‹ Les missions catholiques au XIXme siècle [microforme]Chapitre 50 sur 404 · D OP · texte numérisé non relu

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Les catholiques jurassiens, privés de leurs prêtres, ne s'abandonnèrent pas, Ceux qui résidaient dans les paroisses limitrophes de la France passaient la frontière chaque dimanche, pour assister à la messe de leur pasteur. La Prusse, complice et instigatrice de la persécution, interdit ces pieux pèlerinages pour l'Alsace-Lorraine. De

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fidèles appelaient Ze ete de la grange. Chaque dimanche, ils se réunissaient autour de leur autel désert ; on chantait les prières de la messe, le kyrie, le credo ; on lisait le prône que le curé exilé envoyait régulièrement chaque semaine ; on s’encourageait en commun à souffrir; on

priait pour les persécuteurs, Jamais les paroisses

son côté, le gouvernement de Berne prit des | du Jura n'avaient témoigné plus de régularité, mesures arbitraires pour surveiller et rendre à plus de ferveur, que pendant ces années néfastes, peu près impossibles ces voyages, qu'un arrêté Pour assister les malades en danger de mort, préfectoral qualifiait de contraires aux bonnes | les prêtres exilés se glissaient de nuit, à travers mœurs. On se contenta alors de ce que les | les montagnes, sous tous les déguisements,

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JURA BERNOIS (SUISSE). — LE CULTE CATHOLIQUE A FORRENTRUY, EN 1874, d'après une photographie. 3 J

Reconnus ou trahis, ils se voyaient arrâtés, jetés | triompha de la haine des persécuteurs, Déjà Le nen en prison, reconduits à la frontière, après avoir pPiusieurs fois, les députés catholiques avaient $ ret( subi toutes sortes de manvais traitements. Plus |

| Courageusement élevé la voix, à la diète fédérale, 21: d'un manqua d'y laisser sa vie. Mais, grâce au | pour réclamer contre l'oppression dont leurs ] zèle des pasteurs, à la fermeté des fidèles, et | concitoyens étaient victimes. Au mois d'octobre con sans doute à l'action providentielle, qui voulait | 1875, le Conseil fédéral se décida enfin à inviter terc “ecompenser la foi de ce bon peuple, on | le gouvernement de Berne à rapporter ses arrêts priv remarqua avec admiration que, pendant toute | d'expulsion. Forcés d'obéir, les radicaux bernois tre cette crise qui dura près de deux ans, pas un | se hâtèrent de forger une nouvelle loi pour res- autc inalade ne mourut sans avoir reçu les sacre- | treindre, autant que possible, l'exercice du culte plus ments, | privé, le seul qu'il fût permis aux curés révoqués caus

À la fin, la patience du peuple catholique | d'exercer. Pen

inge. Chaque de leur autel la messe, le que le curé ue semaine :

souffrir ; on les paroisses le régularité, liées néfastes.

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Voici les principales dispositions de cette loi :

ART. 1, Il est défendu de mettre en danger la paix confessionnelle en attaquant les adhérents d'un autre culte. Les contrevenants sont punis d’une amende de 1.000 francs ou un an de prison,

ART, II. {lest défendu de critiquer en chaire, ou dans une réunion privée, les actes du gouvernement, 1.000 francs d'amende ou un an de prison,

ART. III. L'exercice du culte privé est interdit aux religieux exclus de la Confédération, et à tous les prêtres qui sont notoirement connus pour faire opposition aux autorités publiques, 1.009 francs d'amende ou un an de prison

ART. IV, Ilest défendu d'exercer dans le canton de Berne aucune fonction pontificale sans une autorisation expresse du conseil exécutif. 2.000 francs d'amende ou deux ans de prison,

ART. V. Sont absolument interdites, en dehors des maisons particulières, toutes les Processions et cérémonies religieuses quelconques. 200 francs d'amerde ou soixante jours de prison.

ART. VI. Les assemblées privées dans lesquelles l’ordre serait troublé, ou qui sera'ent contraires aux bonnes mœurs, pourront toujours être dissoutes par la police, 200 francs d'amende ou soixante jcurs de prison.

Armé de cette loi draconienne le gouver-

JURA BëRNoIs (SUISSE), — Li cuLrE CATHOLIQUE À SAINT-URSANNE, EN 1874, d'après une p'utoyraphie,

nement de Berne autorisa gracieusement Je retour des exilés (7 novembre 1875). Il y avait 21 mois qu'ils étaient retenus loin de chez eux. Mais les tracasseries et les méchancetés n’en continuèrent pas mo s+ On essaya d’abord d’interdire aux prêtres rcrés tout exercice même privé du culte, en s 2ppuyant sur l'article 3, contre ceux qui font ïotoirement Opposition aux autorités. Les prêtres en appelèrent, et, après plusieurs mois, la diète fédérale leur donna gain de cause, On se rabattit alors à mille tracasseries, Pendant plusieurs mois, la police épia toutes |

leurs paroles, toutes leurs démarches, pour les trouver en faute, Une trentaine de prêtres furent incarcérés pour des délits imaginaires, Plusieurs églises restaient fermées, faute d’assistants vieuxcatholiques ; des prêtres catholiques furent mis À l'amende ou en prison pour avoir, à la demande descommunes,officié dans ces églises abandonnées par le schisme. Le ridicule le disputa à l’odieux : sur le rapport d'un brave gendarme, peu versé probablement dans les questions liturgiques un

| CHF fut condamné à 60 francs d'amende, pour

avoi: chanté une g'and'messe à voix basse !

Peu à peu cependant la situation s’améliora, Un certain nombre d'intrus, pris du dégoût de leur œuvre, s'étaient convertis et avaient abandonné leurs postes; d’autres avaient été expulsés par la police, pour délits de droit commun. Les catholiques profitèrent de la loi de 1874, qui remit aux communes l'élection des curés, pour réélire, partout où cela fut possible, leurs pasteurs légitimes, En 1880, 31 paroisses du Jura avaient ainsi recouvré leurs églises et leurs presbytères, avec la publicité du culte.

À cette époque, il restait encore, dans le diocèse de Bâle, 66 prêtres non reconnus par l'Etat : 56 dans le canton de Berne, 2 dans le canton de Bâle-campagne, 4 dans le canton d’Argovie et 4 dans le canton de Soleure.

Pendant ce temps, que devenait le schisme des vieux-catholiques, soutenu si violemment par les Souvernements protestants ? Il avortait dans le mépris et la stérilité, Sur 675 prêtres que comptait le diocèse de Bâle, on trouva à peine 13 apostats ; les autres furent appelés de France, d'Allemagne, d'Italie, pour remplir les églises et les presbytères volés aux catholiques. Malgré les avances du gouvernement, ce triste clergé ne dépassa jamais le chiffre de 40 membres, à la tête desquels on mit un évêque intrus, le nommé Herzog, ancien curé d'Olten, dans le canton de Soleure,

Quant au chiïre des schismatiques , les rapports officiels le font monter à 72.000, pour toute la Suisse ; mais il faut évidemment en rabattre beaucoup. En tenant compte du nombre des électeurs dans les conseils paroissiaux, on arrive à un total de 5 à 6,000 vieux-catholiques, dont 3.000 pour le canton de Genève, 2.000 pour le diocèse de Bâle, et 5 ou 600 pour le reste de la Suisse,

Disons un mot, en terminant, de la persécution religieuse dans le canton de Genève.

On a vu les magnifiques accroissements du catholicisme à Genève ; jamais la cité de Calvin, la Rome protestante, n’a pu pardonner à l'Église ses succès, Pour se défaire des catholiques, les conservateurs genevois ont fait alliance avec les radicaux, et tout homme politique qui a voulu se montrer simplement équitable envers les catho. liques, n’a pas tardé à se voir renversé du pouvoir. Cela explique la haine implacable portée à Mgr Mermillod, et la résolution prise par les protestants de se débarrasser par tous les moyens d’un homine dont le zèle, les talents, l'éloquence séduisante leur faisaient peur.

Au moment où s'engagea la lutte (1870), voici, d'après les documents officic's, quelle était la situation respective des protestants et des catholiques.

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Population totale du canton : 93.197 habitants,

Sur ce nombre il y avait :

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