MGR MERMILLOD
ment, et par le Conseil supérieur pour infraction disciplinaire,
ART, VIII, — Les électeurs d'une paroisse peuvent toujours demander que le curé et le vicaire soient soumis À une nouvelle élection.
ART. IX, — Chaque paroisse est administrée par un Conseil pris parmi les électeurs laïques ; ce Conseil se compose de neuf membres pour les paroisses de Genève et de cinq membres dans les paroisses de campagne. Le curé en fait partie, mais seulement avec voix délibérative,
ART, XI. — Les Conseils de paroisse sont soumis à un Conseil supérieur du culte catholique, qui sera nommé Par tous les électeurs catholiques du canton,
ART. XII, — Le Conseil supérieur se compose de vingt-cinq membres laïques pris parmi les électeurs et de cinq membres ecclésiastiques choisis parmi les curés et vicaires,
ART, XIII. — Les églises et presbytères sont la pro- Priété des communes ; éiles sont affectées exclusivement au culte catholique reconnu par l'État,
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72 LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXxme SIÈCLE. en mem me no
Munis de cette loi schismatique, les protestants et les libres-penseurs d: Genève étaient forts,
Le 4 septembre 1873, le clergé catholique était invité à se présenter à l'hôtel du Gouvernement, pour prêter serment à la nouvelle constitution civile. Pas un prêtre ne se présenta, pas une défection ne se produisit parmi les 47 prétres du canton. C'était ce qu'on voulait : curés et vicaires furent déclarés déchus de leurs fonctions et on procéda aux élections.
Comme on s'y attendait, les catholiques s’abstinrent en masse de prendre part à cette comédie sacrilège ; mais quelques centaines de francs-maçons se rappelèrent qu'ils étaient catholiques, et s’en allèrent chercher, au fond de leurs tiroirs, un vieil acte de baptême, oublié depuis longtemps, afin de s'en faire une arme légale contre leur Mère la sainte Église,
Donc le 22 octobre 1873, furent élus comme curés de Genève trois apostats: MM. Loyson (l'ex-Père Hyacinthe), Hurtault et Chavard. Il y eut seulement 1.267 votants, contre 2 567 abstentions. Ainsi, même à Genève, sur le terrain qui leur était le plus favorable, les schismatiques ne formaient pas même le tiers des électeurs catholiques.
Cela n'empécha pas le Conseil d'État de livrer aux intrus l’église Saint-Germain, que la ville avait cédée en 1803 aux catholiques. Chassés de Saint-Germain, les catholiques achetèrent, au prix de 155.000 francs, le temple maçonnique, qui se trouvait alors en vente, et y installèrent l'église du Sacré-Cœur.
Le 28 décembre 1873, des élections eurent lieu dans les paroisses de Carouge, de Chêne et de Lancy. À Carouge, sur 5.000 catholiques, M. Marchal, Mariste défroqué, obtint 231 voix ; à Chêne, paroisse de 2.500 âmes, M. Quilly obtint 79 voix ; à Lancy, paroisse de 1.290 âmes, l’intrus en eut 53.
En présence de ces minorités ridicules, on | renonça pour les autres paroisses à ce simulacre d'élection ; d'autant que, dans la plupart, il eût été difficile de trouver un seul électeur, En conséquence, malgré les protestations des maires et de l’universalité des habitants, malgré la loi orga nique de 1874, qui déclarait les églises et Îles presbytères propriétés communales, on crocheta la porte des églises et des presbytères, et on y installa des apostats, après en avoir chassé les titulaires légitimes.
Dans le cours des années 1874 et 1875, vingtsix églises furent ainsi volées aux catholiques, avec les maisons presbytérales ; quatorze seulement furent desservies par des intrus, les autres restèrent fermées faute d’adhérents au schisme.
De toutes ces spoliations, la plus inique fut celle de l'église Notre-Dame, bâtie par Mgr Mermillod, à l’aide des souscriptions du monde catholique. L'église Saint-Germain fut fermée
alors par les schismatiques, car ils n'avaient pas
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assez de monde pour occuper à la fois les deux églises. En effet, l'assistance du dimanche ne dépassa jamais 80 Personnes, y compris les enfants,
On s'empara aussi du presbytère de Notre- Dame, qui était ja propriété personnelle de Mgr Mermillod. Le prélat réclama devant les tribunaux ; de riches familles anglaises, qui avaient souscrit pour l'église .Notre.l ime, réclamèrent aussi, Le BSouvernement suisse resta sourd à toutes les plaintes, Dans ce pays de liberté, il n'y a pas de droit pour les catholiques.
Il y eut, à l’occasion du crochetage des églises, des scènes infâmes de violence ; plusieurs prêtres furent incarcérés et punis comme voleurs, pour avoir conser”é des objets qui, les factures en faisaient foi, étaient leur propriété personnelle ; un vieillard vénérable, M Guillermin, curé de Versoix, fut condamné à trois mois de prison, pour détournement d'objets appartenant au culte ; il fut soumis à toutes les rigueurs du régime commun, cheveux rasés, costume des détenus, travail forcé ; à la sortie de prison, ses paroissiens le reçurent en triomphe,
La plus hideuse de ces scène + pillage eut lieu dans la paroisse de Chêne :e 2 avril 1878. C'était le jour de l’Adoration perpétuelle ; le Saint-Sacrement était exposé dans la pauvre grange où les catholiques avaient transporté leur culte. Tout à coup, vers les cinq heures du soir, un cominis.aire de police se présente, accompagné d’un serrurier, son indispensable acolyte. Il s'agissait de rechercher des objets appartenant au culte, que le curé était accusé d’avoir détournés. Après avoir enlevé, à la sacristie, des burettes, une étole et quelques linges d'autel, l'homme de la police, avisant l’ostensoir (don personnel fait au curé de Chêne par la princesse Jérôme Bonaparte), fit signe à son aide de s'en emparer. Déjà le misérable approchait du Saint des saints ses mains graisseuses et sacrilèges : un cri d'horreur éclata dans toute l'église ; le curé se précipite à l'autel, et jure qu’on le tuera avant de toucher au Saint-Sacrement. Hélas ! il fallut céder à la force. D'une main tremblante d'émotion, il détache de l'ostensoir le Corps de Notre- Seigneut ; les policiers jettent le vase sacré au fond de leur sacoche, et s’enfuient à Genève comme des voleurs, pendant que la population catholique, consternée d'un tel attentat, répète en pleurant le Parce Domine, Cette fois les argousins avaient été un peu loin; le Conseil d'Etat de Genève leur donna raison, comme d'habitude; maisle Conseil fédéral demanda des explications, et les tyranneaux de Genève furent invités à
mettre un peu plus de délicatesse dans leurs procédés.
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NTONS SUISSES, 1800-1890. 73 me st font partie d'une association secrète, dont tous - les m: bres s'engagent à ne se servir d'aucun À quoi aboutirent finalement tant de violen | ouvrie, à domestique catholiques, et à ne Jamais
ces? À rien, Prêtres et laïques, les catholiques | acheter dans les Mägasins catholiques,
genevois furent invincibles dans leur héroïque
résistance. On a vu que pas un prêtre du canton ne fit défection : sur près de 48 000 catholiques, le schisme n'a jamais pu recruter plus de 3.000 adhérents, et, depuis longtemps, les apostats n'avaient plus de catholique que le nom.
Quant au clergé schismatique, malgré les larges subventions qu'il reçoit de 1 tat, il végète dans l'indifférence et le mépris public, Dès 1874, l'ex-Père Hyacinthe, trouvant lourde la domination du Conseil supérieur, lui qui n'avait pu porrer le joug doux et aimable de l'obéissance religieuse, donnait bruyamment sa démission de curé de Genève, « convaincu, par une expérience suffisamment prolongée, que l'esprit qui prévaut dans le mouvement catholique libéral de Genève, n'est ni libéral en politique, ni catholique en religion, » Sa démission fut acceptée à l’unanimité. Les libres-penseurs de Genève l'avaient fait venir pour l'opposer à Mgr Mermillod ; le tour joué, on se débarrassait de lui avec un touchant empressement. Comme le lui avait prédit son ami Montalembert, le moine révolté était devenu le jouet de la plèbe incrédule, #dibrium vulgi
Pendant ce temps les catholiques travaillaient Courageusement à rétablir toutes les œuvres, Un comité de secours s’organisa pour subvenir aux besoins du culte. Chaque année, une Souscription, qui dépassait 50.000 francs, pourvoyait à l'entretien des prêtres et aux dépenses du culte. Pour remplacer autant que possible les Congrégations expulsées, on recruta des maîtres laïques, donnant l’enseignement catholique à 1200 enfants.
Il a fallu s'ingénier aussi Pour remplacer les églises volées. A Genève, les catholiques ont le temple maçonnique, transformé en église du Sacré-Cœur ; l’église Saint-Joseph, que les libéfaux avaient mise en vente, et que Mgr Mermillod, avec son inépuisable charité, s'est empressé de racheter : une chapelle en maçonnerie, qui tient lieu de la belle église de Notre Dame, et l'église Saint-François de Sales, la seule qui n'ait pas été spoliée, parce qu'elle était la propriété d’une société anonyme. Dans la Campagne, on a reconstruit deux églises en maçonnerie; on a
arrangé en chapelles neufs granges où maisons particulières, et on a élevé neuf hangars provisoires, En somme, malgré la Pauvreté et le dénuement de ces humbles chapelles, les catholiques y sont chez eux, et partout le culte s'y célèbre avec
décence, C'est la Pauvreté et la ferveur de Bethléem.
Et pourtant, pour subvenir à tant de généreux sacrifices, les catholiques genevois ne sont pas riches. La haute banque, le commerce, la grande industrie, sont aux mains jalouses des juifs et des
Protestants, Un grand nombre de ces derniers |
! (Unterwald), 2
La population catholique se compose donc Presque exclusivement de petits commerçants, d'employés, de domestiques et de paysans. C'est cette population relativement Pauvre qui a dû, depuis quin:e ans, nourrir ses prêtres, improviser des églises, rouvrir des écoles, entretenir les œuvres les plus urgentes de la charité catholique : une conférence de Saint-Vincent de-Paul, un cercle pour les ouvriers de langue frança se, un cercle pour les ouvriers de langue allemande, deux sociétés de persévérance pour les jeunes gens, Certes, les catholiques de Genève ont fait
| leurs preuves et témoigné suffisamment de leur inviolable attachement À leur foi, Puissent.ils, en
| récompense de leur héroïque fidélité, obtenir la paix religieuse et rentrer bientôt dans leurs églises spoliées !
Il ne me reste plus qu’à donner la statistique
religieuse de chaque diocèse et de chaque can. ton.
Diocèse de Bâle. Le diocèse de Bâle se compnse de neuf cantons,
Soleure, 71 paroisses, 100 prêtres, 59 790 cath, Lucerne, 89 » 210 » 128.248 »
Berne, 77 » ICO » 58.572 »
ug, It » 45 » 19035 »
Bâle-Ville, I » 6 » 12.009 »
Bâ'e-Campagne 11 » 10 » 9.824 »
Argovie, 75 » 121 >» 88.583 »
Thurgovie, 52 >» 71 » 22152 »
Schaffouse 2 » 3 » 2080 »
Total : 389 Paroisse+, 666 preties, 400.284 ca.h.
Il y a de plus, dans le diocèse de Bâle 7 couvents de Capucins, comprenant 67 religieux.
La belle abbaye de Mariastein, qui appartenait aux Bénédictins dans le canton de Soleure, a été sécularisée en 1872.
Diocèse de Coire, Six cantons :
Les Grisons, 102 paroisses, 220 prêtres, 46.000 cathol. Uni, 18 » SI 17 000 >»
Schwitz, 30 » 77 >» 48 co2 »
Unterwald, 14 » 71 » 26 000 »
Glaris, 4. » 7 >» 6.000 »
Zurich, 6 >
194 Dao eee Total : 174 Paroisses, 433 prêtres 165.000 cathol,
Il y a dans le diocèse de Coire :
Une abbaye de Bénédictins à Dissentis (Grisons), 10 religieux, Une abbaye de Bénédictins à Engelberg 25 religieux.
Une abbaye de Bénédictins à Einsiedeln
ddr a tie
(Schwitz), 77 religieux ; plus 13 couvents de Capucins (55 religieux dans les couvents, et 77 employés dans les paroisses),
Diocèee de Saint-Gall. Deux cantons :
Saint-Gall, 104 paroisses, 193 prêtres, 113.287 cathol, Appenzel, $ » 6: + 14.139 »
Total : 109 paroisses, 199 prêtres, 127.426 cathol.
Il y a, dans le diocèse de Saint-Gall, quatre couvents de Capucins qui comptent 35 religieux.
Diocèse de Sion. Un canton :
Valais, 131 paroisses, 180 prêtres, 90.169 cathol.
Il y a dans le diocèse de Sion :
Les chanoines réguliers du Grand-Saint- Bernard, 35 religieux.
Les chanoines réguliers de Saint-Maurice, 28 religieux.
Plus deux couvents de Capucins, 16 religieux,
Diocèse de Lausanne et Genève, Quatre cantons :
Fribourg, 132 paroisses, 221 prêtres, 90.362 catho!
Vaud, 12 » 15 » 12.931 > Neuchâtel, 7 » 9 >» 11,329 »
Genève, 26 » 46 »__ 51.658 »
Total : 177 Paroisses, 291 prêtres, 166.280 cathol,
Il y a dans le diocèse :
Un couvent de Chartreux à la Val-Sainte (Fribourg), 16 religieux.
Un couvent de Cordeliers à Fribourg, 10 religieux.
Quatre couvents de Capucins, 25 religieux.
Canton du Tessin. 240 paroisses, 332 prêtres, 131.241 catholiques.
L'administration religieuse du Tessin est confiée à un délégué apostolique. Depuis plusieurs années, les catholiques du Tessin ont repris le pouvoir, et malgré les efforts de la franc-maçonnerie, ils le conservent. Espérons que l'Église reverra de beaux jours dans ce pays.
Tr —
Résumé :
Diocèse de Bâle, 389 p. 666 P. 400,293 catholiques, > de Coire, 174} 4333 165.000 »
> de Sain:-Gall 109 » 199 »} 127.426 »
> de Sion, 131 > 180} 90.169 »
> de Lausanne, 177 > 291 » 166,280 »
» du Tessin, 240 » 332 D 131.241 »
Total pour toute la Suisse : 1.220p, 2,101 P. 1.080.409 cathol, (:)
Léon XIII, le grand pontife pacificateur, aura eu, en Suisse comme en Allemagne, la gloire de mettre fin à la guerre religieuse. En 1884, il transféra Mgr Mermillod au siège épiscopal de Genève et Lausanne, avec résidence à Fribourg. Les autorités fédérales levèrent avec empressement le décret porté, onze ans auparavant, contre l'illustre exilé, qui fut accueilli avec enthousiasme dans son nouveau diocèse, Seul le canton de Genève s'obstina à lui fermer sa porte (*),
L'année suivante (1885), un arrangement conclu avec les autorités fédérales mettait fin à la fausse position du diocèse de Bâle, et faisait rentrer le Tessin dans la hiérarchie catholique. Léon XIII demanda à Mgr Lachat de donner sa démission d'évêque de Bâle, et d'accepter en échange la charge d'administrateur apostolique du Tessin, avec le titre d'archevêque de Damiette, Ce fut un cruel déchirement de cœur pour l'héroïque confesseur de la foi et pour son clergé mais il se soumit courageusement À la volonté du Vicaire de JÉSUS-CHRIST, juge suprême des nécessités que réclame le bien des âmes. Le Tessin ayant désormais un supérieur légitime, et les Etats diocésains de Bâle ayant bien accueilli leur nouvel évêque, la guerre entre l'Église et l’État peut être considérée comme finieen Suisse. Puisse-t-elle ne jamais recommencer !
1. D'après le recensement officiel, la population catholique de la Suisse est encore plus élevée, La population totale est de 2.855.226 habitants qui se décomposent ainsi : catholiques, 1.169.906 , protestants, 1.680, 120 ; juifs, sans religion, 5.200,
Les catholiques forment donc aujourd’hui les 2/$ de la population. En 1880 ils ne formaient à peine que le tiers.
2. Quelques années plus tard, l'illustre évêque fut décoré de la pourpre et appelé À Rome, où il mourut en anvier 1892,
En, D 1, 2
)3 catholiques.
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9 cathol, (:)
ficateur, aura la gloire de En 1884, il épiscopal de à Fribourg.
ec empresseiravant, conavec enthouul le canton orte (*), yement contait fin à la t faisait rencatholique.
t de donner accepter en apostolique le Damiette, ir pour l’héson clergé | volonté du prême des es. Le Testime, et les en accueilli l'Eglise et een Suisse,
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DINCPINC IN
L est certain, bien que la chose soit pénible à constater, que le H Sultan des Turcs, commandeur H des croyants, et successeur offk ciel de Mahomet, s’est généralement montré plus juste et fs moins intolérant que la plupart des gouvernements protestants ou schismatiques, dans ses rapports avec le Vicaire de JÉSUs- CHRIST au cours du xixe siècle. Plus d’un Etat prétendu catholique pourrait même prendre auprès du Grand Turc des leçons de libéralisme ; et les fidèles de France, en particulier, auraient à gagner bien souvent, si cn leur donnait la liberté comme en Turquie. A l'heure où, chez nous, les processions sont obligées, presque partout, de se renfermer dans l’intérieur des églises, elles sortent dans les rues de Constantinople, avec L: concours de l'autorité militaire, au milieu du respect universel des populations musulmanes et schismatiques.
Tous les Ordres religieux, même ces terribles Jésuites que l’on chasse de partout, ont droit de cité en Turquie, et peuvent en paix y développer leurs œuvres. Si le Souvernement Ottoman ne paye pas le clergé, il ne s'ingère pas, en revanche, à nommer les évêques et à déplacer les curés, Sans doute, il est défendu de convertir aucun musulman ; mais à part cette restriction qui, en fait, se réduit à peu de chose, (car il est malheureusemenc prouvé que, même là où ils sont libres, les disciples de Mahomet sont à peu près inconvertissables,) chaque communauté chrétienne élit elle-même son patriarche, et s’administre librement au spirituel, et même, dans une certainemesure, au temporel, car dans le bérat impérial qui
est octroyé aux Évêques, la Porte les reconnaît en qualité de chefs civils de leur communauté, et leur prête, au besoin, main forte Pour faire reconnaître leur autorité.
Il est vrai que plus d’une fois, dans le cours de ce siècle, les chrétiens ont eu a souffrir sous la domination des Turcs; mais cela tient à des |
causes plus politiques que religieuses, Ainsi,
quand les Grecs se soulevèrent en 1820, pour
| recouvrer leur indépendance, il y eut d'épouvantables massacres de chrétiens. Plus tard, lors des guerres de 1828 et de 1877 contre les Russes, les Turcs essayèrent de se venger de leurs défaites sur leurs sujets chrétiens,
L'année dernière enfin, les Arméniens schisma. tiques, cédant aux instigations de l'Angleterre, qui ne serait pas fâchée de voir se rouvrir la question d'Orient, pour pêcher en eau trouble et s'attribuer, dans le futur partage, la part du lion, eurent le tort de manifester un peu trop vivement leur désir de secouer le joug détesté des Turcs. A cette occasion, le vieux fanatisme musulman s’est réveillé avec une incroyable violence, et avec la complicité de la Porte, d’affreux massacres, dont le chiffre s'élève au moins à 100.000 Arméniens, se produisirent, Innocents et coupables se virent enveloppés dans la même répression impitoyable. L’incendie et Je pillage achevèrent la ruine du malheureux peuple arménien. Il est vraiment déplorable que des considérations politiques, la crainte de faire le jeu des Anglais et d’ouvrir prématurément la question d'Orient, l’aient emporté, dans les conseils de la France et de la Russie, sur une question d'humanité qui devait primer tout. Les deux grandes puissances protectrices des chrétiens se sont contentées de protestations platoniques, qui n’ont rien empêché, et de vagues promesses pour l'avenir, qui ne réparent pas le mal.
Au fond, cette dernière explosion du fanatisme musulman n'a rien qui puisse surprendre ceux qui connaissent la haine invétérée que tout bon mahométan porte aux chrétiens, C’est en vain que le hatti-hayamoun de 1856 a proclamé solennellement, devant l’Europe, l'égalité des droits politiques entre tous les sujets du Sultan ; il est plus facile de décréter des lois que de changer les mœurs, Si le vieux fanatisme des musulmans est tornbé chez les hommes intelligents qui ont fréquenté l'Europe et qui la connaissent, il subsiste toujours dans les masses et fait Partie intégrante de la religion. Le Coran s'oppose invinciblement
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à ce que l'on mette sur le même pied le disciple de Mahomet et celui de JÉSUS. Aussi, pour les vieux Turcs, le chrétien est toujours un #afr, un infidèle, qui a été créé et mis au monde uniquement pour servir les croyants et leur permettre de passer leur vie dans l'oisiveté De 11, malgré les traités qui règlent assez équitablement la situation des chrétiens, Malgré la vigilance ct les réclamations des consuls européens, bien des injustices de détail qui se produisent, surtout parmi les fonctionnaires inférieurs de la Porte, race avide et vénale, qui appartient à qui la paie le mieux. 11 y a là une situation fâcheuse, que l'on a déjà beaucoup améliorée, mais qui subsis. tera plus où moins tant que les Turcs seront les maîtres des chrétiens.
La mauvaise administration de l'empire, dont les populations chrétiennes sont naturellement les premières victimes, constitue une autre cause de malaise, L'argent des impôts est gaspillé en dépenses improductives ; la misère est effroyable: dans les campagnes, il n'y a pas de sécurité pour le paysan ; dans les villes, il n'y a pas d'industrie pour l'ouvrier ; le commerce est nul, faute de débouchés et aussi de confiance.
Au fond, tout le monde le reconnaît, depuis un siècle et demi, l'Empire Turc s'effondre sur luimême, et la grande question pour l’Europe, c'est de savoir en quelles mains viendra échoir la succession de l'4omme malade (1).
Si la Russie, soutenue par les populations schismatiques, dont elle a su très habilement se faire une clientèle, arrive à s'installer à Constantinople, ce qui, depuis Pierre le Grand, a été son rêve, Cest un coup terrible porté à l'équilibre européen par la résurrection de l'empire de Bysance, et, dans un temps plus ou moins éloigné, c'est la ruine de toutes les œuvres catholiques en Orient. Ce que le schisme moscovite a fait en Pologne ct en Russie nous dit assez quel avenir est réservé au catholicisme oriental, le jour où le Czar serait le maître du pays.
A côté des convoitises de la Russie, l'Angleterre protestante travaille de toutes ses forces, d'abord pour retarder autant que possible la
catastrophe, et ensuite, pour avoir sa part de |
l'héritage. C’est dans ce but qu'elle s'est déjà installée à Chypre et en Egypte ; c'est pour la même
7€ LES MISSIONS CATHOLIQUES AU XIXxme SIÈCLE.
mission providentielle, Plus d'un million de catholjques, répandus dans la Turquie d'Europe et les Echelles du Levant, lui formaient une clientèle dévouée ; mais trop souvent, par indifférence reli. gieuse, quelquefois même par esprit sectaire, nos représentants en Orient ont sacrifié, aux exigences de la Russie et de l'Angleterre, la clientèle catholique de la France. Aussi il est bien à craindre que, lorsque la question d'Orient viendra à se résoudre, elle ne soit résolue sans nous, c'est-àdire contre nous. La Russie schismatique, l'Angleterre protestante, l'Allemagne peut-être, se partageront les morceaux de ce vaste empire, au détriment de l'influence catholique et de la nôtre,
Pourtait le plus simple bon sens politique aurait dû apprendre À nos gouvernants que cette fameuse question d'Orient, qui tient, depuis cin. quante ans, tous les cabinets européens en échec, est avant tout une question religieuse, L'Europe occidentale tout entière est intéressée À ce que le Czar ne devienne pas à Constantinople le succes-
fin qu’elle inonde l'Asie Mineure de prédicants, de médecins et de maîtres d'école. 1] s'agit de faire concurrence à l'influence de la Russie, et aussi à celle de la France.
Ah! l'influence française en Orient, oùen est-elle? Il y a un siècle encore, on ne connaissait dans ces contrées que la France, si bien que le nom générique de Francs est encore aujourd'hui synonyme d'Européens, dans tout le Levant. D'où vient que notre influence séculaire nous échappe, au profit de nos rivaux ? C'est que trop souvent, aepuis un siècle, la France catholique a été infidèle à sa
t. Expression de Lord Palmerston pour désigner l'Empire urc,
seur religieux et politique des empereurs de Bysance. Or, l'unique moyen d'arrêter l'influence envahissante du panslavisme en Orient, c'est de ramener au catholicisme les populations de la Turquie. Devenue catholique, chacune de ces petites nationalités, Serbe, Roumaine, Bulgare, Valaque, échappe à l'action de la Russie, et se réclame nécessairement de l'influence occidentale, La solution catholique de la question d'Orient est donc la plus équitable, celle qui sauvegarde le mieux le droit des petites nationalités et les intérêts politiques de l'C ‘cident, en particulier de la France.
C'est ce qu'ont parfaitenent compris les Souverains-Pontifes, Depuis quarante ans,les Vicaires de JÉSUS-CHRIST ont entretenu avec le commandeur des croyants les relations les plus courtoises, j'allais presque dire les plus corliales, II faut reconnaître qu'en général je Pape n'a eu qu'à se louer de la manière d'agir du Sultan avec ses sujets catholiques. Si, à plusieurs reprises, au cours de ce siècle, les catholiques ont été persécutés en Turquie, ainsi que cela a eu lieu, il ya vingtans, dans la question arménienne, c’est à l'influence réunie de l'Angleterre et de la Russie, et aussi, il faut bien l'avouer, à l'indifféren e des représentants de la France, qu'on doit attribuer ces malheurs. Plus «l'une fois, les ministres de la Porte ont reconnu hautement la fidélité des catholiques à leur légitime souverain le Sultan, alors que les schismatiques sont tous vendus à la Russie. Malheureusement les intrigues des Grecs et des influences puissantes ont paralysé souvent ces bonnes dispositions des fonctionnaires de l'Empire Ottoman.
Non contents d'entretenir des relations courtoises avec le Sultan, les Souverains Pontifes ont travaillé, avec beaucoup de suite, à résoudre pacifiquement, dans un sens catholique la question d'Orient, en développant en Turquie, dans la mesure malheureusement trop restreinte ”» leurs
ion de catho- Europe et les une clientèle ifférence reli.
sectaire, nos ux exigences entèle cathon à craindre viendra à se ous, c'est-àtique, l’Aneut-être, se : empire, au de la nôtre, 15 politique its que cette depuis cinns en échec, . L'Europe à ce que le le le succeseurs de By- + "4 l'influence NOR nt, c'est de , tions de la une de ces ce, Bulgare, Russie, et se ill -e occiden- é 10
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ressources, toutes les œuvres du catholicisme. Certes, la lutte est difficile, car il nous faut tenir tête aux millions de l'Angleterre et à l'influence politique de la Russie: mais grâce au dévouement des missionnaires, à la liberté que le gouvérnement turc leur accorde, et surtout à la puissante vitalité du catholicisme, la lutte, si inégale qu'elle soit, est possible, et les progrès de l'Église romaine sont positifs et très consolants pour l'avenir, C’est l’histoire de ces progrès récents dr catholicisme dans la Turquie d'Europe que je vais exposer ici, réservant pour le chapitre suivant ce qui regarde les divers rites unis, dont les accroissements 5e sont produits surtout dans la Turquie d'Asie, Pour plus de clarté, je considérerai à part chacun des frroupes catholiques .de
la Turquie.