GENÈVE
situation religieuse des catholiques suisses, il importe de bien se représenter la constitution politique de ce pays. La Suisse n'est pas un Etat unifié : elle forme une confédération d'Etats indépendants. En droit, chaque canton est maître absolu chez lui, à condition de respecter la cons. titution du pays et d'obéir aux décisions de la diète fédérale. Il suit de 1à que la situation religieuse des catholiques varie complètement d'un canton à l’autre, Dans les cantons catholiques, l'Eglise est maîtresse chez elle, à moins que le | en 1847, la tend pouvoir ne tombe aux mains des francs-maçons, | accentuée comme à Soleure ou dans le Tessin. Au contraire, dans les cantons mixtes et protestants, du | vu dimi: moment Que les matières confessionnelles s'y décident à la majorité absolue des voix, les
atholiques y sont à la discrétion de leurs pires
ennemis, De là, des contrastes qu'on ne pourrait s'expliquer, si l'on ne tenait compte de cette Organisation. Ainsi, en 1870, le canton catholique d'Unterwald proteste officiellement contre la chute du pouvoir temporel, pendant que Genève fait fête à Garibaldi, Vous avez d'un côté la ferveur et les œuvres de la foi, et, dans le canton voisin, l'Eglise est persécutée.
Ajoutons que, depuis la défaite du Sonderbund ance vers la centralisation s’est de jour en jour. En perdant leur indé-
pendance religieuse, les cantons catholiques ont
ter du même coup ieur indépendance
politique ; de plus en plus, l’autorité tend à se concentrer aux mains de la diète fédér
ale et des
patriciens de Berne, et ce n'est certes pas à l'avantage des catholiques, qui sont encore en minorité dans le pays.
Cette observation préliminaire une fois faite, je suis heureux d’avoir à constater que la période des trente premières années du siècle fut, pour l'Eglise catholique, une époque de paix relative. Les préoccupations politiques étaient toutes à l'extérieur, et les questions religieuses ne venaient qu'au second rang, C'est dans cette période de temps qué l'Eglise catholique parvint, à force de zèle et de üevouement, à s’introduire dans les centres protestants, qui, depuis la Réforme, lui étaient restés obstinément fermés. Il faut dire quelques mots de ces humbles commencements.
C'est seulement en 1799 que.le culte catholique fut rétabli à Berne, sur la demande formelle de l'ambassadeur de France. Le premier curé fut un Père capucin de Fribourg, le Père Girard. Les commencements de cette chrétienté furent pénibles, les saints mystères se célébraient d’abord dans le chœur de l’église protestante de Saint-Vincent ; en 1821, vu l'accroissement numérique des catholiques, le gouvernement leur accorda, toujours de partage avec les protestants, la jouissance de l’ancienne église des Dominicains. Quand M. Baud fut nommé, en 1832, curé de Berne, il n’y avait encore qu’une église mixte, pas de presbytère, pas d'écoles, Mais le nouveau curé était un homme de zèle et d'œuvres : il fut le véritable créateur de la paroisse de Berne, Une magnifique église qui coûta 700.000 francs, recueillis, on peut le dire, dans le monde entier, un presbytère, des écoles spacieuses, voilà son œuvre matérielle, L'œuvre spirituelle marcha du même pas ; le tableau suivant en fait foi :
En 1800, il y avait à Berne environ 500 catholiques ; en 1840 : 1.200 ; en 1870 : 4.921.
Ce nombre n'a fait qu'augmenter depuis, malgré la défection d’une poignée de catholiques libéraux, qui, appuyés par le gouvernement pro:
testant de Berne, ont volé en 1873 l'église et |
tous les biens-fonds de la communauté catho.
lique.
M. Baud n'eut pas la douleur d'assister à cette profanation ; il était mort au mois de mai 1867, après avoir été élevé par Pie IX à la dignité de protonotaire apostolique. Ses funérailles furent un dernier triomphe pour le catholicisme : protestants et catholiques s'y pressèrent en foule, et, pour la première fois depuis la Réforme, les cérémonies du culte romain purent paraître au grand jour dans les rues de Ja vieille cité fédérale,
La paroisse de Bâle comptait, en 1800, 500 catholiques, sans église et sans prêtres. Klle
compte aujourd’hui près de 12.000 catholiques : elle possède une belle église ogivale, devenue
| ci, sans se décot
malheureusement insuffisante, par suite de l'accroissement continu des catholiques ; des écoles florissantes dont le Souvernement cantonal a fait publiquement l'éloge, sont tenues par les Frères des Écoles chrétiennes et par les Sœurs de Portieux ; il y a un hôpital, un orphelinat de jeunes filles ; la paroisse est desservie Par un curé et six vicaires. Le gouvernement cantonal, loin d'aider les catholiques, s’est toujours montré hostile à leurs œuvres.
Zurich, la vieille cité de Zwingle, a toujours été, elle aussi, très hostile à l glise romaine ; aussi, en 1800, cette ville n'avait pas un seul catholique, C’est seulement vers 1810 qu'on put commencer à y dire la messe, dans l’arrièrechambre d’un cabaret, En 1840, les catholiques de Zutich étaient déjà 1.500 ; ils sont 9.000 aujourd’hui. Ils avaiertt élevé ‘une belle église, un presbytère, des écoles, que le gouvernement cantonal leur a volés, en 1873, pour les livrer à une dizaine au plus de catholiques libéraux ; mais, sans se laisser décourager, les fidèles ont acheté immédiatement, au prix de 95.000 francs, deux maisons et un grand terrain pour y établir leurs œuvres,
C'est le jour de Pâques 1808 que le saint sacrifice de la messe recommença à Neuchâtel, d'où il était sorti depuis 1530. La principauté de Neuchâtel, ayant été cédée à la France, devint l'apanage de Berthier, un des généraux de Napoléon, qui' rétablit le culte catholique dans la chapelle du château. Mais, vu le petit nombre des fidèles, l'archevêque de Besançon, de qui relevait alors la principauté de Neuchâtel, n’y mit pas pour lors de prêtres à poste fixe.
En 1811, le comte de Pourtalès ayant établi dans cette ville un hôpital desservi par les Sœurs Hospitalières de Besançon, un prêtre catholique vint se fixer à Neuchâtel, en qualité d'aumônier des Sœurs.
En 1815, la principauté de Neuchâtel fit retour au roi de Prusse, Le prêtre français rentra alors dans son diocèse, et l'évêque de Lausanne Envoya, pour le remplacer, M. Acbischer, qui doit être considéré comme le premier curé de Neuchâtel.
Ce n'est qu'en 1827 qu'on put obtenir, après beaucoup de tracasseries, de poser la première pierre de la chapelle catholique dans un terrain donné par M. de Pourtalès,
Peu à peu les catholiques se multiplièrent et obtinrent un minimum de liberté ; en 1842, on agrandit l'église devenue insuffisante : en 1844, on installa des écoles, qui sont confiées aujourd'hui aux Frères des Écoles chrétiennes et à des institutrices laïques. Ces écoles comptaient, en 1870, 188 enfants.
À la mort de M. de Pourtalès (1859), le fanatisme protestant expulsa les Sœurs de l'hôpital, pour leur substituer des diaconesses, au grand regret des protestants et des catholiques. Ceuxi é äger, fondèrent aussitôt à leurs
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L'ÉGLISE DANS LES CANTONS SUISSES, 1800-1490, 59 SES < mn
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