CHAPITRE IV
dû, la semaine dernière, aller à la rivière des Dindes, pour prêcher snr !« tombe d'un pauvre catholique, mort sans avoir va un prêtre depuis vingt ans au moins. Îl n'y avait en ce Jieu que deux familles catholiques , tout le reste était protestant. La réunion ‘était nombreuse ; les ministres méthodistés s’y étaient rendus. Obligé de prêcher en anglais, j'avais peur de me déconcerter; mais Dieu prend pitié de nons, et j'ai plus d’une fois éprouvé l'effet de la promesse de Jésus-Christ : « Ne: vous inquiétez pas ; je vous meitrai dans l« bouche ce que vous aurez à dire. » Je me mis à genoux au coin d’une vaste chambre remplie de bancs, adressai à Dieu une courte prière, récitai un Ave Maria ; et puis, ayant fait le signe de la croix , je parlai pendant une houre environ tout à fait À mon aise. C'était la voix du défunt qui justifiait la foi qu’il avait professée durant sa vie : condamnation de l'interprétation privée ; institution divine de l'auorité ; mission non-interrompue dans l'Eglise catholique ; unité de docrine; enfin, réponse aux nombreuses calomnies qu'on répand contre nous. La vie nomade d'un missionnaire est toute faite pour ie dégager des affections terrestres ; c'est en vivant ainsi » loujours errant d'un lieu à l'autre , qu'on se sent en terre de passage ; jamais je n'eus plus de libres": de cœur. Je crois pouvoir le dire avec vérité , je désire mourir, s'il plaît au Seigneur, sans pourtant éprouver de fatigue de la vie. Il me semble qu’au milieu de ces travaux ma santé s'affermit. Eh bien, pentêtre quarante ans de mission, et puis le ciel! peut-être pas quarante jours, et puis le ciel ! Je veux bien l'un ou l'autre, peu m'importe, pourvu que je sois bien avec mon Dieu... J'ai maintenant la triste perspective de ma mission indienne bientôt détruite , et c'est comme un fond noir an tabieau de ma vie présente ; je commence cependant à me trouver plus soumis, Un voyage à Washington , de pressantes réclamations auprès du président ont été sans effet, Mes pauvres Indiens n'ont plus qu'une chance : réussiront-ils? Dieu ie sait, Pour moi j'aurai à essuyer leurs larmes quand ils iront en l'exil ; j'aurai à détruire l'autel et l’église, à mettre en terre la croix qui s'élève sur leurs tombes , Pour épargner à ces choses : saintes d'hérétiques profanations ; et puis il faudra leur dire adieu pour ne les plus revoir, eux que j'aime et qui m'aiment tant! Et ces âmes chrétiennes iront se dessécher sans le secours de ces sacrements dont ils approchaient avec tant d'amour, et languir sous un ciel inconnu , Où moi leur Père je ne pourrai probablement pas les suivre, Oh ! je ferai tout ce qui dépendra do moi pour ne pas les abandonner. S'ils partent , ‘: désire les accompagner au moins jusqu'aux iaissions des Jésuites, sur le Mis-
sissipr..… Dieu seul connaît toutes les souffrancrs de mon cœur; il y a trois mois que je demandé. à connaître et à faire en tout ceci sa juste et miséricordieuse volonté, »
(31 mai 1838.) « Je suis resté plus longtemps que de coutume sans vous écrire; mais c'était le temps de Pâques, et le pauvre missionnaire était accablé d'ouvrage... J'ai d'abord fait faire les pâques à Bertrand dans le Michigan , puis à Southbend ; après quoi je suis parti pour Chichipé-Outipé, où pendant cinq semaines j'ai confessé du matin au soir, sans autre repos que deux visites à des malades éloignés à peu près de quarante milles l’an de l’autre. De là, il a fallu porter les consolations de mon ministère chez le chef Pokagon, à soixante milles de Chichipé-Outipé, dans le Michigan. Vous croyez peut-être que les missionnaires sout des saints ; mais je vous avouerai que, tout ce temps-là, je ne pouvais presque plus prie: Dieu. Les confessions finies et le bréviaire dit, je tombais endormi sur ma natte. Ce que j'ai de bon, c'est que mon sommeil est toujours celui d'un enfant , calme , réparateur et non interrompu. Il est vrai, et cette pensée me console , la fatigue du jour était toute pour la gloire du bon Maître auquel je me donne tout entier ; il veut bien la prend: comme une continuelle prière; elle serait, pour qui saurait bien l'offrir , un sacrifice continuel. Il y a pourtant bien des moments encore où, malgré la sécheresse d'âme que donne la fatigue , le cœur se trouve rempli de joie et les yeux mouillés de douces larmes ; c’est si beau de se sentir dans un monde où l’on n’a rien à faire que travailler pour Dieu! Merci, merci, mon Dieu! »
(9 juillet 4838.) « Tant que les sauvages resteront dans l'Indiana , je serai, je crois, leur missionnaire. Dieu, par une grâce qu'il accorde à leur piété bien plus qu'à ma misère, m'a donné de pouvoir aujourd'hui me passer d'interprète pour la confession et pour les conversations ordinaires; je suis ut étonné de m'entendre parler sauvage avec eux ; quoique le loisir m'a: .aanqué de travailler à l'étude de leur langue, ils m'entendent et me comprennent bien. Oh! c’est maintenant surtout que je commence, dans cet épanchement immédiat, à voir toute la beauté de ces âmes neuves. Leur attachement pour moi, et le mien pour eux, sont bien plus forts aujourd'hui que jamais; et cependant, les jours arrivent où j'ai la crainte de voir détruire cette mission. De temps en temps une lueur d'espoir rend à mon cœur une sérénité passagère; pourtant je remets tout à Dieu , il zait mieux que nous ce qui convient. J'éprouve un attachement singulier pour tout ce qui touche aux sauvages ; quand je
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