‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 389 sur 404 · I. — Vicariar APOSTOLIQUE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE · texte numérisé non relu

I. — Vicariar APOSTOLIQUE DE LA NOUVELLE-CALÉDONIE

E vicariat apostolique comprend la Nouvelle- Calédonie et les îles adjacentes, plus les

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Missions Catholiques

juteur du vicariat de l'Océanie centrale, s'embar-

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qua pour la Nouvelle-Calédonie. Le 25 décembre 1843, au jour anniversaire de la naissance de l’'Homme-DiIEu,le Saint-Sacrifice était offert, pour la première fois, sur cette terre sauvage et l'Eglise néo-calédonienne naissait à son tour. Les missionnaires s'établirent d’abord sur la côte orientale à Balade, puis à Puébo. Les commencements furent très difficiles chez ces féroces anthropophages, qui venaient, à cette époque, de dévorer un aspirant de marine et huit matelots de l’A/cmène ; plusd'une fois, les Pères se virent assiégés chez eux par les insulaires, qui voulaient leur faire subir ce sort; pendant plusieurs années, leur vie fut, jour et nuit, en péril. Peu à peu, cependant, la férocité des naturels s’adoucit ; le 21 juin 184, deux ans et demi après leur arrivée, les missionnaires faisa'ent leur premier baptême d'adultes : en 1847, la Nouvelle-Calédonie était érigée en vicariat apostolique distinct ; et quand Mgr Douarre mourut, en 1853, il laissait après lui une mission solidement fondée : trois stations, deux à la Nouvelle-Calédonie, une dans l’île des Pins, et près de 2.000 catholiques. Quelques mois avant sa mort, le bon évêque avait eu la joie de sauver la vie à tout un équipage français, naufragé sur ces côtes inhospitalières, où ils eussent infailliblement été dévorés par les naturels, s'ils n'avaient reçu à la mission catholique la plus généreuse hospitalité.

Mgr Douarre venait de mourir,quand le contreamiral Febvrier-Despointes fut envoyé par le gouvernement français pour prendre possession de la Nouvelle-Calédonie, 11 s'agissait de gagner de vitesse nos rivaux les Anglais, quiavaient jeté leur dévolu sur cette île, la perle des mers du Sud. D'après ses instructions, l'amiral devait commencer par s'entendre avec l’évêque etles missionnaires pour s'assurer que les Anglais n'avaient fait encore flotter leur pavillon sur aucun point de la côte, et, dans ce cas, prendre possession du pays au nom de la France, en évitant, autant que possible, de provoquer les résistance: des sauvages. Dans ces conjonctures délicates, le P. Rougeyron, supérieur par intérim de la mission, rendit les plus grands services, et c'est certainement à son intervention et au dévouement des missionnaires que la France doit cette belle colonie.

Après avoir arboré à Balade le drapeau fran- ÇAis (22 septembre 1853), l'amiral, sur les conseils du Père provicaire, partit en hâte pour faire la même opération à l’île des Pins, annexe de la Nouvelle-Calédonie, à laquelle la rattache une ligne de brisants, Il était temps de s'en assurer la possession, Quand il arriva dans la baie de Kunié, l'amiral français y trouva une corvette anglaise, le Æérald, venue soi-disant pour faire l'hydrographie. des côtes, mais envoyée en réalité pour acheter l'ile des Pins ; après quoi le gouvernement de l’Australie devait avec une escadre prendre possession de la grande terre. Ces détails furent donnés à l'amiral par le missionnaire de l'île des Pins, avec qui il s'était abouché sans perdre un

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LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXm SIÈCLE.

ajouta que, sur ses conseils, le roi était bien décidé à ne pas céder son île aux Anglais, mais qu'il fallait se E :r de profiter de ces bonnes dispositions, de peur d’un revirement toujours possible de la part d’un sauvage. Dès le lendemain matin, le missionnaire alla trouver le roi, qui, pour échapper aux obsessions des Anglais, se tenait caché à l’intérieur de l’îie, et, son consentement obtenu en forme, le drapeau français fut hissé sur la maison des missionnaires, à la grande stupéfaction du commandant du Æérald, qui, furieux d’avoir été joué par l'amiral français, dont il ne soupçonnait pas même la présence à bord, repartit pour Sydney. Le gouverneur de l'Australie, en apprenant qu'il s'était laissé devancer par les Français, reçut un tel coup qu'il mourut de colère et de chagrin (décembre 1853).

Ce furent encore les missionnaires qui, grâce à leur influence sur les chefs les plus féroces, prévinrent, pendant les premières années de l’occupation, les révoltes, et facilitèrent à notre pays.la tranquille possession de cette belle colonie. {ls en furent assez mal récompensés, comme on va le voir.

A l’île des Pins, dans les îles Bélep, à l’île Nou, où ils étaient seuls, ils firent, en vingt ans, de populations anthropophages et plus féroces que celles de la Grande-Terre, des tribus toutes chrétiennes et laborieuses. Dans la Nouvelle-Calédonie, au contraire, la jalousie administrative, ayant pris ombrage de l'influence des missionnaires, s'est appliquée pendant longtemps, par tous les moyens dont elle dispose, à contrecarrer leur œuvre et à la ruiner. Il en est résulté que, sur 5.000 indigènes, 40.000 sont encore païens, nullement ralliés à l: France, et presqu'aussi féroces qu'autrefois, comme l’a prouvé récemment la révolte ‘e 1877, qui mit un instant en question la sécurité des colonies. .

Voici les graves réflexions qu'écrivait, au lendemain de l’insurrection, Mgr Vitte, alors vicaire apostolique :

« Les Canaques se sont révoltés parce qu'ils » ne sont pas chrétiens, et s’ils ne sont pas chré- » tiens, la faute n'en est ni aux missionnaires, ni » même aux indigènes, mais à l'esprit impie » et anti-chrétien d’un certain nombre de colons > et d'agents de l'autorité, C'est un fait acquis » que les Calédoniens chrétiens sont restés fidèles » à notre drapeau. »

Il est malheureusement trop certain qu’en particulier, de 1860 à 1870, le catholicisme fut soumis dans la colonie à une véritable persécution. € Il s'agissait, dit encore Mgr Vitte, de » 1e remplacer par le phalanstère et, plus tard, » par la loge maçonuique, Ruse et force, pro- > messes et menaces, terreur et cupidité, on n’a » rien épargné pour ruiner le catholicisme au » profit de la secte, et empêcher les indigènes » d'écouter la voix du missionnaire, »

On alla jusqu'à dépraver systématiquement Îles sauvages pour ieseniever à l'influence abhor-

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LE C/THOLICISME DANS LES

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rée de l'Eglise. On comprend l'effet de pareilles excitations sur un peuple encore anthropophaze Ou arraché de ia veille à la barbarie. 11 y eut des milliers de défections, et plusieurs postes durent être abandonnés. En 1857 et 1850, les missionnaires, à l'instigation des autorités coloniales, furent chassés de Balade et de Puébo. € Moi pas chrétien, disaient les chefs, moi suis de la religion des soldats : boire, fumer et jurer, ça beaucoup commode. » Les Pères furent suivis néanmoins d’une partie de leurs néophytes, et ils fondèrent auprès de Nouméa les deux Réguctions, aujourd'hui si prospères, de Saint-Louis et de la Conception, À Puébo, les missionnaires purent rentrer dès 1863 ; mais, le saint P. Villard ayant conquis entièrement par sa douceur la sympathie des sauvages même païens, son succès excita. la jalousie de l'administration, et sur l'ordre du gouverneur, il fut arraché, en 1867, à l'affection de ses néophytes, Le poste de Balade ne put être rouvert qu’en 1876. À cette époque, les missionnaires eurent Ja consolation de ramener tous les apostats.

Si l'on veut juger des tracasseries administratives qui furent mises en œuvre pour décourager l’action des missionnaires, on n’a qu’ relire ce qu'a écrit à ce sujet un officier de navire, témoin impartial et désintéressé : € Qui

le croirait ? sur cette grande terre perdue aux antipodes, ce qui a manqué tout à coup à la mission catholique, c’est un peu d'air et d’es- Pace, un peu d'indépendance et de liberté. Elle a vu S'élever devant elle une puissance rivale, ombrageuse et jalouse, revendiquant, avec l’inflexible rigueur de la force, les prérogatives de son autorité. Aux yeux du gouverneur, la mission portait atteirte À la liberté de conscence et des cultes ; elle représentait l'Eglise envahissante, dont les empiétements devaient être combattus par les concordats et les articles organiques : prédications et culte, construction de chapelles et Propagande religieuse, écoles de catéchistes et catéchuménats, tout dut passer au crible du peuvoir, Deux Pauvres religieuses, qui croyaient Pouvoir venir librement prodiguer à l'enfant du s: ivage leurs soins » évangéliques, n’ont pu ouvrir leur école qu'après

s'être présentéesdevant lacommission d'examen » chargée de leur délivrer un brevet de capacité ; » et pourtant l’une d'elles, fille d’un officier supé- » rieur de la marine, venait d'achever son éduca- » tion dans un des premiers pensionnats de » France. Ce n’est pas avec un pareil formalisme » qu'on civilise des anthropophages et qu'on » en fait des travailleurs utiles et dévoués (1). »

Avec la chute du régime impérial finit la persécution. La mission catholi sortait de cette longue lutte vivante, mais gr. nent blessée, Un recensement dressé à cette époque par les missionnaires résumait ainsi la situation : dix stations

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