‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 131 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

un second assaut contre un nouvel antagoniste , vengeur du premier, Quelquefois les deux combattants sont armés d'une branche de cocotier, moins du’e il est vrai que le bois ordinaire , mais cependant assez forte Pour casser les membres ; et ce jeu dure jusqu'à ce qu … ‘‘‘1e aux vieil. lards de dire : « C'est assez, »

» Jusqu'ici, la religion n'a fait que peu de progrès dans notre tle : quelques catéchumènes passablement islrüils , un certain nombre d'ents et de grandes personnes baptisés en danger de mort » Voilà à quoi se réduisent, extérieurement du moins, tous les fruits de la mission, La principale cause de la stérilité de notre ministère est la cupidité du roi, qui, en sa qualité de taberna:le de Dieu, croit avoir intérêt à maintenir l'ancien culte, dont les offrandes l'enrichissent, A l'imitation du prince et par crainte de lui déplaire, peut-être aussi parce qu'en se faisant chrétiens il faudrait devenir sages, la plupart des insulaires restent sourds aux sollicitations de la grâce, bien qu’ secret ils nous témoignent le désir d'embrasser notre foi, Il est à croire qu'en exprimant ce vœu , la jeunesse est sincère ; il y a, en effet, de grandes espérances à fonder sur elle. Mais le. ‘eillards sont entachés d'un crime qui semble peser sur leurs têtes comme une réprobation, c'est l'anthropophagie, poussée par eux , sous le précédent règne , aux dernières horreurs. D'après l'aveu des naturels, le nombre des habitants des deux tles s'élevait naguère à plus de quatre mille; aujourd'hui il r: dépasse pas huit cents ! et c'est en grande partie la dent de ceux qui survivent qui a opéré cette effrayante réduction

» Il y a tout au plus vingt ans, la fureur de manger de la chair humaine en vinl au point que, les guerres ne suffisant pl's pour fournir aux hideux festins, on se mit à faire la chasse au sein même de sa propre tribu ; hommes , femmes , enfants , villards , qu'ils lussent amis ou ennemis ; étaient tués sans distinction. On en vit même égorger les membres de leur propre famille ; des mères ont fait rôlir, pour s’en repattre , le fruit de leurs entrailles. Que de fois j'ai touché la main à un malheureux qui a fait cuire ses vieux parents pour les dévorer avec ses amis! Quand l'un d'eux me présente quelque chose , il me semble voir ses doigts eucore teints de sang, du sang de sa mère!

» Au roi seul , en sa qualité de dieu , étaient servis des corps eutiers ; dans les autres cuisines on découpait les c:ilavres. O- -ompté à la fois quatorze victimes sur la table du priuce ; et lui € crier : « Courage, Courage, arrachez la mauvaise herbe ! » Avec les corps rôtis, souvent on servait aussi des hommes vivants, pieds et mains lis ; on les étendait sur

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de grandes auges pour ne pas perdre le sang ; pus on leur découpait les bras , les jambes, et en dernier lieu la tête, ou plutôt on les leur sciait avec un bamhou brisé qui coupe à peu près comme un couteau de bois. L'un de ceux qui nous racontaient ces horreurs, sans même en paraître ému , n’en avait tué que six pour sa part: « C'était peu! » ajoutait-il. On m'a montré un jour un vieillard qui a seul échappé au four dans un village de trois cents âmes.

» Cette boucherie conduisait rapidement le peuple à une extermination totale, lorsque le roi eut le cou tordu par ses complices dans une assemblée religieuse. Dieu, qui tient entre ses mains le cœur des hommes, inspira au nouveau prince des sentiments d'humanité qu'il imposa à tous ses sujets, et, depuis, il n'y a pas eu un seul insulaire mangé. Ce n’est pas sans regrets que les vieux cannibales ont renoncé à l’horrible pâture dont ils étaient si friands; plus d'une teulative a été faite par eux pour remettre leurs goûts sanguinaires à la mode. Tout récemment un vieillard proposait de revenir & la nourriture des dieux : « C'était, disait-il, une divinité qui lui avait demandé en songe ce retour à l’ancien culte. » Heureusement le roi lui ferma la bouche en déclarant que, si l’on mangeait quelqu'un , il serait le premier mis au four.

» Toutefois il suffirait d’une famine pour replacer l'île entière sous le régime de l’anthropophagie. Que Dieu la préserve de ce malheur ! elle ne renferme déjà que trop de principes de destruction. Pour ne parler que de l'infanticide , il est porté dans ce pays à son plus haut période. Ce n'est même plus une honte pour des mères de faire périr leurs enfants ; on en trouve qui ont tué jusqu’à .ix de ces innocentes créatures ; les uves les écrasent dans leur sein en se pressant le corps avec de grosses pierres; d'autres les étouffent au moment ” leur naissance, ou les enterrent vivants dans le sable. Le mois dernier, dans une seule semaine , il y a eu trois nouveaux-nés ensevelis de cette façon. Quelques heures après le crime, des chiens déterrèrent le corps d'un de ces inforturés et le rapportèrent à sa mère ; elle, sans s'émouvoir, alla de nouveau enfouir sa victime ; mais bientôt les chiens revinrent déposer à ses pieds la tête et un bras du pauvre enfant, comme pour lui reprocher sa cruauté. La malheureuse allaite maintenant un petit cochon. Il suit, pour décider une mère à cette barbarie, que le père de son nourrisson ait cessé de lui plaire, ou qu'elle soit abandonnée de son mari. Dans l’un ou l’autre cas, si elle ne se sent pas ie courage d'étouffer les cris de la neture, ses vieilles voisines tiennent conseil; la vie de l'enfant est mise aux voix, et, la

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