CHAPITRE IV À
voyage daus le bois, sj j'aperçois ane cabane indienne , un campement même abandonné, je sens comme une palpitation de plaisir : si j'aperçois quelques Indiens en marche sur mon chemin, toute ma fatigue est oubliée ; et quand leur sourire m'accueille de loin (carils‘me connaissent tous ou presque tous maintenant, et même ceux qui ne sont pas baptisés m'appellent leur Père), c'est comme le rafraîchissement d'un accueil de famille. Lorsque je suis en mission chez les blancs , mes Potowattomies comptent pénibl:ment les jours de mon absence » @t moi aussi je regarde toujours comme un jour de fête le jour de mon arrivée à Chichipé-Outipé. Que de joie, que de poignées de main, que de bénédictions avant et après la prière du soir ! et puis, quand la nuit vient, ils ne peuvent plus quitier mon wigwam; c'est comme s'ils étaient cloués là. Ah! si j'étais libre ! lorsqu'ils s’en iraient au Mississipi, ils n'iraient Pas sans prêtre |... J'ai eu le bonheur de baptiser parmi eux depuis Pâques cent deux infidèles, et j'ai compté quatre cent trente-quatre communions. Il y a bien aussi quelques protestants en voie de conversion, mais le nombre en os: petit ; j'ai si peu de temps , et tant d'occupation chez les sauvages , et mes congrégations de blancs sont si loin de me donner le même contentement
que mes pauvres Peaux rouges! »
À quelque temps de là, le gouvernement américain s'emparait de la maison où logeait M. Petit à Chichipé-Outipé, et de l'église où ses Indiens se réunissaient. pour la prière,
« Un matin, écrivait-il à la date du 14 septembre , j'y dis la messe, puis on dégarnit ma chère église de tous ses ornements , et je rassemblai mes enfants à l'heure du départ. Je leur parlai encore ane fois : je pleurais ; mes auditeurs sanglotaient ; c'était à fendre l'âme. Nous, mission qui mourait , nous priâmes pour le succès des autres missions , et nous chantâmes tous ensemble : Je mets ma confiance , Vierge, en voire secours. Celui qui entonna eut la voix étouffée par un sanglot , et quelques voix
seulement arrivèrent jusqu'à la fin. Je partis. Il est triste, je vous assure, Pour un missionnaire de voir une œuvre si jeune et si vigoureuse expirer entre ses bras. Quelques jours après, j'appris que les Indiens , malgré leurs dispositions paisibles, avaient été surpris et faits prisonniers de guerre. Sous le prétexte d’un conseil à tenir, on les réunit, et la force militaire s'en empara au nombre de huit cents. Le gouvernement me faisait inviter en même temps à les accompagner an pays qu'il leur destine ; la séparation de leur prêtre étant un des motifs qui empêchaient les ladiens de consentir à leur exil. Je répondis que, soumis à mon évêque ,
je ne pouvais rien faire sans sa permission. Il me l'avait refusée , pour je ps écarter tout-soupçon de connivence de l'autorité ecclésiastique aux rigou- d'hui reuses mesures du pouvoir civil. Miss:
» La Providence ordonne admirablement toutes choses. £lle voulut je de que Monseigneur eût en ce temps même à consacrer l’église de Logans- dans port. La cérémonie était fixée au 9 septembre, et le 7 les Indiens devaient que j camper sur leur route d'exil à un quart de lieue de Logansport. Un M. matin , le à septembre, Monseigneur, reveñant de Chicago , entre dans ma aux I chambre à Southbend : « Mon fils, dans une houre nous partons pour West Logansport; » et il me prodigua toutes les consolations qui sont dans d'y t l'âme d'un Père. J'étais tranquille comme un homme qui ne remue pas qui er sous un poids qui l’écrase. Nous partons ; nous apprenons en route que bleme les Indiens, poussés la baïonnette aux reins, comptaient dans leurs rangs séjour un grand nombre de “alades; que plusieurs , entassés dans des wagons couch de transport, étaient morts de chaleur et de soif. Ces nouvelles étaient sans autant de glaives qui perçaient mon cœur. Enfin, le 7 au matin, Mon- celui ( seigneur me donna la permission de suivre les émigrants , à condition de riels 1 revenir au premier ordre, ou dès qu’un autre missionnaire serait venu crut d me remplacer. J'allais voir mes enfants. Je ne croyais pas d’abord pouvoir 5 entrer au camp sans autorisation. Ils sortirent tous , venant à moi pour le mis: avoir ma bénédiction. Les Américains, rangés en haie, étaient dans le lettre s plus grand étonnement. « Cet homme, disait le général, a plus de pouvoir l Con ici que moi. » Il me fut permis d'aller et de venir partout. Le sourire | reparut parmi la désolation de l’exil; nous nous retrouvions en famille. ie Le dimanche , 9 septembre , Monseigneur consacra l'église de Logansport ; habituel j'officiai au camp; après-midi, Monseigneur y vint, et confirma une ving- l'hymne taine de mes bons sauvages. Cette journée a été un beau triomphe pour qu'un je la foi catholique ; toute la ville était au camp, étonnée des Indiens et caractère édifiée de leur piété. Les journaux américains en ont parlé, et partout on et si pat a lu avec émotion l'admirable scène de cette congrégation réunie sur des préférabl nattes, devant un autel improvisé sous un grand arbre (4). Le lendemain mot è descenda (1) Mgr Bruté a retracé lui-même quelques souvenirs de cette touchante journée dans È qu’humai une lettre en date du 9 septembre, adressée à l'éditeur des Annales. entonnère « On invita M. Petit à leur dire la messe le dimanche, au milieu du camp, sous une nistratiou grande tenture qui, suspendue à un arbre élevé ,'ombrageait l'autel... Après midi, je me Combien rendis moi-même parmi nos bons sauvages. Une foule de personnes de la ville, catholiques de ce bru et protestants, s'était portée sur les lieux, et ne se lassait pas d’admirer la piété, le récitait le recueillement et là résignation de ces vrais chrétiens. Quand j'approchai, M. Petit vint d'eux reçu
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