‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 148 sur 175 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

da poat romain de la Bonjuna , des ruines saintes elles-mêmes ; si elle

peut étre agréable à vos pieux lecteurs , je la joindrai au croquis du

monument de saint Augustin , et à la précieuse mosaïque que j'envoie au tombeau de saint Exnpère. |

» Au moment où nous jetions l'ancre joyeusement , un vaisseau arrivait de Malte , chargé d’une multitude de pèlerins musulmans qui venaient de la Mecque , et dont les burnous éclatants de blancheur couvraient au loin les barques légères qui voguaient autour de la nôtre sur les flots paisibles. Ils me reconnurent, et aussitôt me firent demander la permission de venir m'offrir leurs hommages et leurs vœux.

» Les habitants de Bone nous réservaient leur accueil ordinaire ‘ celui d’une véritable famille. Aussi bien c'était le lendemain la fête de saint Augustin, nous en venions célébrer les premières joies avec eux ; nous devions bénir, poser la première pierre d’un monument bien touchant, celui que tous les évêques de France, réunis à leur nouveau frère d'Afrique, élèvent en ca moment même , en 1839, à la mémoire de l'illustre évêque d'Hippone. La confusion me saisit quand il me vient sous la plume un nom que je n'ose pas même prononcer dans un épanchement d'amitié; pourquoi ne Suis-je point son vrai, son véritable successeur ? À mon Dieu ! ayez pitié de moi !

» Il fallait déjà nous arracher à leurs premiers embrassements et gravir la colline d'Hippone ; nous devions repartir le 28, à huit heures précises ; cent malades, que nous devions embarquer à Philippeville , nous attendaient ! Et rien n'était prêt parmi les ruines étonnées de notre empressement, de nos cris, de nos larmes de joie, du cliquetis des pioches. Et le lendemain ! oh! quel jour, messieurs! car Dieu y était. Au lieu de repartir à huit heures du matin , nous pûmes rester jusqu'au soir; nos frères , nos enfants l'avaient obtenu par leurs ferventes prières , au moment de la bénédiction préparatoire , le soir, après les premières vêpres.

» Je croyais que , seul avec deux ou trois pauvres prêtres et quelques ouvriers , je ferais humblement cet acie prodigieux ; mais non : dès cinq heures du matin, vous eussiez rencontré , le long de la grève, sur le vieux pont romain, dans les mille sentiers de myrtes, de jujubiers et d'oliviers qui parcourent en tous sens les immenses ruines, une foule de pèlerins empressés, en habits de fête , le bonheur peint surle visage,

À leur tête marchaient les troupes d'élite avec leur musique guerrière ; puis , le général, l'excellent général Guingret avec son état-major , le

ange mur,

sous-directeur de l’intérieur, le maire de Bone, le procureur du roi, le président du tribunal, le commandant supérieur du port, les principaux officiers de marine , la cavalerie, etc., etc, À six heures précises, j'arrivais, entièrement ému; un autel était déjà dressé au-dessus des magnifiques citernes de l'hôpital de Saint-Augustin, dans la plus admirable position , et sur le terrain même où va s'élever le monument filial et fraternel, Comme par ‘enchantement les broussailles avaient disparu , des fleurs avaient été cueillies. Au milieu de cet appareil si extraordinaire à cette heure, en ces lieux, de pauvres Sœurs de Charité achevaient de parer l'autel sur lequei je célébrai immédiatement , en habits pontificaux et avec la pompe la plus solennelle, le sacrifice qu'Augustin, à cette même place , ÿ avait, il ya quatorze cent onze ans, célébré pour la dernière fois. Et depuis ces quatorze siècles que s'était-il passé !

» C'étaient la même colline, la même mer, les mêmes échos. Ce jour, ce même jour, on entendait là-bas, au delà du pont, les cris des barbares , les gémissements , les sanglots du pecple d’Augustin; aujourd'hui des fanfares guerrières, le hennissement des chevaux des chrétiens vainqueurs, les acclamations d'un peuple nouveau. Et pendant cette messe , à laquelle s’unissaient tous ‘les évêques , mes frères de France, quelles prières! Les Sœurs y communièrent;. les Arabes eux-mômes, accourus, étaient agenouillés et priaient. J'essayai de parler ; ma mitre étincelait des feux déjà ardents du soleil qui montait à l'horizon , aadessus des flots ; j'appuyai mon bâton pastoral sur le gazon, sur des pierres où peut-être... Ne me demandez pas ce que j'éprouvai, ce que je dis, ce qui nous transportait tous , quels vœux nous formâmes , quels serments nous renouvelâmes , je ne pourrais pas vou. le dire, oh! non, mille fois |

» Puis, aux accords d’une musique triomphale, je descendis quelques pas, toujours revêtu de mes plus riches ornements; et, accompagné de ce cortège étrange , je bénis la première pierre, déjà façonnée il y a peutêtre deux mille ans et plus ; je la scellai ; après moi mes heureux prêtres, le général, le sous-directeur , le maire l'affermirent avec transport sur sa base sanctifiée.

» Je bénis solennellement cette multitude qui était tombée à genoux, et Bone et l'Afrique et la France ; et une dernière fois les trompettes et les clairons saluèrent cette matinée, aurore de tant de saints et beaux jours ; car vraiment le doigt de Dieu était là.

» Le reste du jour nous le passâmes eu prières, en actions de grâces,

Sui

Page 1