‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 146 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Philippe , mais sans aucune affectation et avec une admirable piété. Une fois quinze, une antre fois vingt-cinq ; vinrent me demander le saint sCapulaire. Je prépare une trentaine de condamnés militaires tout à fait

dignes d'intérêt. Ce n’est pas sur le front senl de Marié-Antoinette que

l'eau sainte a coulé depuis ma dernière lettre ; je regrette de ne pouvoir

m'exprimer autrement... Que serait-ce, si nous pouvions dire ce que Partout, au chevet des mourants, dans les villes mêmes et les campagnes, la mort nous a donné à recueillir?

» Le 5 juillet, pour célébrer l'anniversaire de la conquête , une luterie de charité fat tirée dans la cour de l'évêché , et produisit environ quatre mille francs, avec lesquels l'association des Dames de charité fonde en ce moment une maison de pauvres orphelines, dans un local gratuitement offert par l'administration des domaines. J'ai béni la chapelle des Sœurs de Saint-Joseph ; je me dispose à bénir encore une mosquée qui servait de magasin depuis quelques années, Les musulmaas aiment mieux voir leurs temples convertis en églises, que changés en magasins ou destinés à des emplois profanes. J'ai envoyé un prêtre à la Calle; avec des briques et des planches que lui envoie son charitable confrère de Bone, il essaie de rebâtir son église, dont les ruiues vont être relevées ; VOu* savez par qui en grande partie. A Delhy-Ibrahim, ure nouvelle église va être construite, en attendant qu'en puisse travailler à celle de Boufarick, où nous avons transformé notro espèce de chapelle en «mbulance. À Oran, il y a à peine une chapelle cuverta en partie et sans ornemen!s ni vases sacrés : nous allons y pourvoir. Nous voudrions, indépendamment de l'établissement nouveau des Sœurs pour les malades et les jeunes filles, y appeler des Frères.

» Touché de notre misère et des dispositions qui éclatent autour de nous, le gouvernement a augmenté mon traitement de trois milie francs , et m'a donné six prêtres de plus. L'Association de la Propagation de la foi fait le reste ; à elle nous devons les premiers fondements d'un petit séminaire; à elle la première église de Pülippeville, à qui je donne au:si un curé. En dix mois, quatorze cents habitants y sont accourus; c'est une étonnante chose à tous égards... Mais ma plume , qui se presse de plus en plus, qu: court pour ainsi dire au hasard, qui esi impatiente de tout répandre dans votre cœur et dans celui de vos bien-aimés associés , ma plume est prête à tomber de ma main trop fatiguée, et que je ne peux refuser à un ministère fort grave et fort touchant, pour lequel on la réclame avec des instances irrésistibles. J'espère pouvoir partir le 22 pour

Bougie, Gigelly, Philippeville, Bone, la Calle, Constantine. En trois semaines , je peux faire cette.course.

» Le 25, je célébrerai, non loin de son tombeau, la fête de saint Louis et l'anniversaire de la fondation de l'évêché d'Alger (l'ordonnance fut signée ce jour-là). Le 28 , je poserai et bénirai la première pierre du mocument que tous les évêques de France font élever par moi, leur indigne frère, à la mémoire fraternelle d’Augustin. Leurs admirables lettres seront enformées dans cette première pic..e; une plaque de w‘rbre gardera leurs noms bénis , et les transmettra à la postérité attendrie. Elevé sur le sépulcre de l'illustre pontife, construit avec les débris même de sa chère Hippone, ce monument réjouira les Arabes eux-mêmes, qui ont conservé une sorte de tradition fort singulière. En même temps, non sur de riches tapis ou de superbes parvis, mais sur le gazon et les ruines saintes , j'ordonnerai mon premier prêtre, le premier prêtre de l'Eglise d'Afrique ; je poserai ma première pierre vivante.

» À Constantine , à la casbah et sur les restes prodigieux d'un temple de Sérapis , j'ai trouvé une église chrétienne encore à moitié debout.

» Mille pardons , messieurs ; à chague instant je veux finir, et je me surprends recommençant cette intérminabie lettre, que je ne puis relire, que vous ne pourrez peut-être pas lire vous-mêmes.

» Pourtant il faut vous quitter. Nous remercions encore, unissant nos prières à nos actions de grâces et nos vœux à tous ceux des enfants de le foi dispersés par toute la terre , vous suppliant d'avoir de plus en plus pitié de nous et de croire à notre profonde vénération, à notre tendre et fraternelle affection, à tout ce que nous inspire pour vous le cœur de Celui en qui nous vous donnons le baiser de paix. »

La cérémonie annoncée par Mgr Dupuch a eu lieu le 28 août à Bone. Voici, d’après une autre lettre du respectable prélat, le récit de cette solennité, qui donnera sans doute une belle page de plus aux annales nouvelles de l'Eglise d'Afrique.

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