‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 18 sur 175 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

sant les pères et les enfants » @L souvent rentrant le soir dans sa communauté sans avoir pensé à prendre quelque nourriture, ou mangeant le morceau de pain sec qu’il avait emporté par précaution. Souvent encore y surpris par la nuit loin de sa demeure , il prend un peu de repos dans une misérable chaumière, y célèbre la sainte messe avañt de repartir, continue avec courage la course de la veille, et revient enfin auprès de ses confrères aussi plein de joie que riche de mér:'es. Ainsi s'écoulent pour lui tous les jours , excepté le vendredi et le samedi, qu'il passe à entendre dans l'église les confessions des enfants de nos écoles et des fidèles de la ville. Ce beau mais laborieux ministère n'est jamais interrompu ni par les rigueurs des saisons ni par les ravages de la peste...

» À Smyrne, comme à Constantinople , je n'ai eu qu'à rendre grâces à Dieu du bien qu'opère la mission. J'avoue qu'en prêchant, le jour de la Toussaint, dans la belle église dédiée au sacré Cœur de Jésus, au milieu des cinq cer!: enfants qui fréquentent nos écoles, et en présence d’une foule de pieux fidèles, j'avais peine à me persuader que j'étais en Turquie. Volontiers j'aurais cru me retrouver dans quelque fervente cité de l'Europe. Deux jours après, je célébrais au milieu du même concours un seryice solennel pour le repos des membres décédés de la Propagation de la foi. Combien j'étais heureux d'acquitter cette dette de reconnaissance sur une lerre étrangère, où l’on rencontre à chaque pas des monuments précieux de la bienfaisance et du zèle de cette œuvre si éminemment catholique t

» Ce n'est pas seulement par les soins que nos Sœurs donnent à la jeunesse qu'elles ont su rendre leurs établissements chers à ces contrées etutiles à la religion ; un autre avantage, dont il faut tenir compte à leur dévouement , est de faire briller sur cette terre infidèle et au sein des Peuples hérétiques les inimitables œuvres de la charité chrétienne, Il est aisé de reconnattre, en visitant le Levant, que, pour frapper l'esprit des Orientaux et les incliner vers la foi , Ce n'est pas assez du zèle apostolique, des vertus et des prédications , il faut des œuvres. Les Turcs ne discutent point, mais ils voient. Sourds à un raisonnement, ils sont sensibles à un

bienfait ; la reconnaissance est la voie la plus sûre pour les conduire à la vérité. Cette observation , fondée sur leur caractère bien connu , vient encore d’être justifiée par l'expérience. Vous le savez, chez les Turcs un chrétien est un être méprisé à qui ils n'accordent jamais l'entrée de leur Maison ; une chrétienne même n'est jamais admise dans l'intérieur d'une famille. Eh bien , à Smyrne, où nous avons établi pour les malades un

service de secours à domicile, la Sœur de Charité est tout' autrement traitée. Non-seulement les portes s'ouvrent devant elle, mais encore sa visite , désirée , sollicitée même, est regardée comme une marque d'honneur à laquelle on attache le plus grand prix , dont on conserve un religieux souvenir. On regarde comme du plus heureux augure les innocentes Caresses qu'elle fait aux enfants ; c’est à qui pourra les lui présenter comme pour les bénir. Pourquoi cette touchante exception en sa faveur? Ah! c'est que la charité l’inspire et que les bienfaits l’accompagnent. Le ma-

hométan voit quelque chose de surnaturel dans une fille qui a traversé

les mers et tout sacrifié pour venir panser ses plaies et soulager ses douleurs. Il est même arrivé à quelques-uns de demander ingénument à ces religieuses « si elles étaient ainsi descendues du ciel ? » La cour de leur maison se remplit chaque jour de malades turcs qui viennent les consulter. Quel est l'étonnement de ces infidèles lorsque , offrant aux Sœurs le prix des remèdes qu'elles préparent, ils les entendent répondre « qu'elles ne veulent ni ne peuvent rien recevoir ! » Ils restent comme stupéfaits en présence d’un dévouement si pur, de sentiments si désintéressés. J'ai eu la consolation de contempler de mes propres yeux ce touchant spectacle , et j'en conserverai le souvenir toute ma vie. A la vue des témoignages de reconnaissance et de vénération que les Turcs prodiguaient à leurs bienfaitrices, je me disais en moi-même : N'a-i-on pas tout lieu d'espérer que bientôt les disciples du Coran remonteront à la source de cette générosité qui les étonne , qu’ils reconnattront enfin la bonté de l'arbre à la douceur de ses fruits, et qu'alors ils seront bien près du royaume des cieux ?... »

Voyage à Nazareth.

Fragment d'une lettre de M. Pousson, missionnaire lazariste à Damas, à M. Etienne, procureur général de ladite congrégation.

« Damas, le 25 juillet 4831.

» … À l’orient du lac de Génézareth, l'œil contemple avec une espèce d'effroi les montagnes sauvages de l'Arabie, qui paraissent de loin un mur perpendiculaire. À son occident, il s'arrête avec complaisance sur

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