‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 398 sur 404 · MISSIONS DES CAPUCINS ESPAGNOLS, MISSIONS DES CAROLINES · texte numérisé non relu

MISSIONS DES CAPUCINS ESPAGNOLS, MISSIONS DES CAROLINES

N se rappelle peut-être encore l'émotion soulevée, il y a une douzaine d'années,

en Europe par le conflit entre l'Allemagne et l'Espagne, au sujet des Carolines. L’Allemand,

selon son habitude, l'avait pris €: très haut avec un rival qui lui paraissait peu redoutable, mais la fierté castillane s'était révoltée, et l'on se demandait avec anxiété si la guerre n'allait pas éclater, à ce sujet, entre les deux nations, r: and M. de Bismarck, pour sortir d'embarras sans avoir l'air de reculer, eut l'inspiration d'en appeler à l'arbitrage du Pape. Le Vicaire de JESUS- CHRIST, après avoir mûrement examiné les prétentions des deux parties, donna gain de cause à l'Espagne, qui s'empressa d'envoyer “n gouverncur et des soldats prendre possessio:, de la nouvelle colonie, Mais l'occupation de ces îlés ne pouvait suffire à la catholique Espagne ; elle voulut encore y faire porter la foi, et, à sa demande, la Sacrée Congrégation de ia Propa:

gande, par un décret du 15 mai 1886, détacha du vicariat apostolique de la Micronésie l’archipel des Carolines, pour en former deux missions : Carolines orientales et Carolines occidentales, qui furent données aux RR. PP. Capucins de la province d'Espagne.

L'archipel des Carolines se compose d'environ 600 îles, dont les plus grandes seules sont habitées, Il s'étend du £° au 10° de latitude nord, et du 142° au 160° de longitude ouest, L'étendue territoriale de toutes ces îles est égale à celle de la France et de l'Espagne réunies. On voit qu'il y a là les éléments d'une colonie importante, La population se compose d'environ 40.000 sauvages, appartenant, comme ceux des îles Gilbert, au groupe malayo-polynésien. Leurs mœurs sont dures et farouches, mais ils ne sont pas cannibales.

Les missionnaires, au nombre de douze, s'embarquèrent, le 14 avril 1886, à Barcelone pour Manille, d'où ils se rendirent dans leur mission. Le centre de la mission des Carolines orientales fut établi à l'île Ponapé, où les protestants nous ont déjà malheureusement devancés, et le cheflieu des Carolines occidentales fut fixé à l'ile d'Yap, résidence du gouverneur général de la colonie,

La mission des Carolines n'a pas encore d’histoire. Les PP, Capucins ont commencé par faire la visite générale de l'archipel ; ils ont été bien accueillis des populations et comptent déjà une trentaine de néophytes. Puissent-ils réussir aussi complètement que leurs prédécesseurs à Manille!

Personnel : 12 missionnaires prêtres, 14 Frères capucins,

Œuvres : 4 résidences, 4 chapelles, 4 écoles élémentaires.

Tableau général des missions de la Polynésie.

Picpuciens. 3 missions, 3 évêques, 53 prêtres, 188 églises ou chapelles, 37.100 catholiques.

Maristes. 4 missions, 3 évêques, 96 prêtres, 198 églises ou chapelles, 52.430 catholiques.

Prêtres du Sacré-Cœur. 3 missions, 2 évêques, 34 prétres, 29 églises ou chapelles, 10,300 catholiques.

Capucins. 2 missions, 12 missionnaires prêtres, 4 églises ou chapelles, ? catholiques.

Total : 12 missions, 8 évêques, 195 missionnaires prêtres. 419 églises ou chapelles, 00.830 catholiques

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C'est donc pour toute la Polynésie environ 100,000 catholiques contre 300,000 protestants et environ 3.500.000 payens.

Et maintenant, en achevant cette longue étude sur l'évangélisation des îles de l'Océanie, quelle conclusion allons-nous tirer ? Il me semble que la conclusion s'impose d'elle-même, et qu'elle nous révèle la loi générale de l’apostolat catholique dans ses rapports avec l’hérésie,

Au début, comme pour mieux affirmer la divinité de son œuvre, la Providence permet crdinairementque l'erreur se présente la première. Elle a tout pour elle: des apôtres nombreux, quelques-uns convaincus et zélés, ‘es ressources illimitées, les séductions du pouvoir et de la richesse, le concours du bras séculier, car les nations protestantes comprennent généralement mieux que les autres l'intérêt politique qu'elles ont à soutenir leurs missionnaires, Aucun scrupule ne gène l'hérésie, aucune injustice ne la révolte ; tout lui est permis contre ses adversaires désarmés, même la calomnie, même la viclence. Pendant que ses ministres, richement dotés, confortablement établis avec leurs familles dans de belles maisons, utilisent les loisirs de leur fashionable apostolat en accaparant le commerce et en faisant fortune, le missionnaire catholique se présente seul, presque toujours sans l'appui de son gouvernement, trop heureux quand ceux qui devraient le s wutenir ne s'appliquent pas à désoler sa patience .< à contrecarrer son œuvre. Il est pauvre, si pauvre qu'il n'a pas toujours le pain quotidien assuré ; par conséquent il ne peut faire briller aux yeux de £<: aéophytes ni la séduction de l'or, ni les espérances du pouvoir.

Aussi, au début, nous voyons invariablement se produire le même phénomène : les foules accourent aux riches temples de l’hérésie : le catholicisme groupe péniblement quelques pauvres, quelques enfants, dans une chapelle couverte en chaume, Il a pour lui ceux que le monde rebute et méprise : les simples, les humbles d'esprit et de cœur, ceux qui ne comptent pas et qui n’exercent aucune action dans la société, C'est ce que nous avons vu se produire dans toutes ces îles. Au commencement tous les succès sont du côté du protestantisme ; le petit troupeau catholique s'estime heureux quand on veut bien le tolérer, comme par grâce, et lui épargner la persécution.

Laissez passer un demi-siècle: vous allez retrouver la même opposition, mais la victoire a changé de côté. Les riches temples de l'hérésie sont vides ou convertis en églises. Par leurs procédés durs et arbitraires, les prédicants ont lassé la patience de tous. Le règne des missionnaires, premiers ministres et conseillers des princes, est passé sans retour. Le commerce lui-même, sous le contrôle jaloux des résidents étrangers, a perdu ses féconds monopoles, et l’occasion de faire, aux dépens des sauvages, de grandes fortunes, ne se présente guère. Il ne reste plus au ministre protestant que l'apostolat ; mais l'apostolat lui-même a

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LE CATHOLICISME DANS LES ILES DE L'OCÉANIE, 1800-1890, 411 — tt mme

erdu sa fécondité ; de ces néophytes, les meil eurs se sont ralliés au catholicisme ; les autres, af pliquant les principes protestants, s'abandonnent à toutes les folies du jugement particulier. Le n'est plus l'unique troupeau de l'unique Pasteur ; c'est Babel et sa confusion, c'est l’éclosion spontanée de toutes les fantaisies doctrinales et la corruption des mœurs, fruits naturels des négations du protestantisme ; enfin c'est la décadence précipitée et la mort de ces races vigoureuses et jeunes, que l'hérésie prétendait, de bonne foi, régénérer et civiliser,

Pendant ce temps le petit troupeau catholique, si méprisé autrefois, n'a cessé de grandir, Partout où la fausse civilisation n'est pas venue empoisonner les corps et les âmes, les indigènes forment une population nombreuse, morale, active et heureuse,

À mesure que le nombre des fidèles s'est accru, l'Eglise a multiplié ses cadres et augmenté le nombre de ses apôtres.

Là où, il y a trente ans, arrivait un mission: naire isolé, on voit aujourd'hui toute une Eglise, avec son évêque, ses prêtres, ses Frères, ses religieuses ; chapelles, écoles, orphelinats, hôpitaux, toutes les œuvres de la vie catholique se sont développées et s'affirment désormais au grand jour.

A ce spectacle merveilleux de la fécondité du catholicisme en face de la stérilité et des avortements de l'hérésie, le protestant de bonne foi s'incline avec respect, On a vu, par les nombreux témoignages que j'ai cités, que, dans les missions,

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les protestants sérieux honorent le prêtre catholque et rendent généralement hommage à ses vertus. Depuis longtemps les culomnies des premiers jours se sont tues, les défiances se sont évanouies, la haine même a presque désarmé.

Aujourd'hui ceux des nombreux protestants que l'indifférence religieuse où des préjugés sectaires éloignent encore de l'Eglise, proclament la sainteté de ses piétres et ie succès final de leur apostolat, € Il n'est pas douteux, écrit l'Améri. » cain Hopkins, que l'Eglise catholique romaine, avec ses portes ouvertes, ses bancs libres, sa messe et ses vêpres quotidiennes, son corps enseignant, ses religieuses qui vont visiter les malades et les pauvres, son système de sacrements, son culte parlant À l'esprit et au cœur par les yeux et par es oreilles, il n'est pas douteux, ds-je, que par tous ces moyens, l'Eglise rcinaine ne s'attache fortement les facultés encore inertes des indigènes (1), >» — {La religion catholique, conclut un autre protestant, est destinée à dominer dans la plupart des îles de l'Océanie. » Je n’ajouterai rien à ces témoignages si honorables pour l’apostolat catholique, témoignages que l'évidence arrache aux ennemis mêmes de la foi, et qui ne font, au reste, que constater la vérité de la parole de saint Paul: € Znfirma mundi elegit Deus, u! confundat Jortia (2), »

RSR AN RE RE RIES 1, Hopkins esq, Les Îles Hawaï, ch, 24,

2. 4 Dieu a choisi l'infirmité pour confondre la force, » — S, Paul, I Cosinth., 1, 27,

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