CHAPITRE V
» Nos néophytes désirent communier fréquemment, et ce serait pour eux une peine bien sensible que de se priver de ce bonheur aux grandes fêtes. Quand ils doivent communier , ils disent, mais d'une manière gracieuse en leur langue : « Nous allons nous unir à Notre-Seigneur Jésus- Christ, notre Dieu et notre Roi. »
» Le 45 août, il y eut dans la grande fle sept cents communions. Le soir, je parlai de la cérémonie qui se faisait en France pour honorer la sainte Vierge, et renouveler la consécration de ce royaume à l'auguste Souveraine des anges et des hommes. Ensuite j'interpellai le roi, qui, ayant à son côté son drapeau et autour de lui ses quatre oncles , répondit tout haut qu'il voulait, lui aussi, consacrer sa personne, son peuple et son territoire à la Vierge protectrice et Mère des chrétiens. La cérémonie fut frappante pour eux et pour moi.
» Réjouissons-nous donc, mon cher confrère ; la religion vient de faire des hommes ici. Quel changement admirable ! Autrefois ces insulaires , plus féroces en quelque sorte que les bêtes sauvages , ne cessaient d'être en guerre. Les femmes surtout , renvoyées fréquemment d'une famille à une autre, menaient une vie mille fois plus dur: que celle des esclaves, Les mets de choix n'étaient que pour les hommes ; les femmes , frappées d'une sorte d’anathème, ne pouvaient pas rester sous le même toit, s'asseoir à la même table. Bien des chemins leur étaient interdits, et bien des terres prohibées ; elles ne pouvaient marcher et cultiver que le long de la mer. En un mot, la raison d'autrefois était celle du plus fort (4) : aujourd'hui , humains , doux, compatissants , charitables , ils n’obéissent qu'à la voix de Ja religiun ; elle seule dirige toutes leure démarches et leurs entreprises ; ils vivent comme les plus ferventes et les plus régulières communautés d'Europe : ce que je dis n'est point exagéré. Voilà, en peu de mots, l’état actuel de la mission. J'embrasse tous mes frères ;
il n'est pas de jour où ils ne reviennent à ma pensée. »
avoir pas fini au jour indiqué. Il y eut trois reposoirs dans chaque île. La procession fut magnifique ; on marchait sur deux rangs; le Saint-Sacrement était au milieu, porté par Mgr le vicaire apostolique. Nos néophytes avaient apporté toutes leurs previsions, et les avaient étalées sur le Passage pour y faire descendre la bénédiction de Notre-Seigneur.
(1) Il est néanmoins probable que le souvenir du péché, qui par la femme entra dans le monde, était aux îles Gambier, comme il le fut chez tous les peuples de l’antiquité païenne , le motif primordial de lopprobre où languissaient les filles d'Eve. Le christianisme seul, en effaçant la souillure originelle, en montrant la nouvelle Eve victorieuse du serpent, apprend aux peuples à replacer les femmes au rang qui leur appartiént, comme enfants de Dieu, comme sœurs de Marie.
Lettre de M. François d'Assise Caret, vice-préfet apostolique de l'Océanie orientale, à madame la supérieure de la maison de Sainte-Clotilde, rue de Reuilly, à Paris.
a Vaithohu, aux îles Marquises, Mission de la Sainte-Famille, le 6 mars 1839.
» Arrivé au lieu de ma destination, je tiens ma promesse en vous retraçant un des plus doux souvenirs que j'aie recueillis dans ce long et pénible voyage.
» Je les ai vus ces bons néophytes des îles Gambier, mais je ne les ai vus qu'en passant, la Providence m'ayant marqué ma place aux îles Marquises. Il y avait longtemps que nous avions des projets sur cet archipel , où tant d’âmes languissent dans les ténèbres de l'idolâtrie ; mais nous n'avions pas trouvé d'occasion favorable pour nous y rendre , et nous manquions d'ouvriers. À mon arrivée , une occasion se présentait, ét j'amenais des missionnaires; vous pouvez penser que nous nous sommes empressés d'accomplir nos desseins. Il a donc été décidé que six missionnaires partiraient avec Monseigneur , et j'étais du nombre.
Nous n'avons eu qu'un mois de séjour , et nous l'avons employé à distribuer à nos néophytes les vêtements préparés par la charité européeune.
» Nous voulions le même jour habiller le roi, la reine et l’ancien grand prêtre Matua avec les habits envoyés par le Saint-Père, distribuer en même temps à chaque famille de quoi se couvrir, et puis inaugurer la statue de la sainte Vierge donnée par Sa Sainteté Grégoire XVI. Nous disposimes donc tout à cet effet. Le P. Laval partit d'Akéna pour Mangaréva un jour à l'avance, et prépara, dans l'enceinte même de la grande église en pierre dont les fondements sont creusés , un trône pour la statue de la sainte Vierge. Il réussit à faire un assez joli reposoir avec des coupons de calicot et d’étoffes papyriques du pays. Il dressa un entablement assez large avec des planches ; aux quatre coins de l’entablement, quatre pyramides couvertes d’étoffes du pays; sur l'entablement, un petit trône orné de différents objets apportés de France; on y plaça aussi quelques tableaux de piété. Le tout produisait un effet assez frappant.
» Lorsque tout fut prêt, nous fimes la distribution promise, en commençant par le roi, la reine et Matua. On ajouta au vêtement du roi, donné par le Saint-Père, la belle épée offerte par S. M. le roi des Français.
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