CHAPITRE V
des barques légères ou dans les phogues des naturels. Au moindre coup de vent, nous courrions risque d'être submergés, si l'Etoile de la mer n'était là pour protéger ses enfants. Je traversais, un jour, sur un mauvais canot, une rivière d'environ une demi-lieue de large; pendant que mes gens ramaient avec force , j'étais tout occupé de rejeter avec un soulier l'eau dont l'orage menaçait d’emplir la nacelle. Un danger encore plus sérieux a failli nous enlever le P. Servant ; il a été emporté presque en pleine mer et poussé au milieu des récifs, sur une frêle barque où ilest resté plus d’un jar sans nourriture, obligé de combattre le découragement des rameurs qui avaient perdu tout espoir de jamais revoir leur fle. Il est visible qu'il y a une providence particulière pour ceux que Dieu envoie au loin annoncer sa loi sainte. De même que nous participons au ministère des premiers apôtres, nous pouvons dire aussi que nous avons hérité, nous et nos néophytes , de la protection signalée dont le Seigneur les entourait. Les naturels eux-mêmes ont remarqué qu’il meurt beaucoup moins de personnes dans les tribus catholiques que dans les peuplades protestantes,
» Ma sœur me demande ce quej'ai à souffrir dans ces missions lointaines.
M'appartient-il de parler de souffrances, à moi qui ne fais que d'entrer dans la carrière apostolique? Ah! mon frère, tournons nos yeux mouillés: de larmes vers le Tong-King et l’infortunée Cochinchine , vers leurs mis-
sionnaires si cruellement persécutés : voilà des apôtres, de vrais con-
fesseurs qui feront la gloire de l'Eglise ; voilà de généreux athlètes, dont nous pouvons dire avec saint Paul : « Ils ont enduré les outrages et les
fouets , les chaînes et les prisons ; ils ont été lapidés , ils ont été sciés ou
mis aux plus rudes épreuves ; ils sont morts par le tranchant du glaive. »
J'ai bien aussi sous les yeux, dans mes confrères , des modèles d'un dé-
vcaement sans bornes ; mais pour moi, je fais peu de chose , et mes pri-
vations sont bien légères. Est-il donc si pénible pour un soldat de Jésus-
Christ de coucher à la belle étoile? C’est ce qui m’arrivr quand je suis en
campagne ; enveloppé de mon manteau, je repose sur . * de fougère ou
plus mollement encore sur le sable du rivage, sans craindre que le bruit
des flots ne trouble mon paisible sommeil.
» Voici maintenant quelques détails sur ma nourriture ordinaire : je suis loin de les mentionner comme des privations. Mes aliments sont tantôt du porc et tantôt des pommes de terre ; je varie ces mets l’un par l'autre; pour dessert, *”: quelques grains de maïs cuits à l'eau, et c'est tout. Naguère je m’entretenais avec un bon et honnête protestant , qui prenait plaisir à m'énumérer dans le plus grand détail toutes ses provisions ; puis
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il ajoutait : « Vous avez bien aussi cela, vous ? » Et moi, je tu: répondais tout simplement : « Non ; j'ai fort peu de riz, je ne mange pas de pain, j'ai tout juste ce qu'il me faut de vin pour la sainte messe , je renonce volontiers au thé pour ne boire que de l’eau ; si j'avais quelque chose de mieux , je le conserverais bien précieusement pour le cas où je recevrais la visite d'un grand chef ou de quelque étranger. Vous le voyez, je suis pauvre; mais je m'honore de cette pauvreté, qui fut celle des apôtres. La plus grosse portion des aumônes qui nous viennent d'Europe est consacrée à l'avancement de l’œuvre de Dieu. Je sais que vos ministres agissent autrement ; ils pensent d’abord à eux et à leurs familles, puis ils donnent leur superflu à la mission ; encore font-ils un vrai trafic de leurs livres et de leurs bibles. »
» Je dois direnéanmoins queplus tardnous serons beaucoup mieux. Notre frère Elie, avec les faibles moyens dont il dispose , a cultivé un petit coin de terre ; il s'applaudit de sa première récolte. Nous commençons à avoir des melons et quelques plantes potagères. Mes excursions au milieu des tribus ne changent rien à mon régime ; je me nourris, comme les naturels, de pommes de terre ; s'ils ont du poisson, ils le partagent avec moi. Ce peuple vit très-pauvrement; car il vend le fruit de ses sueurs aux Européens pour avoir des habits. Ici la terre me sert de siège et de table ; de petits paniers ou quelques larges feuilles nous tiennent lieu de plats et d'assiettes. Presque toujours on mange hors de la cabane, et parfois on ‘est assez occupé, pendant le repas, à écarteravec un petit bâton, dont chaque convive est armé, certains parasites aussi nombreux qu'importuns.
» Après Wangaroa , le lieu que je fréquente le plus est Mongonui. La, notre prédication fait plus de prosélytes , au moins parmi les Européens. Déjà une église ; est devenue nécessaire ; mais, comme la mission ne peut en faire les frais, je me suis adressé aux étrangers de la Baie , la plupart protestants , et j'ai ouvert une souscription qui m'a valu dès le premier jour une somme de quatre-vingt-treize livres sterling. Il faut ajouter, à la gloire du catholicisme , que les ministres ont tenté la même entreprise , mais tout à fait sans succès.
» Le chef de l’intéressante tribu de Mongonui nous est très-attaché. I] habite sur les terres d'un fervent catholique irlandais, en attendant que l’arrivée des blancs le force à se reléguer, comme la plupart de ses compatriotes, dans l'intérieur de l'île. Longtemps avant que nos confrères eussent débarqué dans le pays , ce chef, voyant que beaucoup de tribus embrassaient la doctrine des méthodistes , alla trouver l’Européen dont je
encor malad fusen:
sa cou mang enien( mangé rente soient de les abande défigur et gém pas à chèren!
les hon salut.
» Vo en visit dans toi méthodi