CHAPITRE I
Pèlerinage à Jérusalem.
Lettre de Mgr Auvergne, archevêque d'Icone, etc., au rédacteur des Annales, à Lyon.
« Si les associés de la Propagation de la foi ont lu avec intérêt les précédentes relations que je vous ai adressées, je ne doute pas qu'ils n'aient celle-ci pour agréable : il s'agit des lieux sanctifiés non pl... seulement par la pré..nce, mais par le sang précieux du Rédempteur des hommes.
» Nous approchions de Jérusalem, et nous étions encore à une demiheure de cette ville, lorsque nous nous vimes entourés tout à coup par les nobles et courageux gardiens du Saint-Sépulcre, les Pères de l'ordre de Saint-François (1). Un officier turc, seul et à cheval, s'était joint à eux; mais le gouverneur, à qui on donne le titre honorifique de pacha, Soliman-Bey, nous atiendait lui-même à la porte de la ville avec un piquet de cavalerie et un poste assez nombreux d'hommes à pied. Ceux-ci, placés au dedans de la porte, nous rendirent les honneurs militaires. C’est donc ainsi que nous fimes notre entrée dans Jérusalem , précédés par le gouverneur de la ville, suivis par les cavaliers, et toute cette escorte nous accompagna jusqu'à la porte du couvent dés Pères de Terre-Sainte ; là elle nous laissa, admirant dans le fond de notre âme les hommages que la Providence faisait rendre dans notre personne au chef suprême de son Eglise, et par des infidèles eux-mêmes. Le lendemain, nous nous hâtâmes de commencer la visite des saints lieux.
» La montagne de Sion, à laquelle nous nous rendtmes d’abord, est célèbre dans la sainte Ecriture. Tour à tour l'objet des bénédictions et des lamentations des prophètes, le nom de Sion se mélait souvent à leur: prédictions, et aux accents de la harpe inspirée de David, avec un charme qui n'était point sans mystère. Des monuments nombreux couvraient
(4) Dès l'an 1257, soixante-neuf ans après que les Latins eurent perdu Jérusalem, conquise sur eux par Saladin, les RR. PP. Franciscains vinrent en Palestine pour garder le Saint-Sépulcre et les autres sanctuaires vénérés. Mais ce n’est qu’en 1342 qu’il
leur fut permis d’avoir un établissement permanent à Jérusalem, tel qu'ils ont encore aujourd'hui.
«ätrefois cette montagne; ceux dont il reste aujourd'hui des traces ne sont plus qu'au nombre de trois : le Cénacle, la maison de Caïphe et le tombeau de David.
» Jadis la pieuse Hélène avait fait renfermer le Cénacle dans une église magnifique ; ruinée par les Sarrasins , elle fut réédifiée un peu plus tard; on en remarque encore la coupole et quelques murs restés debout après sa première dévastation. Cette église fut confiéeaux Pères de Terre-Sainte, qui avaient - ‘ couvont à côté; mais en 1561, les musulmans s'en emparèrent, et convertirent l’église en une mosquée, et le couvent en un hôpital turc. Un escalier d'une vingtaine de degrés conduit au Cénacle ; c'est une grande salle voûtée et soutenue par deux colonnes. Que de souvenirs semblent se presser dans cette enceinte : l'institution-de l'Eucharistie , la venue de l'Esprit sanctificateur, l'élection de saint Mathias , les premières prédications des apôtres, le premier concile de Jérusalem , la mémoire du roi-prophète dont les cendres reposent sous ce lieu sacré! Vivement pénétrés de toutes ces pensées, nous nous agenouillâmes , méditant toutes ces merveilles et priant dans toute l’effusion de notre âme. Mais ce n’était point assez ; nous demandâmes et obtinmes la permission de célébrer dans ce lieu anguste les redoutables mystères. Là, non loin du tombeau de Celui qui, trente siècles auparavant, s'était écrié « Calicem salutaris accipiam Je recevrai le calice du salut, » et dans le sanctuaire où Jésus-Christ, pour la première fois , avait consacré ce véritable calice du salut, nous eûmes le bonheur de faire coulor le sang de l'Agneau réparateur. Depuis le concile de Trente, c'est-à-dire € suis plus de trois siècles, ie même privilége n'avait été concédé à aucun pontife.
» La maison de Caïphe est aujourd’hui une église assez belle, desservie par ls Arméniens schismatiques. La table de l'autel qu'on fait voir, est, d't-on, formée d'une portion considérable de la pierre qui servit à couvrir le tombeau de Jésus-Christ. Du côté de l'épttie, dans le sanctuaire, on mouire un petit oratoire qu'on dit être une prison dans laquelle ce divin Sauveur fut jeté la nuit même où il fut pris. Hors de l’église , près de la porte , à droite, on fait aussi remarquer une portion de la colonne sur lagwells, d’après la tradition , le coq aurait chanté pour avertir Pierre de son prochain reniement. Non loin de là, an milieu des ruines d'un vestibule qui a dû être considérable, est un arbre appelé arbre des pommes d'or; on croit qu'il se trouve à la place où était Pierre lorsque, se chauffant près d’un foyer, il renia son bon Maître. Les Pères de Terre-Sainte étaient autrefois en possession de ce sanctuaire; ils ont encore conservé le