CHAPITRE V
séduction ni crainte de châtiments n'avaient pu ébranler, était compris dans la condamnation à mort ; Cependant sa vie fut épargnée. Trois jours auparavant, ce jeune prince , dans une dernière entrevue avec l'homme #vostolique , avait saisi vivement la croix qui pendait au çou du Père , et l'avait suspendue au sien, comme pour lui dire que définitivement il embrassait la religion de Jésus crucifié, S'il ne la scella pas par l'effusion
de tout son sang, il fut du moins blessé pour elle, et de la main de ceux qui étaient déjà en chemin pour aller massacrer le prêtre. On dit qu’en apprenant leur affreux projet, il s'habilla de blanc avec six de ses coMpa- 8nons, ef qu'ils se préparèrent tous à cueillir avec leur missionnaire Ja palme du martyre.
» Au moment où le crime se consommait, un autre jeune homme , très-attaché au P, Chanel, courut vers le lieu de l'exécution pour périr avec lui. « Il ne pouvait plus vivre, disait-il, parce que le Père était mort. » Les assassins l’eussent aussi frappé , si ses parents et ses amis ne l'avaient empêché de se livrer à leurs coups.
» Le triomphe du crime fut de courte durée, Quelque: ‘ours après , la mort frappait un des plus influents conseillers du roi, qui avait beaucoup contribué au martyre du P. Chanel; le roi lui-même suivit son complice au tombeau , après une longue maladie, C’en fut assez pour persuader aux naturels que la vengeance divine s’appesantissait sur les meurtriers, et cette opinion seconda merveilleusement. les efforts apostoliques d'un chef nommé Sam , insulaire distingué Par ses qualités éminentes, qui le font chérir de tous ceux qui le connaissent. Avant de raconter ses succès, il est nécessaire de reprendre les choses de plus haut.
» Depuis longtemps il y avait à Futuna deux partis irréconciliables et presque toujours aux prises, celui des vainqueurs et celui des vaincus, Sam, qui se trouvait à la tête de ces derniers , eut à soutenir Ja guerre contre leurs rivaux. Dans cette lutte sanglante , il montra un courage héroïque ; ne s'apercevant pas que les siens avaient pris la fuite, il soutint, lui seul, pendant quelque temps , le choc de trois cents guerriers, esquivant les coups de lance, et combattant comme un lion. Forcé enfin d'a*,ndonna le champ de bataille, il courut se réfugier sur le haut d’une montagne , où le P. Chanel alla le visiter. À la première entrevue , le bon Père pleura sur lui, l'embrassa » €t lui recommanda de s'enbargrer au plus tôt pour échapper à la mort que l'animosité des vainquer*. n'aurait
pas manqué de lui faire subir; car il était surtout pour eux un objet de
haine, à cause du mépris qu'il professait pour l'idolâtrie, de la force prodigieuse dont la Providènce l’a doué . et de la confiance que lui témoignent les marins, dont les vaisseaux s'arrêtent volontiers devant ses terres.
» Sam suivit ses conseils ; il s'embarqua pour Wallis, où il eut le bon- |
heur de recevoir le bienfait de l'instruction chrétienne. Quelque temps après, il revint à Futuna, à bord de la corvette l'Allier ; mais, hélast son bon Père n’y était plus. En apprenant sa mort à Wallis, il l'avait pleuré pendant l’espace de trois jours. Dès qu'il eut mis pied à terre , il alla avec sa femme dans la maison que le P. Chanel avait construite de ses propres mains, pour y faire la prière du soir ; là, il rencontra deux enfants de dix à douze ans, auxquels il proposa de croire en Dieu, de prier avec lui, de renoncer aux superstitions de l’île et de brûler leurs tapous , en se résignant à braver toutes les persécutions plutôt que d'abandonner la foi. Non-seulement ces deux enfants répondirent à l'appel de la grâce, mais encore ils engagèrent leurs parents à embrasser la religion ; ils les tiraient par la ma pour les conduire à la prière; ils persuadaient aussi à leurs jeunes compagnons de reconnaitre le vrai Dieu, . en leur disant qu'une lumière intérieure leur faisait voir qu'ils étaient en possession de la vérité.
» Dës ce moment, toute l’île fut ébranlée. Sam courait jour et nuit dans les divers villages, pour y porter l'instruction, sans se laisser ni rebute' par les difficultés ni intimider par les menaces. Les insulaires attachés à l'idolâtrie, et surtout les prêtres et les vieillards, le menaçaient de la colère des dieux, en lui disant que les Atua le mangeraient. « Qu'ils viennent me dévorer cette nuit, leur répondit-il, j'y consens ; mais demain, si je ne suis pas mangé, reconnaissez leur impuissance, et croyez au grand Dieu des chrétiens. » Toute la population de Futuna ne tarda pas à comprendre que l'histoire de ses divinités n’était qu'un tissu de mensonges, et d'un commun accord on brûla tous les objets du culte superstitieux.
» Telles étaient les dispositions des naturels , lorsque nous arrivâmes à s'utuna. Mgr Pompallier leva les prémices de la moisson, et le 9 juin 1842, il nous laissa, au P, Roulleaux et à moi, le reste à recueillir, En ce même temps , Sam fut élu roi par les suffrages unanimes des vieillards de l’un et de l'autre parti.
» Nous avons commencé l'exercice du saint ministère par le baptême des petits enfants , et dans la première visite que j'ai faite aux deuxtles,
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