CHAPITRE VI
pieds de Votre Sainteté , apportant leurs bénédictions et leurs vœux unis aux nôtres. Durant l'octave des ‘saints apôtres Pierre et Paul, nous ferons des prières solennelles pour vous , très-saint Père , pour cette Association marquée du sceau de Dieu, et bien particulièrement pour les églises de l'Orient, du Tong-King et de la Cochinchine » recommandées à tous par Votre Sainteté, encore plus à ceux qui, comme nous, voient de plus près certains combats de la foi.
» Daignez, très-saint Père, lire avec votre bienveillance de père et de frère aîné, selon vos douces paroles qui résonnent encore à mon cœur de jeune fils et de jeune frère » cette lettre, fidèle mais trop incomplet tableau de la situation de mon église; peut-être, dans six mois, eten allant au tombeau de saint Augustin, pourrai-je de nouveau visiter aussi le seuil des Apôtres, et, selon le serment de mon sacre, rendre compte avec plus de détails à votre paternité du commencement de mon administration. Oh! quel bonheur ! avant le ciel se serait le plus vrai.
» En attendant, j'accomplis ma promesse sacrée en faisant connaître de la sorte mon naissant épiscopat. Votre Sainteté l'a permis. Avec quelle simplicité je profite de la permission, écrivant tellement à la hâte que mon écriture sera presque impossible à lire. Hélas! je ne peux ni recommencer ni donne. ma letire à de tardifs copistes.
» Daignez, très-saint Père, agréer l'hommage d'une belle mosaïque trouvée par nous dans les ruines vénérables d'Hippone, et qui, par les soins du consul Peloso, sera bientôt acheminée vers Civita-Vecchia.. C'est un faible mais bien cordial tribut de piété filiale.
» Avec cet hommage, daignez aussi, très-saint et bienheureux Père, recevoir celui de la vénération la plus profonde, da la plus profonde affection, de l’obéissance sans mesure, du plus pauvre, du plus indigne de vos serviteurs et de vos frères. »
Descrip'ion de Cherchell, l’ancienne Julia-Cæsarea.
Extrait d'une lettre de M. Suchet, vicaire général d'Alger, à M. Samatan.
Alger, 8 février 1842,
» Yous souhaitez que je vous parle de Cherchell, l'ancienne Julin- Cœsarea , autrefois capitale de la Mauritanie. Pour répondre à vos désirs , je vais vous communiquer simplement les observations que j'ai faites à la hâte au milieu de ses ruines.
» Le 4 mai, Mgr Dupuch m'envoya installer un curé à Cherchell: Depuis environ un an que cette place est au pouvoir des Français, plus de cinq cents colons étaient allés se fixer dans son enceinte, sous la protection d'une garnison assez considérable, et formaient avec l'hôpital militaire une réunion trop importante et trop exposée aux dangers de toute espèce, pour être privée plus longtemps de la présence d'un pasteur. C'est ainsi que les paroisses s'organisent jusqu'à présent en Algérie : c'est d’abord un camp; puis, à la suite de l'armée, des industriels ambulants qui dressent leur échoppe à côté de la tente du soldat ; plus tard, arrivent quelques colons , artisans ou cultivateurs, qui se font
vivre de leurs mutuels produits quand ils ne se ruinent pas les uns les
autres.
» J'étais parti le 4, à six heures du soir, sur le bâtiment à vapeur
l'Euphrate. Le lendemain, à la pointe du jour, nous étions vis-à-vis le tombear de la Chrétienne. Nous croisâmes le Chénouan , haute montagne dont le pied est baigné par les flots ; plus loin, nous aperçûmes, dans la profondeur d'un vallon, un reste d'aqueduc romain, et le 6, au matin, nous débarquâmes à Cherchell.
» Notre premier soin fut de chercher une église et un presbytère parmi les ancierres mosquées et les maisons désertes. Tous les édifices de quelque importance avaient été pris pour le service de l'armée, et il fallut nous contenter d’une petite djema (mosquée) qui tombait en ruines. Une vieille masure, qui se trouvait tout près de la, fut désignée pour loger un confrère. On mit sur-le-champ la main à l'œuvre pour faire les
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CHAPITRE VI restaurations les plus indispensables, Ce jour là étions à déjeuner chez le commandant supéri le canon ; quelques instants après, on vint Montraient en grand nombre sur les mamelo fait une pointe contre nos blockhaus , Vous pouvez vous souvenir qu'à cett blables eurent lieu sur
» Je suis resté huit plus remarquable.
» Son site, au bord de la me
-laôme, comme nous sur, nous entendtmes tirer nous dire que les Arabes se ns voisins, et qu'ils avaient à une portée de canon de la ville, e époque des démonstrations semplusieurs points à la fois,
jours à Cherchell, et voici ce que j'y ai vu de
r, est un des plus beaux que j'aie rencontrés en Algérie. A la distance d'une demi-liene, des collines peu
élevées et d'une pente assez douce forment autour d'elle un gracieux hémicycle. Sur ses riants Coteaux, se déploie la plus riche Végétation ; çà etlà, au milieu des bois d'amandiers, on distingue les restes d'anciennes villa et les modernes blockhaus élevés par nos Français; par derrière set à quatre ou cinq lieues plus loin, s'étend un rideau do hautes montagnes qui bornerait tout à fait l'horizon, si, vers le sud-est, un large vailon ne laissait voir la vaste plaine de la Mitidja se déroulant jusqu'à la chaîne de l'Atlas : on aperçoit même Blida assise ac loin sur l'un de ses versants, » Sur le vaste emplacement que Julia-Csarea couvrait jadis de ses édifices, Cherchell ne compte aujourd'hui que cinq à six cents maisons ; très-basses, construites en terre, et pour la plupart abandonnées. Chaque habitation a sa terrasse Pour couronnement, ses galeries intérieures , sa cour ombragée par une treille ou Par un figuier, avec une citerne et un petit jardin clos de murs, Les rues sont assez larges et bien percées ;
l'eau, qui est abondante > 8€ distribue au moyen de fontaines placées avec intelligence partout où il en est besoin,
» Il paraît que Cherchell, industrielle ; chaque état y av toute une rue; à droite,
avant notre occupation, était une ville tout ait son quartier ; celui des forgerons tenait
en entrant dans la ville du côté du port, on remarque encore leurs fourneaux et leurs ateliers déserts ; celui des
cordonniers formait, sur un autre point, une espèce de halle circulaire, La plupart des maisons tombent en ruines ; nos troupes se sont logées dans les meilleures ; Pour les autres, on les abandonne à de pauvres colons, Il ne reste pas dans la ville un seul de ses anciens habitants.
» Des quatre mosquées principales , on a fait des Magasins militaires. La plus remarquable de toutes, celle que les indigènes apnelaient la grande mosquée, parce qu'elle est sans contredit la plus vaste de la
province, a été convertie en hôpital. Quatre-vingt-dix neuf colonnes de granit ornent son enceinte. Ce nombre est mystérieux chez les Arabes; c'est aussi celui des grains de chapelet sur chacun desquels ils répètent presque continuellement une des perfections de Dieu. foutes ces colonnes sont recouvertes de plâtre, selon l'usage des naturels qui ne connaissent rien de plus beau comme décoration que le badigeonnage en blanc; elles appartenaient sans doute à quelque temple païen, ou peut-être à quelque église catholique de Julia-Cæsarea.
» Dans la première cour intérieure de ce monument, j'ai remarqué quatre orangers d'une grosseur et d’une élévation surprenantes; ils ombragent une vaste coupe en marbre blanc, du milieu de laquelle s'élance un superbe jet d'eau. C'était là que se faisaient les ablutions légales avant d'entrer dans la mosquée.
» Ici tout rappelle par des décombres le souvenir d'une grandeur éclipsée ; à chaque pas, on rencontre ou des monuments en ruines, ou des pierres tumulaires sur lesquelles on reconnaît encore la trace d'inscriptions presque effacées par le temps. À travers ces débris, un sarcophage surtout m'a frappé, parce qu'il m'a paru chrétien. Deux palmes enveloppent une épitaphe à demi détraite, puis un Bon-Pasteur abritant sous les rameaux de deux oliviers des brebis qui le regardent, tels sont les symboles gravés sur ce tombeau ; ils sembleraient indiquer qu'an martyr ou un pontife y fut jadis inhumé. Comme on a creusé de larges fossés autour des blockhaus, beaucoup de tombes antiques ont été mises à découvert, en sorte que nous avons pu voir comment on plaçait autrefois les morts dans leur dernier asile, et quels mystérieux objets on y renfermait avec eux. Le chambre sépulcrale, terminée en cône à son sommet, est toute garnie de fortes briques de trente à quarante centimètres carrés. Autour du squelette, presque toujours couché sur le côté, sont dépôsés différents ustensiles d'argile ou de verre , dont la valeur était sans doute proportionnée à la condition du défunt; ce sont des assiettes, des urnes, des lampes funéraires, de petits flacons ou instruments lacrymatoires , des morceaux de bois à demi brûlés, des charbons et des cendres.
» .… Espérons que la terre d'Afrique, illustrée par les travaux de tant de saints docteurs, arrosée du sang des plus généreux martyrs, ne restera pas toujours stérile, et que des rejetons nombreux couronneront encore de leur vert feuillage ce tronc antique qu'on croyait à jamais desséché! » 5
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