‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 126 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

avec moi les périls des mers, ils trouveront une occasion de verser leur sang pour Jésus-Christ au milieu des peuples idolâtres que je vais appeler ‘au royaume de Dieu. Sans doute , je ne puis recevoir tous ceux qui m'en expriment le désir, mes ressources ne me le permettent pas, mais j'en % toujours quelques-uns à ma suite. Quelquefois, pour éprouver leur courage , je tâche de leur faire peur , en leur disant, par exemple, que s'ils s’embarquent, ils s’exposent à être tués , rôtis et mangés avec moi ; et ils me répondent, les uns, que le bon Dieu ne permettra pas que ce bonheur m'arrive, parce que les peuples d'Océanie ont encore besoin de mes travaux ; les autres , qu’au lieu de me maltraiter on m’aimera bien ; et tous ajoutent que le sort dont je les menace, fût-il à craindre , rien ne saurait les épouvanter, qu'ils sestimeraient trop heureux d'endurer avec moi le martyre.

» À Wallis, où j'ai exercé pendant cinq mois le saint ministère , j'ai eu bien des consolations ; entre autres, celle de voir trois jeunes personnes , filles des plus grands chefs de l'ile, me demander avec instance la permission de se consacrer à Dieu d'une manière spéciale par le vœu de chasteté. Cette pensée, elles l'avaient eue d’elles-mêmes et par la seule inspiralion de la grâce; elles savaient que c'était là un conseil évangélique dont le libre accomplissement plaît au Seigneur ; elles avaient aussi appris, par les mille questions qu'on nous fait, qu'il y a dans l'Eglise beaucoup de jeunes personnes qui travaillent au salut des enfants de leur sexe en se dévouant à leur éducation ; il n’en a pas fallu davantage pour leur inspirer cette généreuse vocation.

» .… J'arrive d’un long voyage, qui a duré treize mois, et durant lequel plus de trois mille insulaires ont été baptisés et confirmés de mes propres mains.

» Vous penserez peut-être que tant de travaux , que tant de courses sur mer et sous différents climats altèrent ma santé : détrompez-vous , Dieu prend soin de ses ministres ; nous pensons à sa gloire , et il se charge du reste. Il y a sans doute bien des périls dans la voie où le bon Dieu m'a fait la grâce de m'appeler ; mais ne savons-nous pas qu'un seul cheveu de notre tête ne peut tomber sans sa volonté sainte ? Jamais je n'ai été plus heureux que dans les croix, qu'au soin des tribulations que j'endure de la part de l’hérésie. Priez seulement que la grande récompense réservée aux apôtres soit nn jour mon partage. Quel bonheur pour moi si un jour le martyre venait consommer tant de travaux ! Vous, chers parents, allez au ciel par le chemin battu de notre vieille Europe catholique ; pour moi,

il faut que je m'efforce d'y arriver en frayant la voie à cette Eglise naissante, en déblayant avec ma croix des sentiers nouveaux que l'hérésie et l’infidélité encombrent de leurs ruines ; il me faut arroser de mes sueurs chaque pierre de l'édifice que j'élève et que je voudrais cimenter de mon sang. Qu'est-ce , après tout, que cette vie ? Dieu, sa grâce en ce monde , le eiel en l’autre, son amour partout, c'est là tout pour un missionnaire , c'est là tout! c'est là tout! Voilà un peu du style de la Nouvelle-Zélande écrit cn français. Nos Polynésiens aiment beaucoup les répétitions des choses qui leur plaisent, et en cela je suis assez de leur avis.

» Votre nom, ma mère, et celui de bien des membres de ma famille, sont connus et chéris de mes néophytes. Combien de fois ces chers enfants, qui ont toujours accès auprès de moi, me demandent si vous vivez encore, quel est votre âge , qui prend soin de votre vieillesse. Les mères de famille sollicitent comme une grâce de recevoir votre nom à leur baptême. Dans mes colloques avec elles, lorsque je les instruis , elles ne manquent pas de me dire combien vous avez dû être afiligée de notre séparation ; et ces bonnes mères , qui ont aussi des fils, m’adressent ces questions les larmes aux yeux. Je leur réponds ordinairement que votre joie d’avoir un fils consacré à Dieu et à leur salut, jointe à la pensée de nous revoir au ciel après cette vie si courte, ont séché vos pleurs. Alors, transportées de la plus vive reconnaissance , elles promettent de bien prier Notre-Seigneur et la sainte Vierge pour vous. Bon nombre de jeunes personnes et de jeunes gens m'ont apporté des objets curieux du pays comme gages de leur affection pour moi et pour les personnes que j'aime ; ils seraient heureux d'apprendre qu'en les recevant vous avez trouvé quelque dédommagement au sacrifice que vous avez fait pour leur bonheur. »

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