CHAPITRE V
elle pas aux cieux ? » Cette pensée à ciel leur fait désirer la mort avec une ardeur incroyable, J'avais baptise un jeune malace que j'allai voir au bout de quelque temps ; il pleurait, je crus que ces larmes étaient arrachées par la doule wr : x Non, non, me dit-il, je pleure du désir d'aller au ciel. »
» L'esprit de foi qui avime nos Océaniens se réx 48 surtout lorsqu'un de leurs frères va mourir. Alors les parents ét les voisins se réunissent autour de lui pour prier. À peine a-t-il rende le dernier soupir que chacun répète : « Qu'il est heureux ! il a touché au port ; qu’il est digne d'envie ! » Aussitôt commence le chant des cantiques qu'on entreméle de prières et de l2 récitation du chupelet; ces pieux exercices ne se terminent qu'à l'instant où l'on quitte le cimetière. Avant de s'occuper des funérailles , on lave soigneusement le corps du défunt > On lui met un vara neuf (c'est le morceau d’étoffe en feuille d'arbres qui sert de vêtement aux insulaires) ; on le pare de ses ornements les plus précieux, comme aux jours de fête , et surtout 4e son chapelet et de sa médaille , véritable trésor pour un nécphyte. Ses cheveux, bien peignés, sont, ainsi que tout le corps, arrosés d’une huile ofriférante, En cet état, il demeure exposé au milieu de sa maison, sur une large pièce d'étoffe repliée plusieurs fois autour de son corps. Là, il reço:t la visite de ses parents de ses amis qui viennent s'associer aux chants et aux prières. I: es ensuite porté à l'église, enveloppé de la même âtoffe sur laquelle il était exposé ; puis les naturels l'accompagnent au cimetière en récitant à haute voix le chapelet.
» Les fidèles passent ordinairement la moitié de leurs nuits en prières, en instructions mutuelle. chant de cantiques et récitation du chapelet. Cette ardeur pour les exercices de piété est uniquement l’effet de la grâce. Nous avons même été obligés, par prudence, de nous opposer à une pratique bien capable d'étouner dans de pauvres Océaniens : plusiears d'entre eux, pour se préparer au baptème, se retiraient deux ou trois jours dans les bois, ne mangeant rién, ou tout au plus quelques fruits sauvages.
» Oui, la grâce a vraimeni opéré de grands prodiges dans cette fle : aux jours mauvais où la foi semblait presque s'éteindre , un néophyte, très-puissant à Wallis , accompagné d'un bon nombre de ses gens armés, se trouva face à face avec un grand chef infidèle qui à diverses reprises avait tenté de le faire périr. Nous étions nous-mêmes présents, bénissant Dieu de cette rencontre que nous savions bien devoir tourner à la gloire de la religion. Le chefinfidèle, assis à terre et la tête tristement baissée,
attendait le coup de hache qu'il savait n’avoir que trop bien mérité. Que fera le catéchumène? Il s’approrhe, va s'asseoir devant son ennemi : « Tu as cherché plusieurs fois à m'assassiner, lui dit-il, tu n’as pour moi que de la haine, mais sache que la religion dont tu es persécuteur m’ordonne de te pardonner; c’est à elle que tu dois la vie, » Puis il l'embrasse avec une éffusion qui arrache des larmes à l’ixfidèle. Quelques instants après, ce dernier se faisait inscrire, avec sa famille, au nombre des catéchumènes.
» Je voudrais pouvoir vous raconter tous les traits édifiants dont nous avons été les témoins ; mais le temps me presse, je suis obligé de partir pour ma paroisse , à trois lieues de notre établissement principal, afin d'y préparer les chrétiens à la première communion. Depuis que le baptême a été conféré, je suis :n plein exercice du saint ministère, et je vous assure que l'ouvrage ne manque pas; car avec des néophytes si avides d'instructions et en même temps d'une corscience si timorée, on passerait les jours et les nuits au confessionnal, si on voulait les croire. Que toutes les saintes âmes, qui par leurs prières ont obtenu la convers'>n de Wallis, veulent bien demander pour cette île la persévérance: nos fervents : néophytes seront un jonr leur couronne dans le ciel. Priez beaucoup, vous aussi, mes chers parents, afin que le bon Dieu donne l'accroissement à la bonne semence répandue parmi nos pauvres peuples, et que vous ayez aussi votre part à la récompense que Dieu prépere aux ouvriers de ë cette nouvelle vigne. Moïse, sur la montagne , les mains élevées vers le ciel, méritait la victoire, tandis que les Israélites étaient à combattre dans la plaine... »
Lettre du même missionnaire à sa famille.
a Tonga, 11 juillet 1842,
» Je suis vraiment pèlerin sur cette terre; depuis la date de ma précédente lettre , j'ai fait une longue traversée, et me voici à Tonga. Mais je n'ai pas tout dit sur nos bons néophytes de Wallis, et c'est avec plaisir que je reviens à leur éloge. J'étais allé, le 16 mai, préparer mes puroissiens de Saint-Pierre à leur première communion. Ce fut un bien beau jour que celui-là. Quelle foi dans ces pauvres insulaires! Depuis longtemps la messe d'action de grâces était finie, et aucun d'eux n’était encore sorti de la chapelle; ils étaient comme anéantis dans la pensée de
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