CHAPITRE v
Mission de Wallis (Île Ouvéa),
Extrait d'une lettre du P. £hevron, missionnaire de la Société de Mario.
« Ouvéa (Wall's), 4 avril 1844.
» Wallis, appelée Ouvéa par les naturels, est une tle plate, quelque peu montagneuse , et enviroiz£s de quelques tlots , dont deux seulement sont habités, C'est dans un de ces lots, bercoau de la religion , que je débarquai le 29 novembre dernier. De là, je Paisai dans la grande fle ,
où je fus reçu par les catéchumènes avec tout l'empressement et les témoignages de joie dont sont capables de nouveau: convertis,
» Je me trouvai alors au milieu de deux armées en bataille. On avait se au P. Bataillon, aussi bien qu'à moi, en nos yeux. C’est la manière dont les Polynésiens un grand chef des tles voisines, lorsqu'il vient leur rendre visite, Mais il y avait alors, et pour nous et pour eux, chose de bien touchant : ces deux armées, qui s'efforçaient à 1 fêter l'arrivée d'un missionnaire, étaient en d'un mois, dans le même li détruire notre religion qu'ils a presque à regret ses propriét bannière servait de drapeau au camp des
célèbrent l’arrivée d’
quelque ‘envi de
néophytes , s'était, disaient-ils, a crainte dans l’âme des agres- \etàla charité pour n'en faire
» €t qui dura pendant les trois jours que les deux partis restèrent en présence.
» ils firent entendre en notre eux-mêmes ; ils n’épargnèrent
pas la poudre que la charité leur rendait désormais inutile ; enfin ils déposèrent leurs armes au pied de la sainte bannière.
» Chacun vint alors me saluer; ils étaient au moins cinq cents hommes ; tous avaient eu soin , pour simuler ce combat plus au naturel, de se barbouiller la figure de noir et de rouge. Jugez de l'épaisse peinture que je devais avoir sur le nez. :
» Après la prière , le P. Bataillon leur adressa quelques remerciments. Une grande partie de la nuit fut consacrée au chant des cantiques , à la récitation du chapelet et à l'instruction mutuelle entre les naturels. Depuis ce temps, deux villages demeurés jusqu'alors dans les ténèbres sont devenus religieux (c'est le nom qu'on donne aux convertis) : on à bâti quatre églises bien smples, mais propres, je dirai même jolies pour le pays; on y fait, matin et soir, la prière en commun. A la fin du iour, quand l'ile est plus recueillie et plus silencieuse , on entend de tout côté chanter des cantiques, réciter le chapelet et le catéchisme.
« Ma seule peine est de ne pouvoir encore aider le P. Bataillon dans la visite des malades ; il est obligé de se multiplier pour faire les instructions publiques dans chacune des églises , situées au moins à deux lieues de distance les unes des autres. Je commence à comprendre et à parler la langue de ces îles ; elle est bien douce ; ses règles sont les mêmes dans tout l'archipel; quelques lettres de plus ou de moins, quelques mots changés , en font toute la différence.
» Les naturels récitent leurs prières avec un ensemble que ja n'ai jamais vu en France. Ici, ce concert se retrouve partout ; sur mille personnes auxquelles vous voyez faire le signe de la croix ensemble, vous n’en remarquez pas une qui blesse cet accord par un mouvement de main ou trop lent ou trop rapide. Ils apprennent facilement les airs des hymnes ou des cantiques , et les répètent avec une précision capable de
contenter un maître d'orchestre; leurs voix d'ailleurs ne seraient pas déplacées dans un concert musical de nos pays.
__ » …. Il me semble vous voir, en lisant cette lettre, chercher avec avidité quelques détails sur notre manière de vivre. N'allez pas trop vous apitoyer sur notre sort ; il est dificile, à qui n'en a pas fait l'expérience , de comprendre jusqu'où peut aller la facilité donnée à l'homme de s’habituer aux misères de la vie; ajontez-y une grâce particulière dont Dieu veut bien aider notre faiblesse, et vous ne vous étonnerez plus
qu'on puisse aussi bion dormir sur une claie de bambous, ou sur la
terre couverte d'une simple natte, avec un oreiller de bois, qu'en
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