‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 15 sur 175 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

lui répliquai-je à desiein. Malte n'est qu'une fle : vous en avez sept. Les Maitais, avant cette année, n’avaient pas même laissé bâtir à leurs maîtres un temple orthodoxe. — Sans doute, me dit-il ; mais les Maltais ont pour eux la graude voix , c'est le Pape qui se fait entendre partout. — Et vous, lui dis-je , n’avez-vous pas celle de votre patriarche ? — Oui . mais qui l'écoute ? le plus petit fonctionnaire turc le ‘ait trembler. — S'il en est ainsi, lui dis-je, que vous reste-t-il à faire, si ce n’est de consommer ce que vous avez si bien coxnmencé au concile de Florence? — Nous le sentons, me répondit-il; mais qui pourrait le persuader à un clergé nourri d'ignorance et de préventions ? » De semblables paroles sont des espérances. Dieu a des desseins sur es malheureuses contrées de l'Orient, nous n'en pouvons douter ; tout ce qui se fait à cette heure solennelle nous en est an garant. Prions donc, atin que cette volonté miséricordieuse qui est au ciel s’accomplisse bientôt sur la terre.

« Ici l'œuvre du bien grandit d’une manière admirable et inatiendue. D'après les dispositions que j'ai prises et les promesses que vous m'avez faites cette année, j'en ai la confience, Constantinople verra des Filles de Saint-Vincent de Paul dans son sein. Cette capitale de l'islamisme, rougie du sang de tant de martyrs, l'effroi du nom chrétien , voit déjà se déployer toutes les pompes de la religion sainte qu’elle se croyait appelée à anéantir. Avec la foi de Jésus-Christ reparaissent aussi les œuvres qu'elle a enfantées pour le bonheur des peuples. Déjà tout est fait pour l'instruction des jeunes gens ; de vastes écoles leur sont ouvertes. Les Filles de la Charité vont venir apporter aux jeunes filles le même bienfait; une maison leur est préparée ; elles sont attendues avec impatience. Ce-n'est pas tout, sans aucune impulsion de ma part , un certain nomb:'e de négociants ont conçu la généreuse pensée d'organiser un bureau de charité : ils m'ont prié de me rendre au milieu d'eux , de présider leur assemblée et de prendre des mesures pour réaliser leur projet. Ne semble-t-il pas que déjà Constantinople cesse d'être la ville de Mahomet pour redevenir la ville chrètienne de Constantin et de saint Chrysostome? Quel avenir si nous en sommes dignes! »

Les enfants de Saint-Vincent de Paul à Constantinople et à Smyrne.

Fragments d'un mémoire adressé aux deux conseils de l'Œuvre de la Propagation de la foi, par M. Etienne, procureur génére. de Saint-Lazare,

« Malte, le 29 novembre 1840,

» Appelé par une circonstance toute providentielle à visiter les missions de notre congrégation établies dans le Levant, j'ai pu, dons ce voy?ge, étudier l'état actuel du catholicisme et ses espérances dans cette partie du monde vers laquelle se tournent en ce moment tous les regards de l'Europe. Je profite des loisirs auxquels me cond*mne la longue quarantaine de Malte, pour recueillir mes souvenirs et vous communiquer le précis de mes observations. Les détails que j'ai à vous donner intéressent d'autant plus votre œuvre qu'ils présentent le double tableau , et des résultats déjà obtenus à l'aide de son généreux concours , et des consolations que l'avenir lui promet en échange de nouveaux sacrifices.

» À mon avis, la question d'Orient qui occupe tous les esprits , qui absorbe l'activité des hommes d'Etat et fait craindre au sein de l'Ewrope une conflagration générale , ne peut être résolue que par le catholicisme. Voyez l'empire turc, ce colosse qui inspira tant d'effroi à nos pères ; il est ébranlé jusque dans ses fondements ; de toute part il s’affaisse sous son propre poids et menace d'une chute prochaine. Les immenses lambeaux qui s'en détachent, attestent assez que ce grand corps se dissout. Or cette dissolution , dans les desseins présumables de la Providence , a pour but de mettre fin au châtiment qui pèse depuis des siècles sur les nations orientales , de briser les chaines expiatrices qui les ont tenues si longtemps sous le joug de l'infidélité, et de leur rendre , avec la religion qui fit jadis leur gloire et leur bunheur , la vie sociale qu’elles ont perdue avec la foi. Aussi sont-ils dans une grande erreur ceux qui pensent qu'il leur est donné de fixer les destinées de ce peuple, de s'approprier ou de se partager à leur gré ses dépouilles. De même qu'ils étaient loin de prévoir , il y a quelques années , l'état où se trouve aujourd’hui la Turquie , ainsi sont-ils impuissants à déterminer de quel côté elle Ait tomber et à qui appartiendront

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