‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 28 sur 175 · CHAPITRE I] bi · texte numérisé non relu

CHAPITRE I] bi

Sépulcre , temple auguste, dont le seul aspect imprime je ne sais quels sentiments ineffables de crainte, de respect et d'amour. Arrivés à la porte principale, nous y trouvâmes réunis les Pères de Terre-Sainte, spécialement chargés de la garde du glorieux sépulcre. Leur premier soin fut de nous conduire au Calvaire. Un riche escalier, placé à droite de là porte du temple, nous introduisit dans une chapelie construite sur le rocher même où fut cracifié le Fils de Dieu. Au fond, est un autel élevé à la place où des bourreaux déicides l’attachèrent à la croix. Près de là un autre autel indique celle où, suspendu entre deux larrons, l'Auteur de la vie voulat ressentir les atteintes de la mort. Là, tout frappe l'esprit, tout parle au cœur; les pierres mêmes crient , et leur voix retentit au fond de l'âme. Dans le silence du recueillement, on croit entendre encore ces insultes, ces blasphèmes, ces cris de rage dont le Sauveur couronné d'épines devint l’innocent objet; le cœur est déchiré par le retentissement de ces marteaux affreux qui clouërent à la croix les mains qui avaient créé le monde; c'est ici que le sang de l'Agneau de Dieu a coulé, il a détrempé cette terre; ici la Victime a été élevée dans les airs ; c'est ici que Jésus a expiré !.. Remplis de ces pensées, nous nous prosternâmes , et nos lèvres ne trouvèrent plus d'autre prière à adresser au Fils de Dieu crucifié, si ce n’est qu’il daignât, comme le grand apôtre , nous attacher avec Jui à sa croix. Au bas du Calvaire est la pierre de l’onction , ainsi appelée parce qu’elle occupe la place où fut embaumé le corps du Sauveur. Huit lampes brûlent continuellement au-dessus de cette pierre ; trois grands candélabres sont placés à chacune des extrémités. Nous ftmes également là notre prière, nous baisâmes le marbre qui recouvre cette pierre vénérable ; et, marchant par la pensée à l2 suite de Joseph d’Arimathie et du pieux Nicodème, lorsqu'ils portaient au tombeau le corps sacré, nous arrivâmes devant le saint sépulcre. Comment redire tous les sentiments qui agitent l'âme à la vue d'un sépulcre plein de vie, contre lequel la mort vint un jour se briser ? Sur les parois de ce tombeau sacré, qu'on pourrait bien appeler aussi le sépulcre de la mort, il semble que soient écrites en Caractères ineffaçables ces élonnantes paroles : Absorpta est mors in victoria (4). Confondus d'admiration, nous franchtmes , en inclinant doucement la tête, le seuil de là première porte, et nous entrâmes dans la chapelle de l’Ange. Sur les restes précieux de cette pierre où l'envoyé céleste s'était assis, nous priâmes quelques instants, et nous pénétrâmes enfin dans le plus auguste des sanctuaires. Quel lieu ! quel moment! C'était là le saint sépulcre. Le (1) « La mort fut anéantie par la victoire, »

marbre sur lequel nous étions debout recouvrait donc le roc même où il avaitété creusé. Nous tombâmes à genoux; et, demeurant ainsi prostcrnés, nous connâmes cours à toutes les pensées qui vinrent se presser dans notre esprit. Que de souvenirs ! la mort, le péché, le prince des démons enchatnés l'un à l’autre et fixés ensemble au fond de cette tombe , le suaire jeté un moment sur la face adorable du Sauveur , et bientôt après délaissé dans ce sépulcre d’où le divin conquérant s'était élancé ; l'ange du Seigneur revêtu d'habits éclatants, assis à la droite de ce tombeau pour annoncer l’étonnante nouvelle du triomphe de Jésus ; Pierre descendant avec un saint transport au fond de cette tombe miraculeuse, regardant avec éionnement , et s’arrêtant plein d'admiration ! Consolés, réjouis par ces souvenirs , nous nous levâmes; et sur ce même sépulcre qu'Isaïe, six cents ans auparavant, avait va tout rayonnant de gloire, sur ce sépulcre devenu un instant le théâtre de la plus éclatante de toutes ies victoires, sur ce sépulcre enfin , désormais la joie et l'espérance de l’univers, uous renouvelâmes l’immolation de la Victime triomphante ; le sacrifice de l'Agneau vainqueur. Heureux moment! tu vivras à jamzis dans notre mémoire, à jamais tu éveilleras dans notre cœur les souvenirs les plus consolants (4). »

(1) Tous les pèlerins qui ont visité le Saint-Sépulcre paraissent avoir éprauvé cette impression des souvenirs de gloire qui l'entourent et qui en font en quelque sorte disparaître toute la tristesse ; nous citerons quelques fragments des voyages modernes aux lieux saints. « A l'entrée, dit le R. P. de Géramb, est la chapelle de l’Ange, et la pierre sur laquelle était assis l’envoyé céleste lorsque les saintes femmes vinrent embaumer le corps de Jésus, et qu’il leur dit : Swrrexit, non est hic: Il est ressuscité, il n'est plus ici. Ne semble-t-il pas que, par la disposition même du lieu, par les pensées de joie et de vie qu’il réveille, la bonté de Dieu ait voulu tempérer les impressions trop douloureuses qu’eût produites la vue subite du tombeau de Jésus? Et n’y a-t-il pas là en quelque sorte une voix d'ange qui dit aux chrétiens, comme aux saintes femmes : Consolez-vous, il est ressuscité : Suwrrexit? » ( Pèlerinage à Jérusalem, par le R, P. de Géramb.)

« ……. Tout ce que je puis assurer, dit M. de Chateaubriand, c’est qu’à la vue de ce sépulcre triomphant, je no sentis plus ma faiblesse; et, quand mon guide s'écria avec saint Paul : ,Ubé est, mors, victoria tua ? ubi est, mors, stimulus tuus? « O mort, où est ta victoire? Ô mort, où est ton aiguillon? » je prêtais l'oreille, comme si la mort allait répondre qu'elle était vaincue et enchaînée dans ce monument. »

de Pro

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