchistes,

59 Sœurs du Tiers-Ordre dé la Société de Marie, distribuées en 10 maisons,

Œuvres : 12 stations avec résidences : 4 à Wallis, 2 » Futuna, 1 à Vavau, 1 dans les

îles Ha} à Tonga, plus 25 missions, 1:

églises, .uapelles.

1 sén inâire-collège À Lano (Wallis), 48 élèves,

2 Cullèges, 1 à Tonga, 1 à Wallis, 300 élèves, 9 pensionnats de filles.

44 écoles primaires, 2.000 élèves.

IL — Vicariar APOSTOLIQUE DES NAVIGATEURS.

Le vicariat apostolique des Navigateurs, érigé en 1850, eut pour premier titulaire, en qualité d'administrateur, Mgr Bataillon, et depuis, bien qu'il ait son autonomie distincte, ce vica-

riat a toujours été administré par le de la Société de Marie,

vicaire apostolique de l'Océanie cen-

trale. 11 se compose de deux groupes d'îles :

l'archipel des Navigateurs, au sud, et les îles Tokelau, au nord.

Archipel des Navigateurs, — L’archipel de Samoa ou des N avigateurs se compose de trois grandes îles : Savaï, 85 lieues de circuit, Upolu, 45 lieues, et Tutuila, 35 lieues, sans compter plusieurs petites ‘les. La Population, qui était encore, il y a trente ans, de 65.500 âmes, est tomb. au-dessous de 35.000. Le gouvernement est ue sorte de république fédérative et aristocratique ; mais, depuis vingt ans, les Américains, les Allemands et les Anglais se disputent le bro

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iectorat de ces îles, et ce n’est qu'à la rivalité de |

MGR BATAïLLON, vicaire apostolique de l'Océanie cen‘rale,

ne senble pas qu'ils aient pu y exercer leur doraination ordinaire,

Le peuple samoan, très fier et très indépe"dant de caractère, ne prit guère au protestantisme que son unique dogme : la liberté des Opinions et le droit pour tout particulier d'expliquer la Bible À sa fantaisie, Au rapport du Révér. Georges Turner, qui passa plusieurs arinées dans ces îles : € après avoir reçu les instructions » des ministres pendant un quart de siècle, une » partie du peuple est entraînée par les prédi- » canis indigènes dans toutes sortes d'extra- » vagances et d’absurdités (1), 5 En 1861, au PAR nt nées

a 1. Rév, Gearges Turner, Weuf ans en Polynésie, ch, 9.

e leur indépendance, Depuis quelques atinées, sous prétexte de sauvegardir les intérêts de ieurs nationaux, les consuls d'An. gleterre, d'Allemagne et des États-Unis se sont catholicisme arrivera probablement trop tard arrogé le droit d'intervenir dans toutes les

questior.s importantes, ce qui constitue un proère, Les protestants ont été trop longtemps

Moa en 1845, Il y avait ane dizaine d'années que les protestants s’y étaient installés ; mais il

réinnisnnnnemerepiétsisnemepeeilnrmementmnts

rapport du même auteur, sur une population de 65.500 âmes, 45.757 étaient encore des payens déclarés ; sur le reste, 645 seulement pouvaient être regardés comme appartenant vraiment à l'Eglise protestante ; les autres professaient toutes les extravagances qu'une lecture incomprise de la Bible peut suggérer à des imaginations encore payennes.

Et pourtant les ressources n'avaient pas manqué aux prédicateurs du pur Evangile pour attirer à eux les indigènes. Dix missionnaires européens travaillaient à la fois, assistés d’une véritable armée de 231 catéchistes ou maîtres d'écoles indigènes ; des temples coquets et richement entretenus, des écoles s'élevaient sur tous les points de l'archipel. En présence d'un pareil déploiement de forces, il faut avouer que le résultat annoncé par le Révér. Turrer paraît maigre.

Mais si les protestants avaient à peu près échoué à Samoa dans leur œuvre d’apostolat, ils avaient su inspirer aux indigènes la plus grande horreur des prêtres papistes, qu'ils leur avaient représentés comme des idolâtres pires que les payens. Ordre avait été donné de les exclure absolument de l'archipel, Aussi, quand ils se présentèrent, ils furent d’abord très mal reçus et eurent beaucoup de peine à trouver un village qui consentit à les recevoir. Ces préventions tombèrent assez vite, quand on les vit à l'œuvre ; mais l'indifférence religieuse et l'esprit sectaire, développés au milieu des indigènes par l’hérésie, n'ont pas permis au catholicisme de faire de grands progrès dans ces'îles ; d'autant que, selon l'usage, les riches et les puissants sont du côté de l’hérésie, Ce fait, bien connu de tous à Samoa, n’a pas empêché les prédicants, constatant à leur manière le succès relatif de leurs rivaux, d'écrire que «€ les convertis catholiques embrassent vo- » lontiers une religion qui tolère tous leurs vices, » et qui compte des chefs orgueilleux et mé- » chants, toujours prêts à se mettre à la tête > d'un parti (1).» Il est difficile d'avancer une proposition plus invraisemblable et plus contraire à la vérité, mais cela fait bon effet au loin sur les souscripteurs,

Les protestants font justement à Samoa ce qu'ils reprochent à tort aux catholiques ; ce sont eux qui, pour s'emparer du pouvoir, ont déchaîné dans l'archipel le fléau de la guerre civile, en voulant remplacer le principal chef de l'ile, Matoafa, catholique fervent, par son oncle Malietoa, protestant fanatique. Les missionnaires, résolus de se tenir à l'écart des questions politiques, et comptant d’ailleurs des catholiques dans

se contentant de prêcher à tous la paix et la conciliation, attitude qui leur valut le respect et la sympathie des belligérants.

Cette guerre civile, qui dura deux ans, de

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