‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 135 sur 175 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'enfant qui commence à balbutier jusqu'au vieillard déjà courbé vers la tombe , tout le monde vent se confesser. Mais, monsieur le curé, que Vous auriez été édifié lorsoue , dans cette chrétienté naissante, le saint viatique fat porté pour la première fois à un malade ! Pendant que le prêlre marchait à l'ombre des bananiers, des cocotiers et des arbres à

pain , de pieux néophytes quittaient leurs Cases, el venaient, respectueux

et recueillis, s'agenouiller dans les endroits Où passait le saint Sacrement.

Le malade, de son côté, se montra au comble de la joie de recevoir la visite de son Dieu, et son unique désir était de s’en aller au ciel.

» Le 2 janvier, je fis le tour de l'ile avec le frère Marie-Nizier, Dans les diverses vallées que nous parcourûmes, je fis choix d'un jeune homme qui me parat le plus intelligent , pour remplir les fonctions de catéchiste , et dans les principaux endroits , je fis élever des confession- Baux pour satisfaire au pieux empressement de nos néophytes. Ils ont un si grand respect pour le tribunal de la pénitence, qu'un jour, un père de famille vint en larmes me demander si sa fille, qui avait eu la curiosité d'ouvrir un confessionnal de la vallée, s'était rendue bien coupable. Dans unf 8 voyages que nous faisons de temps en temps autour de l'ile j'ai eu le bonheur de baptiser un petit enfant qu'une mère infidèle et dénaturée avait exposé à la mort; je lui donnai le nom de Moïse. Autrefois cette barbarie était très-fréquente ; c'est le seul exemple que nous en ayons eu depuis notre séjour à Futuna. Quelle consolation pour nous! depuis notre arrivée, personne n’est mort sans la grâce du baptôme.

» Comment vous peindre l'heureuse influence de la foi sur ces pauvres insulaires ? Au lieu de ces cruautés inouïes que l’on a dû vous raconter dans les Annales , et qui étaient passées en coutume , ils ont la paix et la charité , ils sont heureux surtout du bonheur des enfants de Dieu. À mesure qu'ils avancent dans la connaissance de la religion , ils deviennent de plus en plus reconnaissants envers l'Auteur de tous les dons ; si le jour ne suffit pas pour le prier dans son temple, la nuit n'interrompt pas leurs pieux cantiques ni les saints élan: de leur amour,

» Voilà nos consolations, monsieur le curé ; les croix non plus ne nous ont pas manqué. Il est arrivé plusieurs fois, dans les commencements , que les naturels prenaient la fuite lorsque nous voulions les instruire ; leur esprit d’insubordination et d'indépendance, la pétulance de leur caractère irritable , ont souvent mis notre patience à l'épreuve. Ajoutez à cela les embarras que nous ont suscités deux ou trois cents naturels , l'écume de Wallis, qui en étaient sortis avant l'entière conversion de cette

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florissante chrétienté, et qui, par leurs discours pervers et leurs mauvais exemples , ont bien nui à la mission. Ces esprits brouillons ont

travaillé à entretenir la désunion qui de temps immémorial existait entre |

*.3 habitants da Tua et ceux de Sigave, et ils n'y ont que trop réussi. A notre arrivée, les vieillards des deux partis avaient élu pour roi l'excellent prince qui règne aujourd'hui ; mais comme il avait le malheur d'être du parti des vaincus ou de Sigave, les vainqueurs ne voulurent

bientôt plus avoir avec lui aucun rapport. Ils ne se constituaient pas,

à la vérité, en ennemis de la religion, mais ils nous auraient voulu soumettre en tout à leurs caprices. Ne pouvant en conscience souscrire aux conditions intolérables qu'ils nous imposaient, je fis enlever les objets dv culte que nous avions déposés chez eux, et je les fis porter dans la vallée de Tuatafa, dépendance du roi, où les néophytes de Tua pouvaient facilement se rendre pour assister aux saints offices.

» Ce transport des objets sacrés produisit un effet merveilleux : les mutins furent déconcertés et se regardèrent comme morts, suivant le langage du pays. Ils parlèrent bien de faire la guerre ; mais ii était trop tard, Sam était devenu redonta!,ie ; de son côté, le chef de Tuatafa , vieillard respectable , déclarait qu'il mourrait pour Dieu plutôt que de céder les objets du culte. Malgré les plus terribles menaces , les néophytes se détachaient du parti vainqueur ; le catéchiste de l’une des plus considérables vallées de Tua répondit à son père, qui voulait l'empêcher d'aller à la messe : « Je ne crains pas ceux qui voudraient me tuer ; je ne crains que Dieu seul. » Le chef de cette dernière vallée , qui jr:que-là s'était toujours opposé au succès de nos travaux parmi les siens, devint alors notre ami, et il dit à tous ses gens de le suivre à Tuatafa , ajoutant : « Les hommes sont trempeurs, mais Dieu ne trompe pas; il faut lui obéir plutôt qu'aux hommes. »

» Depuis cette époque, l'harmonie s’est peu à peu rétablie. Je profitai d’une occasion favorable pour réunir à la hâte les chefs de toutes les vallées, et cimenter la réconciliation des partis; je représentai aux opposants l'indignité de leur conduite à notre égard, et tous rejetèrent le tort sur le principal assassin du P. Chanel. Celui-ci me demanda pardon, et la paix fut faite. Maintenant le P. Roulleaux, mon confrère, qui élève une chapelle à l'endroit où le P. Chanel a versé son sang, vient de m'écrire que les gens de Tua travaillent avec ardeur à la construction de leur église, que les trois bourreaux de notre confrère rivalisent de zèle, et que le parti vainqueur est d’une grande docilité.

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