‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 23 sur 175 · CHAPITRE V M · texte numérisé non relu

CHAPITRE V M

le Christ est né de la Vierge Marie. » C'est là » en effet, que Marie a mis au monde et enveloppé de pauvres langes son divin Fils... Nous saluâmes avec beaucoup de respect ce lieu sacré ; et bientôt à notre droite, du côté de l'épître , s'offrit à nos regards une petite chapelle dans laquelle on descend par deux degrés ; elle est formée par une voûte assez peu élevée et enfoncée dans le rocher. Un bloc de marbre blanc, exhaussé d'an pied au-dessus du sol et creusé en forme de berceau , indique le lieu où se trouvait autrefois la crèche dans laquelle Marié reposa l'enfant Jésus. À deux pas, vis-à-vis de la crèche, est un antel qui occupe la place où les mages trouvèrent , en entrant, l'Enfant avec sa Mère et l’adorérent en silence. C'est sur cet autel, élevé en l'honneur des mages , que les prêtres catholiques seuls célèbrent les saints mystères. Quant à la crèche, elle n'est plus à Bethléem ; c'est à Rome qu'elle a été transportée, comme on le sait, il y a déjà plusieurs siècles.

» En sortant de la grotte de la naissance du Sauveur, nous descendîmes dans la chapelle souterraine où la tradition place la sépulture des saints innocents. Par un privilège particulier que nous dûmes à l'extrême bonté des Pères de Terre-Sainte , il nous fut permis d’entrer, par une porte assez étroite, dans l'endroit même où reposent les cendres de ces jeunes enfants , ictimes de la cruauté d'Hérode. La grotte des Innocents nous conduisit à la grotte de saint Jérôme; on y voit le sépulcre de ce grand docteur de l'Eglise ; son corps repose à Rome , dans la chapelle dite del Presepe (1). À côté de la grotte de saint Jérôme est le tombeau de sainte Paule et de sainte Eustochie , sa fille, et celui d'Eusèbe de Crémone , abbé de Bethléem. Dans l’oratoire de saint Jérôme, on remarque encore avec ‘intérêt, comme au temps où M. de Chateaubriand le visita , le tableau où le saint docteur conserve l'air de tête qu'il a pris sous le pinceau de Carrache ou du Dominiquin. . ans celui de sainte Paule et de sainte Eustochie , le tableau de ces deux héritières de Scipion, où elles sont représ” s mortes et couchées dans le même cercueil, est aussi d’une grande beau. Nous nous rappelions alors les réflexions que fit le célèbre auteur du Génie du christianisme , au sujet de la ressemblance parfaïis de ces deux saintes : « On distingue seulement , dit-il, la fille de la mère à sa jeunesse et à son voile blanc ; l’une a marché plus longtemps et l'autre plus vite dans le chemin de la vie , et elles sont arrivées au port au même instant. »

» Le lendemain , 43 décembre , après la sainte messe que nous eûmes (1) Dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure , où est aussi la crèche du Sauveur.

le bonheur de célébrer dans 1 sainte grotte, nous commençâmes notre visite par la basilique de Sainte-Hélène. Ce monument est si beau et si plein d'intérêt dans tous ses détails, que nous ne pouvons nous empêcher d'en donner ici une idée. Il est certain d’abord que catte église est d'une haute antiquité , et, quoique souvent détruite et souvent réparée , elle conserve les marques de son origine grecque ; sa forme est celle d'une croix. La longue nef, où se trouve le pied de la croix, est ornée de quarante-huit colonues d'ordre corinthien placées sur quatre lignes. Ces colonnes ont plus de six pieds de diamètre vers le bas et de . :-huit de hauteur, en y comprenant la base et le chapiteau. Comme la nef n'a point de voûte, elles ne portent qu'une frise de bois qui remplace l'architrave et tient lieu de l’entablement entier; la voûte est remplacée par une charpente qu’on dit être de bois de cèdre. Les murs sont percés de grandes fenêtres ; ils étaient ornés autrefois de tabieaux mosaïques et de passages de l'Evangile écrits en caractères grecs et latins; on en voit encore des traces. Les Grecs et les Arméniens schismatiques sont en possession de la nef du milieu , y compris les trois autres branches de la craix ; celles-ci sont séparées par un mur, de sorte que l’église n’a plus d'unité. Quand vous avez passé ce mur, vous vous trouvez en face du sanctuaire ou du chœur, qui occupe le haut de la croix ; on y voit un autel dédié aux mages. Sur le pavé, au bas de cet autel, on remarque une étoilé de marbre ; la tradition veut que cette étoile corresponde au point du ciel où s'arrêta l'étoile miraculeuse qui conduisit les trois rois à Bethléem. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'endroit où naquit le Sauveur du monde se trouve perpendiculairemen. au-dessous de cette étoile dans l’église souterraine de la crèche. Les deux extrémités de la traverse de la croix sont nues et sans autel. Deux escaliers tournants , composés chacun de quinze degrés, s'ouvrent aux deux côtés du chœur et conduisent à l’église souterraine. Combien de fois, pendant notre séjour à Bethléem, nous descendimes ces degrés! Tout notre bonheur était d'aller chaque jour nous enfermer dans la grotte sainte ; et là, passant tour à tour du lieu où naquit le Sauveur du monde à celui où les mages l’adorèrent , nous restions prosternés sur ces lieux augustes ; nous baisions avec respect le marbre dont ils sont recouverts; nous nous efforcions de faire naître dans notre cœur les beaux sentiments dont était embrasé le cœur de saint Jérôme, qui voulait vivre et mourir auprès de la crèche.

» À deux cents pas de Bethléem , est une caverne assez renommée qu'on appelle grotte du Lait. Solon la tradition du pays, la sainte Vierge

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