CHAPITRE VY
viens de parler, et lui dit : « Thowas, Pourquoi ne vas-tu pas , comme les autres , aux missionnaires? — Ma mission n’est pas ici. — Où est-elle donc? — En Europe. » Or Mgr Pompallier aborda enfin à Mongonui, après avoir fondé un premier établissement à la Baie-des-Îles, « Voilà ma mission , dit alors au chef le fidèle Irlandais. — C'est bon , » reprit l’insulaire , et sur-le-champ il présenta ses enfants à l'évêque pour qu'il les baptisät..
Ma grande occupation est ‘le visiter tour à tour les diverses tribus qui dépendent de ma juridiction , afin d’attacher plus fortement à l'unité celles qui ont embrassé la foi catholique , et d'attirer à nous les peuplades que l'hérésie compte en grand nombre dans ses rangs. Un autre avantage de ces courses apostoliques, c'est que je puis préparer à la mort quelques malades délaissés et administrer le baptême aux enfants en danger de périr, Je donne volontiers à mes néophytes les noms des personnes qui me sont chèros , et je me forme ainsi autour de moi comme une nouvelle famille.
» Ce peuple, dont les mœurs sont déjà bien adoucies, n’a cependant pas encore secoué tous ses préjugés d'autrefois. Ainsi paraît-il certain qu'un malade ne peut échapper au mal dont il est atteint ; ses parents lui refusent parfois toute espèce d'aliments. Après avoir passablement arrangé sa couche , ils se retirent et l'abandonnent » Sous prétexte que leur dieu le mange. Cette manière de parler est si familière aux Océaniens qu’on leur. entend dire à tout propos : « Un tel est mort à la guerre, tel autre a été mangé par le dieu, » c'est-à-dire est mort de maladie. Malgré cette apparente dureté de cœur envers les irfirmes, ne croyez pas que nos insulaire3 soient insensibles à la perte de leurs proches et de leurs amis ; l'ancier : sage de les pleurer en se déchirant les membres et le visage, est loin « être abandonné. Un jour, je disais à une femme : « Il ne faut pas ainsi te défigurer, tu es tout en sang. — Que faut-il donc que je fasse? — Pleure et gémis comme le: étrangers. — Ah! me dit-elle , les larmes ne suffise-t pas à l'amour véritable , ce n'est pas trop du sacg. » Ces paroles me touchèrent, et je m'éloignai en répétant avec ésaotion : « Dieu a tant aimé les hommes qu’il a versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour leur salut. »
» Voici un bien triste spectacle qui me fut donné, il y a quelque temps, en visitant une tribu presque uniquement protestante. Là , je retrouvai dans toutes les mains la Bible traduite en langue maori par les ministres méthodistes ; les jeunes gens, fiers de leur prétendue science, citaient,
commentaient à tort et à travers le texte sacré, prétendant y trouver
tout ce qu'ils rêvaient, et même l'invention des armes à feu , dont ils
attribuaient la découverte à Jésus-Christ. Or ces pauvres gens, le croirait-
on ? ne savaient pas même qu'il y a un seul Dieu en trois personnes, qge
le Verbe s'est fait homme et qu'il est mort pour nous... Et leurs maîtres
sont depuis vingt ans à la Nouvelle-Zélande! Au reste, l'instruction n'est
pas le seul avantage qu'aient nos disciples sur ceux des missionnaires ,
protestants ; les étrangers distinguent aisément nos catéchumènes à un air
de candeur et de bonté qui contraste, disent-ils, avec la physionomie
dure et farouche des insulaires hérétiques. Je puis bien dire aussi que les
nôtres nous font l'accueil le plus filial quand nous allons visiter leurs tribus.
Le 28 novembre dernier, je voguais vers Mongonui ; un beau ciel nous
promettait une mer calme et une traversée facile ; mais sur le soir le temps
se mit à l'orage, et il fallut lutter contre le vent et la marée. Déjà les deux
jeunes insulaires dont j'étais accompagné perdaient courage ; je ramai avec
vigueur, et nous pûmes aborder, malgré les ténèbres de la nuit, guidés \
que nous étions par les feux des naturels qui nous servaient de boussole.
En mettant le pied sur le rivage, j'appelai ; on reconnut ma voix. A l'instant
même, le cri Epicopo! c'est Epicopo! fut répété avec transport par tous
nos bons catéchumènes, qui se précipitaient à ma rencontre. Ce mot
Epicopo désigne ordinairement notre vénérable évêque ; mais quelquefois
les Zélandais le donnent aussi aux simples missionnaires, dont le nom
véritable dans leur langue est Ariki.
. » Que de fois j'ai eu lieu d'admirer les merveilleux desseins de la Pro-
vidence dans les moyens qu'elle emploie pour sauver les élus! Presque
jamais dans mes courses je n'arrive droit au lieu que je m'étais proposé d'atteindre; des obstacles inattendus me forcent à changer de direction, et pourquoi? pour donner le baptême à un enfant, ou pour PRRpARRE à la mort quelque vieillard près d'expirer. »
Lettre du même au R. P. Colin, supérieur-général de la Société de Marie.
a Baie-des-Tles (Nouvelle-Zélande ),
.… Au milieu de mes courses, qui sont fréquentes et nécessaire: pour ncer l'œuvre de Dieu, je vis comme les indigènes ; je ne puis .uivre «28 Européens qui me disent de porter, à leur exemple , des provi-
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