CHAPITRE VI
IT
Bénédiction du monument de saint Augustin à Hippone (28 août 1839)
Extrait d'une lettre de Mgr Dupuch, évêque d'Alger, à MM. les mernbrés dû conseil central de Lyon.
« Alger, 12 octobre 1839.
» Parti le 23 d’Alger sur le Cocyte, avec un de mes premiers compagnons de France, d'Italie et d'Afrique, j'eus la consolation de revoir , le 24 au matin, et durant quelques instants, notre intéressante petite chrétienté de Bougie, un peu moins dépourvue déji d'ornements et de vases sacrés, et tout aitendrie des promesses que vous nous aviez donné le droit de Jui fair:. fa première lettre, insérée dans vos Annales , y avoit produit un effet extraordinaire, et mes promesses étaient comprises de tous les cœurs. Au nom de tous, l'excellent colonel Bedeau m'en remerciait avec effusion, et recevait en retour les plus tendres, les plus
vives protestations que puisse faire un évêque à ceux dont Dieu lui a donné les âmes, un évêque qui, suivant la gracieuse expression de l'illustre cardinal de Cheverus, doit être tout à la fois père, mère , bien plus, Jésus-Christ lui-même! Dans mes courses, j'aime à me revêtir d'an des plus précieux ornements de cet admirable évêque, qui fut si bien pour moi père et mère ! HIDE
» Quelques heures plus tard, dans la suit du 24 au 25, nous étions 1 Je à Gigelly, l'ancienne colonie romaine (colonia lgilgilis), dont l'épée de nos soldats avait à peine pris possession, qu'il me tardait déjà d'y planter, à côté de leur drapeau, l'étendard sacré de la Croix ; si longtemps ii en avait ombragé les antiques remparts, et depuis tant de siècles il en avait été proscrit !
» Vers les premiers feux du jour, et par une des plus magiques matinées de notre Afrique, je me préparais à descendre sur cette rive encore inconnue , où je comptais célébrer les saints mystères sur des ruines romaines qui semblent toujours ls défendre, sous le feuillage épais de quelques-uns des oliviers qui apparaissent çà et là, comme de
verts bouquets, sur de riches collines dépourvues de leurs moissons , quand on vint m'avertir que tout était prêt... Je fus étrangement surpris ; le bruit de notre arrivée s'était aussitôt répandu ; durant la nuit, les soldats du génie avaient construit à la hâte un autel guerrier; toute la garnison était sous les armes , le général de Dampierre (inspecteur de cette division ) à leur tête , les indigènes à l'entour. D'abord au chant des oiseaux , bientôt au bruit du canon, j'offris, avec un attendrissement inexprimable , le divin sacrifice du salut du monde, C'était le jour anniversaire de la mort de saint Louis sur cette même côte d'Afrique ; à pareil jour , il ÿ a un an, et au berceau de son petit-fils , le roi signait l'ordonnance qui nommait le premier évêque d'Alger.
» Nous priâmes pour la France , pour l'Eglise catholique , pour vous, bien-aimés et charitables bienfaiteurs.
v Immédiatement après la messe , et toujours accompagné du général, “je visitai toutes les ambulances , hélas ! encore fort multipliées , où nous
répandimes avec bonheur quelques-unes de ces consolations célestes qui accompagnent partout et toujours les pas de la religion.
» Peu d'instants après, nous levions l'ancre , et glissions de nouveau le long de ia délicieuse baie de Gigelly, sur cette mer devenue presque notre élément. Le 26, je revoyais Stora, Philippeville, où se pressent les prodiges. Il y a un an, le maréchal Vallée poussait son cheval au milieu des ruines entassées de Russicada ; aujourd'hui quiaze cents coions y sont établis. J'y ai envoyé un prêtre et ai loué une espèce de magasin en bois, avec un réduit en planches qui sert de presbytère, le tout pour la somme énorme de cent trente francs par mois. Trois jours après , j'y devais tracer, sous de vieu” figniers, presque en face de l’ancien théâtre, dont les arcades sont encore bebout, le plan d’une église qui me coûtera de sept à huit mille francs, et qu'on s’est engagé à construire dan trois mois. Plus tard, le gouvernement y fera élever un monument ji. convenable , et alors ma pauvre église deviendra une école ou une maison de Sœurs; je dis ma pauvre église, je devrais plutôt dire la vôtre.
» Enfin, le 27 au matin (suivant les probabilités ordinaires, j'aurais déjà dû être reparti, mais la Providence nous conduisait), nous saluâmes Bone et ses rochers pittoresques et son gracieux trésor, Hippone et ses ruines sur les flancs d’une colline dont il est impossible de retracer les charmes. J'ai écrit À la h£ie, hélast comme toujours, une description fort détaillée et d'une parfaite exactitude du voyage de Bone à Hippone,