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MISSIONS DU LEVANT

Colléges de Péra et de Galata. — Baptême de trois jeunes nègres.

Fragments d’une lettre de M. Leleu, missionnaire lazariste, à M. Etienne, procureur généra! de la congrégation de Saint-Lazare.

a Constantinople, le 14 juin 1837.

» .. Il faut que je vous dise quelques mots maintenant de nos deux établissements de Péra et de Galata; car c'est sur eux surtout que se fondent nus espérances , c'est de ce côté que se dirigent nos efforts ; nous nous apercevons déjà du bien que nous pouvons faire par leur moyen. La seule manière de régénérer le pays, c'est de bien élever la génération naissante ; nous éprouvons de grandes entraves à nos efforts, mais nous espérons vaincre par la constance, Déjà nous avons formé quelques jeunes gens qui, rentrés dans le monde, réussissent et se conduisent fart bien, Notre cours de physique , qui a eu lieu deux fois par semaine, est assez

fréquenté; il pourra nous donner occasion d'en créer encore plusieurs autres, de littérature, par exemple, de philosophie et d'histoire. Saint François de Sales avait établi une académie à Annecy pour remédier à l'oisiveté. Celle que nous établirons aura pour but de remédier à l'cisiveté et à l'ignorance. On peut détruire bien des erreurs , redresser bien des idées fausses , dans des cours de ce genre. Avec l'ignorance, une autre plaie , c’est la profusion des mauvais livres ; on trouve ici tout ce que les presses françaises ont produit de plus cynique et de plus impie ; aussi plusieurs familles arméniennes sont-elles persuadées qu'apprendre ?e français et conserver la foi et les mœurs sont deux choses incompatibles. Vous comprendrez la nécessité urgente de combattre par de bons livres tout le mal que font les mauvais. Vous savez que notre bibliothèque compte près de trois mille volumes ; nous les prêtons à nos amis et surtout à nos anciens élèves, qui finiront ainsi par acquérir une grande supériorité. Nous nous mettons en mesure de monter une imprimerie ; déjà la presse et les caractères francs sont en partie achetés, et les caractères arméniens commandés ; bientôt ceux-ci seront envoyés. Alors il ne nous manquera plus que des caractères grecs, qu'il est facile de se procurer à Constantinople. Nous imprimerons donc dans toutes les langues usitées dans cette capitale de l'Orient. Un fort bel atelier de reliure, dirigé par l’un de nos frères avec l’aide de deux ouvriers, complète notre établissement. Nous pourrons répandre désormais à profusion les bons ouvrages et les livres de piété surlout; nous jetterons même de temps en temps dans lé public quelques petites brochures dé controverse contre les Arméniens hérétiques ; car il en est beaucoup qui n’ont besoin que d’être éclairés pour revenir à l'unité de la foi. J'espère que nos philosophes modernes ne nous reprocheront pas de travailler à étouffer les lumières.

».…. Nous venons de baptiser trois nègres, dont l’histoire est assez intéressante, pour que je vous en entretienne un instant, Un seigneur russe, ayant eu fantaisie d'avoir des nègres à son service , apparemment comme objet de luxe, chargea un comte illyrien de faire le voyage d'Alexandrie, et de lui en acheter trois des mieux faits qu'il pourrait trouver. Le comte s’acquitta de sa commission, et revint par Constantinople. Des circonstances particulières l'ayant obligé de s'arrêter quelques mois dans cette ville, nous fimes sa connaissance; il nous parla de ses jeunes nègres, de leurs progrès dans la langue italienne, de leur bonne mine , de leur docilité, de la douceur de leur caractère, mais nullement du salut de leurs âmes. Hélas! on n’est que trop habitué à les traiter comme s'ils n'en

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