‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 14 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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avaient pas ! Nous lui demandâmes s'il s'était occupé de les instruire et de leur faire donner le baptème ; il nous répondit ingénument qu'il n'y avait même pas pensé : « D'ailleurs, ajoutait-il, l’un, étant circoncis, appartient à la religion de Mahomet, et ce serait chose dangereuse de le baptiser ici. » Les deux autres devaient être idolâtres. Nous lui proposimes de nous les confier pour quelques mois, avec engagement de les lui rendre quand ils seraient instruits de la doctrine catholique ; il y consentit. Nous commençâmes par les interroger sur ce qu'ils croyaient. Ils avaient été enlevés trop” jeunes de leur pays pour avoir des idées arrêtées sur la religion. L'atné, âgé d'environ quinze ans » savait à peu près ce que les Turcs connaissent ordinairement de l’Alcoran , c'est-à-dire un amas d’anecdotes incohérentes et absurdes. Les deux autres, qui paraissaient avoir de treize à quatorze ans, et qui n'étaient pas circoncis, n'avaient pour toute religion qu'une crainte puérile du démon et ils l’invoquaient pour fléchir, disaient-ils, sa colère. Nous n'eùmes pas beaucoun de peine à leur persuader.d’abandonner ces pratiques insensées. En assez peu de temps ils eurent appris les articles principaux du catéchisme et commencèrent à soupirer après le baptême ; on le leur différa cependant pour les éprouver et les ';:bituer un peu à la sainteté de la vie chrétienne , à prier, à modérer leur petite colère, à être laborieux et soumis. Chaque jour ils répétaient : « Quand est-ce donc qu'on nous versera l'eau sur la tête? » ls étaient si heureux qu'ils ne savaient comment exprimer leur bonheur. Un jour, le plus jeune d'entre eux contéemplait attentivement le soleil ; il paraissait s’entretenir avec lui. « Que faites-vous donc? lui dit-on. — Je charge le soleil d'une commission, — Que lui dites-vous ? — Beau soleil, on dit que tu vas dans toss les lieux du monde ; Sans doute, tu verras ma mère : eh bien, dis-lui qu'elle ne me pleure Pas, que je suis bien heureux, que je vis avec des blancs qui ont bien soin de moi , qu'ils ne me battent pas, et qu'ils m'ont appris à connaître la religion du grand Allah (Dieu). » Le jour de leur baptéme mit le comble à leurs vœux ; ils allaient baiser la main à tout le monde, et criaient : « Moi, je m'appelle Paul ; moi, je m'appelle Vincent; moi, je m'appelle Félix, » Rien de plus touchant que les sentiments qu'ils exprimaient ; il y avait dans tout leur être une ingénuité et un air de joie qui faisaient verser des larmes d'attendrissement, Six semaines après, ils ont fait leur première communion avec de grands sentiments de piété ; on les a remis à leur maître. » La manière dont les Turcs traitent les nègres fait véritablement horreur, Les marchands vont les acheter en Egypte ou en Arabie, et les

amènent ici dans de petites barques, entassés les uns sur les autres, Comme on leur donne à peine de quoi manger dans la route, ils arrivent exténués de maigreur, et quelquefois ils ne peuvent se soutenir. On les conduit des barques au marché, où les Turcs seuls ont droit d'aller, parce qu'ils prétendent que tous les noirs sont à eux. Aussi fallait-il voir comme nos petits nègres fuyaient du plus loin qu'ils apercevaient un Turc. À Alexandrie, les Francs vont eux-mêmes au marché, et les esclaves viennent souvent se prosterner à leurs pieds , leur baiser les genoux pour les corjurer de les acheter, parce qu'ils savent qu'ils seront mieux chez eux que chezles Turcs. D'autres fois, c'est parce qu'ils sont chrétiens ; car il y a des chrétiens en assez grand n vabre daus l'Ethiopie, Dernièrement arrivait d'Egypte un bâtiment turc , à bord duquel se trouvaient vingt négresses : sept d’entre elles étaient chrétiennes... »

La Fête-Dieu à Constantinople.

Lettre de M. Leleu, préfet apostolique de la mission des Lazaristes à Constantinople, à M. Etienne, procureur général de la congrégation de Saint-Lazare. ;

a Constantinople, le 25 juin 1839.

» J'obéis à vos recommandations empressées, en vous adressant un court récit de la procession de la Fête-Dieu à Constantinople.

» Par un heureux concours de circonstances nous avions parmi nous cinq évêques de quatre rits différents, et un sixième élu, mais aon encore sacré. Nous pensâmes faire chose honorable poux la catholicité de montrer solennellement dans cette ville, aux mille sectes où l'islamisme , le judaïsme, le schisme et l’hérésie se pressent et se confondent, la belle et grande unité de l'Eglise au milieu de la diversité des rits qu’elle sanctionne. Nous invitâmes donc nosseigneurs les évêques à concourir par leur présence à la pompe de cette belle cérémonie, en y représentant chacun leur nation. Tous, sans exception , accueillirent notre invitation avec un vf empressement. La foule se réunit à nous dans notre église ; le clergé arménien catholique nous attendit dans la sienne, où la procession devait se rendre. Ilne manquait qu'un évêque melchite , ou du rit grec uni, qui

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se trouva indisposé. Mgr Hilléreau » archevêque de Petra in partibus, et vicaire apostolique latin de Constantinople, présidait et portait le Saint-Sacrement; Mgr Joseph Borghi, de l'ordre des Capucins, évèque nommé de Bethsaïde in partibus, et destiré à résider à Agra dans l'Hindoustan, assistait avec Mgr l'évêque chaldéen de Mossoul. A la porte de l'église catholique arménienne nous fûmes reçus par Mgr Marouch, archevêque primst des Arméniens, et par Mgr Kiévarc, archevêque démissionnaire de la même nation. Tous les évêques étaient dans leur costume respectif le plus pompeux. Une grande partie du clergé latin de Constantinople s'était réuni autour de son digne prélat. I est impossible de décrire l'effet que produisait dans la vaste et belle église arménienne cette admirable réunion, Il faudrait aller bien loin pour trouver cette magnificence, et, si j'ose le dire, cette originalité de costumes et de chants divers : on dirait deux mondes, l'Europe et l'Asie, venus à Constantinople sur leurs limites respectives, dans un temple catholique , se donner le baiser de paix. Nulle part peut-être, hormis dans le magnifique sermon de Bossuet sur l'unité de l'Eglise, cette unité n'apparaît plus sensible et vlus belle : Quäm -ulchra tabernacula tua, Jacob! quam puülchra tentoria tua, Israel ! « Que vos tabernacles sont beaux , 6 Jacob! Israël, que vos tentes sont belles! » Le peuple oriental, si accessible aux impressions des sens, n'aura pas vainement assisté À ce spectacle. Les Grecs, les Arméniens schismatiques, les nestoriens, les jacobites, ces innombrables sectes auxquelles Constantinople, la mère de l'hérésie, a donné naissance où abri, devaient être troublées par bien des remords et devaient se sentir le besoin de se frapper la poitrine. Rien parmi elles ne ressemble aux divers clergés catholiques ; ni la pompe des cérémonies, ni la dignité des évêques, ni la gravité des prèlres, rien n'approche de cette Eglise où est La vérité et la vie , èt qui donne vraiment une vie immortelle à tout ce qu'elle touche!

» Outre le clergé qui était fort nombreux, et les enfants de notre coïlége qui faisaient partie de la procession, rangés sur deux lignes, nous y avions réuni soixante jeunes demoiselles vêtues de blanc et divisées en trois groupes : le premier entourait une statue du Christ ressuscité, le second groupe une statue de l'Immaculée Conception de la sainte Vierge, et le troisième l'image de sainte Philomène. Chaque groupe était distingué par des ceintures de couleur différente. Ces chœurs étaient chose neuve et hardie à Constantinople ; l'attention publique en fut singulièrement intéressée. Les femmes turques ne revenaient pas de leur admiration ; on les entendait s'écrier : « Grâces soient rendues à Dieu, qui a permis

qu'avant de mourir nous vissions un tel spectacle ! » Elles se promettaient bien de revenir l'an prochain à la fête des Roses ; c'est ainsi que les Turcs appellent la Fête-Dieu.

» Ce jour-là nous avions aussi voulu nous montrer Français. Plusieurs capitaines, dont les bâtiments étaient en station dans le port, nous ayant offert gracieusement leurs pavillons, nous en déployämes un magnifique sur le haut de la tour de notre église, au bout d’un long mât; d’autres flottaient aux quatre coins de notre enclos. C'était vraiment un image de la France sur des bords étrangers :

. Parvam Trojam simulataque magnis Pergama. Û

» Vous ne sauriez croire avec quel plaisir, à cette distance de la patrie, on voit flotter son drapeau , et surtout avec quel orgueil les Français le contemplent. C'est en effet. le drapeau du catholicisne dans ces contrées. L'ambassadeur de France est presque seul chargé du patronage officiel de la religion catholique en Turquie ; et je dois dire à la gloire du noble amiral Roussin, qu’il ne néglige aucune occasion de servir l'Eglise, et qu'il fait bénir le nom français en Orieni par des milliers de catholiques qui lui dûrent souvent le maintien de leurs droits.

» Au retour de la procession , la grand'messe fut chantée par Mgr l'évêque élu de Bethsaïde. Nosseigneurs les évêques voulurent bien accepter l'invitation de s'asseoir à notre table. Le dimanche suivant, nous vimes de nouveau cette réunion d'évêques au sacre de Mgr l’évêque de Bethsaïde ; et même l'évêque melchite, remis de son indisposition, s'y était rendu ; il portait le costume grec, sans aucune modification ; il était accompagné de deux prêtres également revêtus de leur costume national ; de manière que vous auriez cru assister à la réconciliation de l'église grecque. Au reste, ce retour à l'unité est le cher et secret désir des intelligences les plus distinguées de la Grèce ; il lour est aisé de comprendre que leur faiblesse est dans l'isolement, et que, pour la liberté, il n'y a rien à attendre des traditions byzantines. Naguère, conversant avec un des membres assez haut placé de ce clergé , je l'interrogeais sur l'état de son église ; il me parlait des vexations exercées dans les îles ioniennes par les Anglais, qui veulent à tout prix y fonder le protestantisme. « Comment, lui dis-je , les Grecs, qui ont en leur faveur des stipulations garanties par toute l'Europe , ont-ils laissé toucher à leur religion ?

— Que pouvaient-ils faire ? me répuudit-il. — Ce qu'ont fait les Maltais,

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