‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 118 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

» Quelque temps après, un jeune homme m'apporta aussi le prix de sa vente, pour que j'en fisse la distribution à ceux de ses compatriotes qui n'étaient pas suffisamment vêtus, Interrogé sur le motif d'une conduite si généreuse, « C'est, me répondit-il, par amour pour Jésus-Christ, et pour imiter les fidèles d'Europe qui nous aiment, » Vous voyez que les aumônes faites à nos chrétiens ont le double mérite de la charité et de l'instruction,

» Avant-hier, on récoltait chezun cheflefruit de l'arbre à pain. J'aperçus, le soir, un pauvre insulaire qui avait été employé toute la journée à ce travail, st comme je sais qu'il n'a pas souvent l'occasion de faire un bon repas, je le félicitai de ce qu'il avait eu cette fois des vivres en abondance, « Mais c'est tout le contraire, me répondit-il, nous avons tous souffert de la faim jusqu'au soir. — Et comment cela? — Nous avons pensé que si nous prenions de ces fruits qui ne nous appartiennent pas, cette injustice nous ferait perdre la grâce, et plutôt que d'encourir ce malheur, nous neus sommes abstenus de manger. » J'expliquai alors à ce bon néophyte que sa simplicité l'avait induit en erreur; que ‘intention du chef, en ne lui assignant pas d'autre salaire » était qu'il vécût à ses dépens. « Eh bien , me répondit-il en sourisnt, une autre fois je n'aurai pas peur, puisqu'il n'y a pas de péché, »

» Aidez-nous, Monseigneur, à remercier Dieu des bénédictions qu'il a voulu répandre sur nos faibles travaux. Seul il a tout fait, seul il pent conserver, perfectionner encore son œuvr ; et cette grâce, il l'accordera aux prières de Votre Grandeur et à celles de tant d'âmes ferventes qui lui demandent tous les jours que sôn règne arrive, »

Extrait d'une notice sur les îles Gambier, par M. Caret, mise aire apostolique.

» .…. On aura peine à croire, maintenant que la religior 2 changé la face do ces îles, combicn les indigènes étaient altérés du sang de leurs semblables ; c'était au point qu'ils dévoraient non-seulement les étrangers que le naufrage avait jetés sur la côte, mais encore les naturels et quelquefois

leurs meilleurs amis. Malheur au guerrier dont le succès avait trahi le courage! ses membres sanglants étaient servis en pâture au vainqueur, le champ de bataille devenait un banquet où la tribu triomphante accourait se rassasier de la chair des captifs. Même en temps de paix, ces horribles festins n'étaient pas rares. Mais alors, pour se procurer une victime , il fallait allier la perfdie à la cruauté; on allait secrètement à la chasse les un: des autres. Un voisin tendait des embüches à son voisin ; s’il pouvait le conduire dans un lieu écarté ‘ou le surprendre isolé et sans défense , il lui enfonçait, le sourire sur les lèvres, un stylet de nacre dans le cœur ; puis, les ténèbres venues, il allait le manger à son aise dans quelque vallée solitaire. La chair des enfants surtout était convoitée par ces cannibales. Combien de fois nos jeunes gens chrétiens nous ont dit, avec l'expression de la plus vive reconnaissance : « Que nous étions malheureux avant que vous vinssiez nous instruire { À chaque instant nous tremblions d'être pris et dévorés par les grands ; aujourd'hui nous n'avuns plus peur; on ne pense à nous que pour nous aimer. »

» Au meurtre de ses semblables, le Mangarévien joignait l'usurpation de leurs propriétés. Quand le temps de la récolte était venu , le guerrier qui se trouvait trop à l’étroit dans son domaine, allait, sans plus de cérémonie, chercher querelle au possesseur du champ voisin : « Que fais-tu sur mon terrain? lui disait-il; de quel droit oses-tu toucher aux fruits d'arbres que j'ai plantés ? Retire-toi, ou je te ferai repentir de ton audace. » Jugez si l'autre était d'humeur de céder sans résistance une moisson prête à recueillir. La dispute s’échauffait, les deux champions élevaient la voix, la tribu accourait à leurs cris ; les uns prenaient parti pour le ravisseur, les autres pour le spolié; des injures on en venait aux Coups; une fois les pierres lancées, c'était une mêlée générale; on se déchirait, on se tuait, jusqu’à ce que la victoire donnât raison au plus fort. Alors, le vaincu, s’il avait le bonheur de survivre à sa défaite, allait cacher sa honte chez un frère ou un parent, tandis que son heureux rival, devenu la terreur de ses voisins, devenait libre possesseur du champ que venait de lui assurer son courage.

» Depuis qu’ils sont chrétiens, nos insulaires ont bien encore eu quelques contestations au sujet des limites; mais heureusement elles n'ont été ni violentes ni difficiles à apaiser, et c'est là que nous avons pu apprécier les changements opérés par la grâce, dans des cœurs autrefois si étrangers à tout sentiment de justice et de modération.

» Pour donner toute sa vérité au portrait de nos Mangaréviens , je dois

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