CHAPITRE V
il y avait pez de jours qu'el!e avait eu le bonheur de communier, et je l'avais confessée deux ou trois tois durant sa maladie. Sa pieuse mère disait en pleurant : « Je ne veux pas regretter ma fille, elle est montée au ciel. » Ses compagnes admiraient une mort si édifiante et ne pouvaient se lasser de faire l'éloge de leur amie ; elle se sont, de leur côté, montrées admirables par leur ch vité à son égard. Cinq ou six d'entre elles demeuraient continuellement auprès de son lit, et un pareil nombre les remplaçait successivement, Comme je faisais un jour remarquer à la malade la touchante assiduité de ces enfants , j'ajoutai : « Mais, qui récompensera leur charité? — Ce sera Dieu lui-même, ; me répondit-elle. Nous l’enterrâmes avec . ‘rte la pompe possible. La population entière l'accompagna processionnellement, avec des torches de hois résineux à la main ; et depuis, on. ne parle de Marietta qu'en supposant qu'elle est au ciel.
» Get événement a fourni à nos chrétiens l'occasion de témoigner d’une manière touchante l'affection qu'ils ont pour nous. Le P. Armand venait de leur parler de la nécessité de bien vivre , s’il voulaient obtenir la grâce de mourir comme Maririta. Après l'avoir écouté avec grande attention : « Et toi, s’écrièrent-ils, si tu venais à mourir, oh ! combien ta perte nous causer? ! de chagrin ! (Comme Tépano (Etienne, prénom de Mgr le vicaire apostolique), comme Tépano pleurerait, lui qui a été si sensible au départ de Garet pour Taïtit Nous irions tous baiser tes resics vénérés , et peut-être que quelqu'un de nous expirerait de douleur. Où t’enterrerait-0n ? Probablement Tépano voudrait te faire transporter dans l’église d'Akéna ou dans celle de Mangaréva qui sera bientôt achevée, Pour nous, nous voulons que tu sois inhumé dans notre église de Taravaï. Si tu meurs ici, nous ne te laisserons pas emporter ailleurs; si tu meurs ailleurs , nous irons te chercher, et nous ferons si bien que Tépano nous donnera ton corps. Mais toi, dis d'avance que tu veux être enterré chez nous. N'est-il pas vrai ? lorsque tu seras malade ; tu écriras que tu veux reposer au milieu de tes enfants de Taravaï, et alors Tépano respectera ta volonté. » J'ai presque honte , mon révére. Père , de vous écrire des choses d'une si grande simplicité ; mais vous comprendrez qu'un mis-
sionnaire a besoin de parler quelquefois des consolations que Dieu lui ménage.
» C'en est encore une bien sensible de voir que l'habitude se soit établie parmi nos chrétiens d'invoquer les-saints noms de Jésus et de Marie , et de recourir à leur ange gardien et à leurs saints patrons toutes
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les fois qu'ils se trouvent dans quelque danger pour l'âme ou pour le corps. Si vons demandez à l'un d'eux où il va, il vous répond ordinai-
. rement, avec une pieuse naïveté : « Nous allons en tel endroit, mon bon
ange et moi. » Un jour que le chef de Taravaï, nommé Pierre, était absent, je disais à sa famille : « Pierrs n’est pas de retour, qui vous gardera cette nuit? — Il est vrai, me répondit-on, que Pierre n'est pas de retour, mais nos bons anges sont avec nous... »
Lettre du R, P, Armand Chausson, prêtre de la même Société, au même. « Mission de N.-D, de Paix (Taravai ), b novembre 1839,
» Nous faisons tous nos efforts pour établir parmi nos chrétiens les arts de première nécessité, l'agriculture surtout et la tisseranderie. Grâce à Dieu, nos essais en ce genre ont pleinement réussi, Nous avons déjà pu monter trois métiers avec les outils que Sa Majesté Louis-Philippe a bien voulu donner à la mission. Nous férons mieux et davantage à proportion des secours que nous comptons pécevoir encore de nos frères d'Europe. Oh! s'ils étaient témoins des fatigues inouïes que doivent subir nos chrétiens pour mettre leurs déserts en culture, ils seraient touchés d’une grande compassion. Songez, en effet, que pour défricher des montagnes jusque-là stériles, ils n'ont pour instruments aratoires que des bâtons pointus.
» Permett *-moi. Monseigneur, de vous citer quelques traits, peu importants en eux-mêmes, mais propres éanmoins à faire comprendre le prodigieux changement que la grâce a produit dans des hommes naguère si inhumains.
» Un enfant de Taravaï, nommé Amato, avait vendu pour trente aunes de calicot une perle qu'il venait de pêcher. Il m'apporta aussitôt cette étoffe, en me priant de la partager entre son père, ses frères et plusieurs de ses camarades qui étaient presque nus. La part du père fut de dix aunes; c'était la volonté de l'enfant. Dans le partage du reste, je me disposais à réserver pour le jeune donateur un lot plus considérable. 1 s’en aperçut; ot sur-le-champ : « Si tu fais ma part meilleure que celle des autres , s’écria-t-il, je ne la recevrai pas. » Ni mes instances ni celles des personnes présentes ne purent ébranler sa résolution ; il fallut, pour ne 1 nas contrister, lui faire une part égale.
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