CHAPITRE VI
debout. Je priais sur les tombes qu'elles renferment ou qui les entourent ; sur les débris de leurs voûtes renversées » dans la profondeur de leurs cryptes, au pied de la croix encore incrustée sur la façade,
» À Ghelma, j'étais accueilli avec transport par la garnison et la population civile qui me rendait, dans nne des salles du bel hôpital militaire que le génie vient d'y construire, une visite filiale et amie. Quelques heures avant, et dans cette même salle convertie en chapelle, j'avais offert le saint sacrifice en l'honneur de Possidius, le dernier évêque de Calame, l'ami, l'historien et auparavant le disciple fidèle d'Augustin. Tonte la garnison ÿ assistait autant que pouvait le permettre ce vaste local. J'y donnai la communion, j'y baptisai quatre enfants. Depuis combien de siècles cet auguste sacrifice n'y avait pas été célébré! c'était la première fois que Possidius y était invoqué par un de ses successeurs , par son premier successeur! J'ai demandé et j'obtiendrai de restaurer la vieille église. Un de mes prêtres desservira Ghelma et Sétif alternativement; il ÿ a pourtant soixante-deux lieues de l’une à l'autre, et par un vrai désert, À Sétif, nous avons une chapelle militaire nouvellement construite , grâce aux instances d'un pieux général. À Ghelma encore, on venait de trouver une croix en bronze, assez grande et d'une conservation parfaite.
» À la Calle, j'ai trouvé cent habitants sédentaires et près de deux mille corailleurs, dont trois cents seulement y séjournent durant l'hiver. L'église est l'ancienne chapelle de la compagnie française; nous la pourvoyons d'ornements complets. A côté sera l'école, et plus loin l'hôpital destiné à recevoir quinze Frères de Saint-Jean-de-Dieu ; On en allait creuser les fondations. ;
» À Bone, les Sœurs ont une chapelle nouvelle, Une aumônerie titulaire pour l'hôpital militaire nous a été accordée, ainsi que pour la légion étrangère. Il ÿ a donc cinq prêtres attachés à cette intéressante chrétienté.
» Revenu d'Announah , qui est au bas du Raz-el-Akba, si célèbre dans nos guerres de Constantine par ses bivouacs glacés, jusqu'à Bone qui en est éloignée de vingt-cinq lieues environ , je ne tardai pas à reprendre la mer et à regagner, par Philippeville et les camps intermédiaires , le cœur de la province de Constantine proprement dite.
» Je 1 trouvai se rapprochant de plus en plus de nous, de plus en plus se préparant à un immense dessein de la providence de Dieu! J'étais accompagné d'Hassounah , mon bien-aimé fils et interprète ; il y réparaissait pour la première fois depuis son éclatante conversion , et y recevait
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l'accueil le plus inattendu , étant fêté de tous, même des chefs religieux. J'y embrassai avec bonheur Salah, son frère et son émule; je bénis en pasteur et en père les familles principales, donnai la confirmation , fis faire ‘a première communion ; les Sœurs y font, comme partout du reste, un bien prodigieux. L'hôpital civil de Constantine (hôpital Saint-Grégoire), fondé par les indigènes et meublé par le Pape, prospère de plus en plus. « Ah! pourquoi, quand un musulman est mort, ne pries-tu pas comme
tu le fais après la mort des chrétiens ? » disait à uue des Sœurs, au moment .
de mon passage, un de ceux qu'elles y avaient recueillis.
» Il y a trois ecclésiastiques dans cette intéressante capitale de l'Est ; un Frère coadjuteur y fait l’école aux petits garçons chrétiens , arabes ou juifs ; l'église est belle ; l'hôpital, monument digne des anciens vainqueurs de Cirta, a une chapelle. Les prêtres en ont une dans leur modeste résidence. La maison des Sœurs , leur pensionnat , leurs écoles, leur infirmerie et l'hôpital civil touchent à l'église, ancienne mosquée du palais des beys ; la croix domine le minaret, la ville entière et les profondes vallées qui l'enceignent. Le général-gouverneur, dont j'avais, six semaines auparavant, visité le camp devant Collo , ayant bien voulu être parrain de la cloche , je la baptisai parmi leë flots d'Arabes émerveillés, Le scheik El-Arab (Sorpent du désert) n'avait pas dédaigné, pour mieux jouir de ce spectacle si nouveau pour lui, de grimper sur les épauies d'un de ses spahis.
» Le nombre des communions pascales avait été aussi fort considérable dans les rangs de l'armée surtout. La population chrétienne ne dépasse pas un millier d'âmes. Vous savez que plus de cinq cents enfants arabes y ont été baptisés in extremis, et comment j'ai fait conserver, avec son inscription mémorable (de l'an 259), le roc du haut duquel tombèrent dans le Rummel , il y a près de seize cents ans , les têtes dés bienheureux martyrs. J'ai été assez heureux pour retrouver leurs ossements. Le serai-je assez pour conserver le sanctuaire de l’église antique de Constantine, qui est encore debout à côté de l'hôpital! il y a trois ans que le reste a été démoli.
» À Philippeville m’attendait avec anxiété un bon peuple, fort préoccupé de son avenir. L'église, ou mieux le magasin en bois qui en tient encore lieu, la belle chapelle du grand hôpital militaire du fort de France , l'humble sanctuaire des Sœurs de la Doctrine chrétienne, que j'inaugurai pareillement, furent tour à tour témoins des plus intéressantes cérémor:.s. Un grand nombre d'enfants firent leur première communion ; beaucoup
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