CHAPITRE IV
milieu de tes frères. Nous sommes maintenant comme des arbres dépouillés de leur feuillage par le souffle de l'hiver. Quand la neige aura disparu du sommet des montagnes et que nous verrons l'herbe croître dans nos vallées, la joie aussi renattra dans nos cœurs ; mais lorsque les fleurs s’uniront à la verdure , notre allégresse sera compiète, car ce sera
le temps du retour ; alors nous irons tous à ta rencontre. Adieu, Père, adieu (4)! »
. Récits de missionnaires chez les sauvages indiens.
Extrait d'une leitre de M. Düfour, missionnaire apostolique, à M. *‘:,
« Ea Havane, 10 février 1841,
» .…. Pendant mon séjour au Détroit, je n'ai pu m'occuper que très-peu de la population sauvage, reléguée au fond de ce vaste diocèse ; mais j'ai eu plusieurs fois, dans mes excursions, l'avantage de rencontrer de saints missionnaires vivant au milieu des Indiens, et c'est de leurs récits que je vais vous entretenir.
» Les sauvages qui habitent cette contrée appartiennent aux tribus des Hurons et des Iroquois ; ils sont grands de taille, ont la figure bien faite et presque tous le nez aquilin. Leur peau serait aussi blanche que la nôtre si elle ne s'était brunie au conctact de l'air et aux ardeurs du soleil. Depuis que le bruit de mon arrivée se fut répandu au sein de leurs forêts, j'apercevais chaque semaine au fond de l’église, à la fin de ma messe, une troupe de ces hommes à longue chevelure noire, qui, avec ces yeux bruns et ES perçants qui les caractérisent, contemplaient à leur aise le nouveau Père, arrivé, leur avait-on dit, du pays de leurs premiers Pères. Et quand , après les avoir introduits dans ma chambre, et leur avoi: laissé baiser
(1) Nous regrettons, à cause des bornes de ce volume, de ne pouvoir donner ici qu'un court extrait des missions du R. P. de Smet dans les Montagnes Rocheuses; le lecteur désireux &e connaître les récits pleins d'intérêt de ce missionnaire , les trouvera dans l'ouvrage publié sous ce titre : Voyages aux Montagnes Rocheuses, chez les tribus indiennes du vaste territoire de l'Orégon, dépendant des Etats-Unis d'Amérique. Lille, 1 vol. in-8o,
avec une religieuse avidité ma robe noire, je leur demandais quel motif les avait amenés de si loin à la ville? Ils me répondaient en baissant les yeux et souriant d’un air ingénu : « C’est pour te voir, Père; c’est parce qu'on nous a dit que tu étais un de nos anciens Pères, que tu arrivais exprès pour nous du pays de nos frères. Veux-tu accepter nos présents de sirop et de miel? » Ce que je faisais d'un cœur au moins aussi ému que le leur. À mon tour, je leur offrais mes christs et mes images, dons mille fois plus chers à ces bons Indiens que tout ce qu'ils m’avaient apporté.
» Plusieurs de ceux qui ont passé de l’autre côté du Détroit et qui ont embrassé la secte des méthodistes, sont venus m’exprimer combien ma présence avait réveillé en eux de regrets et de honte. Deux de leurs chefs furent même députés pourtraiter, au nom de tous, de leur retour à l'unité. « Père, me dirent-ils, nous savons bien à présent que ta prière est celle des missionnaires qui ont converti nos ancètres ; nous voyons bien aussi que les pasteurs qu'on nous a donnés et qui n'ont pas de robe noire, ne sont pas plus Pères que nous? Crois-tu que nous pourrions encore revenir à ta prière? Si tu veux écrire à ton grand chef, afin qu'il nous rende tous les droits dont jouissaient nos aïeux dans ces églises qu'ils ont autrefois données à tes Pères, nous sommes prêts à nous réunir à toi et à nos frères les catholiques. »
» Le zélé missionnaire qui a vieilli avec eux à l'extrémité du diocèse, où ils sont encore, pour la plupart, païens et barbares, m'a répété qu'il trouvait partout les mêmes dispositions ; le même empressement à accueillir les Robes-noires, qui, seuls à leurs yeux, sont les véritables ministres du Grand-Esprit. À ce sujet, il me raconta un fait qui Ini était arrivé quelques jours auparavant. « Il ya six mois, me dit-il, traversant le lac Michigan pour visiter des tribus d’Indiens catholiques, nous fûmes jetés par le vent dans une rivière inconnue à mon pilote. Bientôt nous aperçûmes, au fond d'une baie, des sauv’ges qu'à certains signes mes compagnons jugèrent être de ces peuplades cruelles qu'un étranger ne rencontre pas impunément, Néanmoins, plein de confiance en Dieu, j'ordonnai de voguer vers le rivage. Quand les Indiens virent ma robe noire, ils accoururent à notre rencontre et nous reçurent en amis. Après les présents d'usage , ils me racontèrent que, dans leurs dernières courses de chasse, ils avaient trouvé des guerriers de leur tribu convertis à la bonne prière, et que ceux-ci les avaient fortement engagés à suivre leur exemple. « Situ veux, ajoutèrentils , rester quelques mois avec nous pour nous instruire, nous recevrons tous ton baptème. » Le chef, homme farouche, que je vis en particulier,
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