CHAPITRE I
qu'ils placèrent dans ses mains nn roseau fragile en l'accablant des railleries les plus piquantes et des outrages les plus amers; là qu'il fat condamné à mort par le même juge qui venait de rendre à son innocence le plus éclatant témoignage, Ces voûtes nous conduisirent à la galerie appelée par les Romains Xistus, et qui aujourd'hui n’a plus d'autre:nom que celui de l'arc de l'Ecce Homo. Au milieu de cet arc est une fenêtre : c'est de là qu'en présentant le Sauveur aux regards des Juifs, Pilate s’écria : « Ecce Homo! Voilà l'homme »
» À quelques pas de l'arc de l'Ecce Homo, on «perçoit une co” sule chancelante ; rien n’en défend plus l'approche, et le lieu qu'elle couvre est luimême rempli de profanes immondices ; c’est le lieu vénérable de la flagellation. Etant entrés dans ce lieu abandonné, nous nous y prosternâmes comme dans le plus beau temple du monde ; et, tâchant d’exciter dans notre âme une vive foi, nous demandimes l'amour des souffrances à Jésus flagellé. Ce sanctuaire appartenait autrefois aux Pères de Terre-Sainte ; il leur a été, depuis un certain temps, arraché comme tant d'autres. C’est pour cela même que, pendant notre séjour à Jérusalem » des démarches , auxquelles nous avons cru devoir ne Pas rester étrangers , ont été faites auprès du gouvernement égyptien à l'effet de reconquérir au plus tôt cette ancienne possession. Tout porte à croire que ces démarches n’auront pas êté inutiles, et que, rentré sous le domaine des pieux gardiens du Saint- Sépulcre, ce sanctuaire profané recouvrera bientôt l'honneur dont il est . depuis trop longtemps privé. Ce n’est que là que commence, à proprement parler, la voie douloureuse, c'est-à-dire le chemin que parcourut le Sauveur du monde en portant sa croix.
» Nous quittâmes le lieu de la flagellation : avançant dans la grande rue vers l'occident, puis tournant sur la droite, nous marchâmes vers Je nord par une petite ruelle. C'est au fond de ce sentier qu'on nous fit remarquer le fameux palais d'Hérode, aujourd'hui tout en ruines. Ce fut dans une des salles de ce palais , et à l'extrémité opposée de la porte principale, qu'on revêtit le Sauveur d’une robe blanche en signe de mépris.
» Retournant ensuite sur nos Pas, nous reprîmes la grande rue, près de l'angle de laquelle on montre, à gauche, une colonne qui indique la place où, selon la tradition, le Sauveur succomba pour la première fois sous le poids de l'instrument de son supplice. Un peu plus loin, dans une ruelle, on aperçoit les ruines d'une église consacrée autrefois à Notre-Dame des Douleurs, Ce fut en cet endroit que Marie, chassée d’abord par les gardes , rencontra son divin Fils : ainsi le rapporte la tradition. « Dix-huit siècles écoulés, des
persécutions sans fin, des révolutions éternelles, des ruines toujours croissantes n'oni pu, dit à ce sujet M. de Chateaubriand, effacer ou cacheï la
trace d'une mère qui vient pleurer sur son fils. » Presque en face de cette
ruelle, et à main droite, nous vimes le lieu où se tenait le pauvre Lazare, et, un peu plus loin, de l’antre côté de la rue, la maison du mauvais riche. Saint Chrysostôme, saint Ambroise, saint Cyrille, ont cru que l’histoire de Lazare et du mauvais riche n'était pas une simple parabole, mais un fait réeletconnn. Les Juifs appellent le mauvais riche Nabal. Avant d'arriver à la maison du mauvais riche, on tourne à droite, et on suit la direction du couchant ; à l'entrée de cette rue, est une place à laquelle trois rues aboutissent : c'est celle où les Juifs, apercevant Simon de Cyrène, qui arrivait des campagnes voisines par la porte de Damas , le contraignirent d'aider Jésus à porter sa croix. A cent dix pas de là, on reconnaît à trois marches, surmontées d’une porte assez basse, l'emplacement de la maison de Véronique, et le lieu où cette pieuse femme essuya, en passant, la face adorable du Sauveur. On croit que le mouchoir dont elle se servit pour ce pieux ministère était son propre voile, et qu'étant plié en trois, la figure de Jésus-Christ s'imprima sur chacun de ces plis. L'un de ces plis est conservé à Rome. Le nom de cette pieuse femme était Bérénice ; plus tard il fat changé en celui de Vera-Icon, vraie image. Après avoir fait une centaine de pas, on arrive à la porie Judiciaire, où Notre-Seigneur tomba une seconde fois : c'était la porte par où sortaient les criminels qu'on exécutait sur le Golgotha.
» Le Golgotha, aujourd’hui renfermé dans la nouvelle cité, était hors de l’ancienne Jérusalem. Les Turcs ont muré la porte dont nous venons de parler, à partir du bas jusqu'à la moitié de sa hauteur. Les pèlerins passent à gauche par une autre porte attenante et plus petite. On continue à marcher, par un chemin difficile et pierreux, jusqu'à une pointe qui divisait la route en deux branches; à, on reprend à gauche le chemin du couchant. C'est à l'entrée de cette rue, aboutissant au Calvaire, que le Christ, suivi d'un peuple immense, se tourna vers les pieuses femmes qui s’afiligeaient de sa mort, et que, versant des larmes, il leur dit : « Filles de Jérusalem, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez plutôt sur vous et sur vos enfants. » Cette place est marquée par un tronçon de colonne de marbre, enfoncé dans le mur. Poursuivant la route, on parvient à un lieu où Jésus-Christ tomba pour la troisième fois; de là au Calvaire il n’y a que peu de distance.
» Nous allons donc entrer dans l'antique et célèbre basilique du Saint-
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