‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 120 sur 175 · CHAPITRE VY · texte numérisé non relu

CHAPITRE VY

Les missionnaires Maristes dans la Nouvelle-Zélande (Océanie occidentale).

Extrait d'une lettre du R. P. Viard, missionnaire Apostolique de la Société de Marie, à M. l'abbé Condamin.

« Tauranga (Nouvelle-Zélande), 8 décembre 1840.

» [ ÿ 4 aujourd'hui un an que je saluai pour la première fois la Nouvelle-Zélande. Après trois mois de séjour à la Baie, j'accompagnai notre saint évêque dans son long et heureux Voyage aux îles du Sud. Un grand nombre de tribus ont été visitées ; partout sa Grandeur a été accueillie avec empressement par les naturels, Vous n’auriez pu retenir vos larmes en voyant ces bons insulaires se jeter à l'eau jusqu'à la ceinture pour atteindre plus tôt notre canot, et le traîner à l'envie sur le rivage , aux acclamations de la foule ivre de joie. fu moment où nous mettions le pied sur la côte, les transports redoublaient, on tirait des coups de fusil pour fêter l'arrivée du prélat attendu depuis si longtemps et avec tant d'impatience, Dans chaque île, on demandait à grands cris des prêtres ; les sollicitations furent si vives et si Pressantes à Tauranga, que Monseigneur promit de me laisser au milieu de ce bon peuple.

» Six mois déjà se sont écoulés depuis que j'occupe ce poste, sans confrère et à cent cinquante lieues ce la Baie-des-Iles. J'ai cinq tribus à desservir ; voici leurs noms : Matamata, Motuhoa, Matakana, Maungatapu, qui signifie Montagne sainte, et Tumoëtai. Cette dernière est comme le centre de la mission ; j'y fais ma résidence habituelle, et c’est là aussi que mon ministère a recueilli des bénédictions plus abondantes.

» Que de fois je gémis devant le Seigneur de voir que je suis seul pour rompre le pain de vie à tant de peuples avides de s’en nourrir! Combien d'âmes seraient sauvées, combien d'enfants ne mourraient pas sans baptême , si un essaim de prêtres volaient à la Nouvelle-Zélande! Les difficultés et les peines de notre apostolat sont, d'ailleurs, moins grandes que plusieurs ne se l'imaginent, Le climat que j'habite est vraiment chéri

des cieux; les bètes féroces, les insectes venimeux y sont. tout à fait inconnus ; pas de froids rigoureux ni de chaleurs excessives ; s’il pleut de temps en temps, la sérénité ne tarde pas à renaître; la terre est fertile, et bien que ses productions ne soient pas variées, non-seulement elle fournit aux besoins des naturels, mais elle leur donne encore de quoi faire des échanges avec les Européens qui fréquentent ces mers. Sans doute le zèle de l’homme de Dieu n'a pas besoin, pour être encouragé , de la reconnaissance de ses néophytes ; cependant cette récompense qu'il ne cherche pas, il est sûr de la trouver à la Nouvelle-Zélande. Nos chrétiens s’affectionnent facilement à tous ceux qui leur font du bien. Quand nous leur parlons de tant de saintes âmes qui s'intéressent à leur bonheur, ils sont tout stupéfaits et s’écrient dans leur admiration : « Oh1 qu’elles sont bonnes! Kapai! Kapai !» Nous leur montronssouvent sur la carteles diverses contrées d'Europe d’où partent les prières et les aumônes qui soutiennent nos missions, et alors ils unissent leurs vœux aux nôtres pour que le Ciel répande sur leurs charitables bienfaiteurs toutes sortes de grâces et de bénédictions. |

» À ces qualités du cœur, le Nouveau-Zélandais joint une heureuse ou-

vorture d'esprit et une grande envie de s'instruire. Il est, de plus, assez industrieux et fait preuve de beaucoup de goût pour la sculpture. La principale occupation des hommes consiste à cultiver la terre et à construire des wakamaori, espèce d'embarcations longues et étroites, avec lesquelles ils ne craignent pas de braver les flots et l'orage. Pour les femmes , après les soins du ménage, elles emploient leur temps à se tresser des manteaux fort jolis. Plus communément, les grandes personnes ont pour vêtement une simple couverture de laine. À les voir de loin accourir en foule à la la prière, affublées de cette longue couverture dont elles se voilent quelquefois la tête, on les prendrait pour des religieux de la Grande-Chartreuse allant à matines.

» Depuis mon arrivée à Tauranga, j'ai baptisé près de deux cents enfants, dont une grande partie s'est déjà envolée au ciel; j'ai aussi conféré le même sacrement à beaucoup d'adultes , entre autres au principal chef de l'ile. J'aime à croire que c’est aux prières de sa petite fille qu'il doit sa conversion. Cette enfant est la première que j'ai régénérée dans les eaux du baptème ; je lui donnai le doux nom de Marie, deux mois avant qu'elle mourüt. La douleur de ses parents fut extrême , car ils l’aimaient beaucoup. Selon la coutume des Zélandais, ils se retirèrent loin de leur habitation, près du lieu où ils avaient déposé le corps de leur chère enfant , et

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