‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 130 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

roi lui-même, atteint à son tour par une lance qui de l'épaule droite alla sortir au-dessus de la hanche gauche, essaya d'abord de l'arracher; mais les pointes recourbées qui garnissaient le fer, empêchaient l'arme fatale de revenir sur la plaie qu'elle avait faite; alors le prince, brisant ce qui demeurait en dehors de la blessure, se remit à combattre avec fureur, Un catéchumène , percé à la jambe par un trait ennemi, l'en retira aussitôt, et le rejeta avec une étonnante énergie à celui qui l'avait lancé. J'ai entendu dire au P. Chanel , qui étit accouru sur le champ de batail'e, que le spectacle le plus sffreux s'était offert à ses regards. Le zèle qui l'avait conduit à cette scène de carnage ne resta pas sans récompense ; tout en secourant les blessés, il eut la consolation de baptiser un certain nombre de mourants,

» À la cruauté, les naturels joignent presque tous la manie du vol ; c'est surtout aux blancs qu'ils aiment à dérober, et nous n'avons été que trop souvent l'objet de cette préférence. Avec un vaste terrain dont le roi nous avait gratifiés, et sur lequel croissaient en abondance les cocotiers et les arbres à pain, avec un autre champ de bananiers, mis en excellent rapport par le travail et les soins du P. Chanel , Nous en sommes réduits à la détresse la plus absolue. Quelques bananes cuites , voilà toute aotre nourriture. Peut-être croirez-vous qu'il nous est bien amer de vivre ainsi dans le dénûment ; mais non, grâce au Ciel , On 8e fait à tout, et même à recevoir avec reconnaissance un morceau de faro que nous présente un naturel après l'avoir mordu lui-même en cent endroits. Il n'est dans celte misère qu’une chose pénible : c'est qu'elle nous oblige à nous séparer ; je vais pour cette raison à l'autre extrémité de l'ile, c'est-à-dire au pays des vaincus ou /ava.

» Vous parlerai-je maintenant de la religion de nos insulaires ? Il s'en faut d'abord qu'ils se représentent leurs dieux sous les traits de la grandeur ou de la bonté; une cruauté féroce paraît être à leurs yeux le premier attribut de la nature divine : « Elle a des entrailles de die”x ,? disait-on l’autre jour d’une mère qui, ne pouvant achever d'étouffer son enfant, l'avait broyé sous ses pieds.

» Le plus grand de tous ces génies porte un nom qui n’est pas flatteur ; on l'appelle Faka veri kéré (faisant la terre mauvaise ). Au-dessous de de lui s'agite un essaim d’esprits subalternes , nommés Atua Mouri. Comme leur roi, ils ont pour tabernacle quelques insulaires , hommes ou femmes , qui se transraeltent de générations en générations la divinité devenue héréditaire dans leurs familles, Ces dieux portent ici une grande

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responsabilité ; tout le mal qui se fait est nécessairement leur ouvrage. Quelqu'un est-il souffrant ? s'est un mauvais génie qui le mange ; et il faut se mettre en quête pour trouver l’homme en qui il réside. Celui-ci , après s'être fait raconter toute la vie du malade, déclare solennellement qu'il est mangé par son dieu en punition de telle ou telle faute. L'oracle -pondit un jour à l'un des puissants de l'ile que l'Atua était irrité cuntre son enfant à cause d'une cuisins mal faite ; mais on n’oscit pas lui reprocher d'avoir fait cuire sa propre mère pour s'en repaître avec ses amis.

» Sila maladie continue , malgré les promesses de guérison données en échange de présents , le fabernacle avoue que décidément son génie n'est pour rien dans ces souffrances. Alors nouvelles recherches et nouveaux cadeaux; car un Atua pour une fanille est vraiment la poule aux œufs d'or. Il y a peu de temps, on apporta un malade chez notre voisin, Le frère du pauvre infirme avait une pirogue neuve qui faisait envie au propriétaire du dieu ; aussitôt l'oracle la signale comme ayant provoqné la colère divine; et un quart d'heure après , quelques ho”:mes l'apportaient à l'heureux insulaire comme offrande expiatoire. Cependant le malade déclaré incurable est retourné dans sa cabane , d’où il sera bientôt porté en terre, tandis que le rusé {abernacle ira en pleine mer p&...er avec la pirogue neuve. à

» Après le culte des dieux, les honneurs rendus aux morts sont ce qu'il y a de plus solennel. Dès qu'un insulaire vient d'expirer, on s’empresse de l'envelopper de siapos, après toutefois l'avoir lavé, l'avoir inondé d'une huile odorante, et paré comme aux plus beaux jours de fête; puis on l'enterre encore tout chaud. Une fois débarrassée du cadavre , la famille se dispose à recevoir la visite de l'ile entière , qui ne tarde pas à venir payer au défunt le tribut de ses pleurs , ou plutôt de ses cris. Chaque naturel, en arrivant , commence par hurler sa douleur, et aussitôt, s'armant de deux coquillages , il se déchire de son mieux le visage, les bras et la poitrine ; ces préliminaires sont de rigueur, si l'on veut avoir ps au festin qui doit être servi. Une fois à table , adieu le deuil! On croir. assister à un banquet de noces, tant la joie est franche et la fête animée. Dix jours durant, les divertissements se succèdent , avec quatre repas par jour, et promesse d'anniversaire à la dixième lune. Assez ordinairement il y a lutte au pugilat en l'honneur du déf"nt ; les coups ne cessent que lorsqu'un des deux champions tombe sur l'arène ; le vainqueur lui ten amicalement la main pour l'aider à se relever, et revient soutenir

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