CHAPITRE VI
Visite pastorale dans le diocèse d'Alger.
Extrait d'une lettre de Mgr Dupuch, évêque d'Alger,
à MM. les membres du Conseil central de Lyon.
« 14 septembre 1848.
» J'achève par une belle, par une magnifique cérémonie, la plus
complète visite pastorale de mon diocèse que j'aie encore pu faire; je bénis, ce matin même, les fondations du nouveau monastère de Notre- Dane de Staouéli, C'est en présence du maréchal et des principales autorités de la colonie, avec un nombreux clergé et Quatorze religieux,
que je pose la première pierre de l'église, sur le champ même où se
livra la bataille ds Staouéli, qui décida en grande partie de la prise d'Alger.
» Cette première pierre, façonnée il y a de longs siècles par le ciseau des vainqueurs du monde (ils se sont évanonis dans leur gloire !), nous ja POsOns sur un lit de boulets ramassés dans l’enceinte de Ja nouvelle Trappe.
» Mais ce serait trop de détails à vous donner; les moments se pressent, et aussitôt après la cérémonie, je vais bénir à une lieue de là le nouveau village de Saint-Ferdinand, terminer bientôt ma visite par la bénédiction de la cloche de Saint-Siméon-Saint-Jude de Coléa, et par l'exploration des ruines de Tipasa; ce sont certainement les plus intéressantes de l’Algérie,
» Cependant, j'avais fait une espèce de journal quotidien de cette
même visite, commencée le 20 avril dernier et à peine finie. Il est plein de ces détails que je n'ose vous donner. Ce serait demander une trop grande place dans vos précieuses Annales ; si toutefois vous le désirez : je me hasarderais 4 le faire copier et à vous l'adresser. En attendant, je
i ombrage la tente des Pères
» J'ai quitté Alger le 20 avril. Après une traversée assez oragease , j'ai touché à Bone, ou j'ai commencé d'intéressantes fouilles dans les ruines de l'ancienne basilique de saint Augustin. Le 28, j'arrivais par terre à la Calle, où je n'étais point encore allé; j'y consacrai une église sous l’invocation de saint Cyprien, dans l'endroit le plus rapproché du lieu de son glorieux martyre; je faisais une ordination le jour de saint Jacques et de saint Marien de Constantine, dont j'ai retrouvé les osse-
ments sacrés ; j'installais définitivement un curé, ancien officier de l'artil-
lerie de marine; je confirmais , donnais la communion à un grand nombre de corailleurs, bénissais du milieu de la mer la pêche aventureuse du corail, etc.
» Le 4°" mai, j'étais de retour à Bone, après avoir reçu, sur les deux routes différentes que j'avais parcourues en allant et en revenant , la plus touchante, la plus cordiale hospitalité, sous la tente des tribus pacifiques de cette belle province. Combien de fois répétions-nous qu'en Europe on ne pourrait croire tout ce dont nous avons été témoins à cet égard!
» Durant les huit jours qui suivirent, je ne cessai de considérer avec la reconnaissance la plus profonde les merveilleux effets du retour des reliques de saint Augustin. Sur quatre mille habitants chrétiens , les plus petits enfants compris, plus de mille avaient communié dans le temps pascal. Le 4, jour de sainte Monique, et sous ses maternels auspices , j'établissais une société de charité qui, ce jour même, ne comptait pas moins de cent vingt-trois dames. Je bénissais l'humble hôpital civil, le berceau de l'œuvre des orphelines des provinces de l'Est, le catéchisme de persévérance, les écoles et le pensionnat si florissant des Sœurs de la Doctrine chrétienne. Enfin, je faisais faire la première communion à un grand nombre d'heureux enfants , j'organisais la souscription unanime des fidèles habitants de Bone, qui doit leur donner, après une longue et stérile attente, une église moins indigne de la sœur, de l'héritière d'Hippone. En cinq jours, et en fouillant les entrailles de celle-ci, j'ai trouvé beaucoup de marbres précieux, des corniches admirablement conservées, des chapiteaux, etc.
» Mais avant de quitter Bone de nouveau et pour de longs jours , je visitais pour la seconde fois depuis quatre ans , et avec le plus vifintérêt, les ruines de Ghelma , celles de Villa-Victoriana , et de l’ancienne Tibilis , ainsi nommée des eaux tibilitaines qui en descendent, d'Announah, d'Amman Mas-Koulin (les bains enchantés); et à Villa-Serviliana, à Ghelma, à Announah, je retrouvais trois églises chrétiennes encore
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