VI INTRODUCTION
Et ces jeunes hommes écoutaient d’un visage calme et serein, levant parfois leurs yeux vers le ciel, où les attendent d’immortelles couronnes. Puis , l’allocution terminée, ils se rapprochent de l'autel , comme pour y puiser une force nouvelle, et, debout sur les marches, ils voient commencer la scène des ad'oux.…. « Qu'ils sont beaux sur les montagnes les » pieds de celui qui annon” et qui prêche la paix, de celui qui annonce » la bonne nouvelle , qui prêche le salut (4) ! » Rempli de cette pensée, chacun des assistants , prêtres, lévites, simples fidèles, s’approchant, vient à son tour presser dans ses bras les nouveaux missionnaires et baiser leurs pieds sacrés. Oh ! qui dira l’attendrissement profond, les vœux , les soupirs entrecoupés , les larmes , les paroles brôlantes et les battements de cœur de ces bien-aimés ccafrères, de ces jeunes amis pressant contre leur poitrine le frère , l'ami, qu'ils ne reverront plus sans doute ici-bas !.… Le Ciel a été le seul témoin de leurs pieuses confidences et de l'échange de leurs pensées.
Bientôt tous se retirent ; le silence de la nuit règne dans la sainte maison. Le lendemain on remarquait cinq places vides aux divers exercices qui se partagent les heures de la journée ; c'étaient celles des cinq nouveaux messagers de la foi. Peu de jours après , les feuilles publiques annonçaient qu'ils avaient fait voile de l’un de nos ports vers des contrées infidèles , pour y porter la connaissance et l'amour de Jésus-Christ.
Telle est la scène Auguste et touchante qui se renouvelle souvent dans cette même enceinte. D’autres pieux asiles de cette capitale envoient aussi chaque année , au delà des mers, leur tribut de jeunes lévites. Où vont-ils ces ncuveaux apôtres qui abandonnent ainsi, à la fleur de leur âge, leur famille , leur pays, et se condamnent volontairement à un perpétuel exil ? Suivez-les à la trace de leurs sueurs on de leur sang. Ils abordent sur
toutes les plages ; leur voix se fait entendre dans les villes d'Orient, sur
(1) Isaïe. zur.
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INTRODUCTION Vii les rives du Gange , dans les provinces de la Chine, au sein des déserts du Nouveau-Monde, sur les sables brûlants de l'Afrique , et da: les îles sauvages de l'Océanie. Partout, de l'aurore au couchant, rettntit leur parole sainte. Ah ! qu’on vante le dévouement du guerrier fidèle à sun prince , du savant qui recule les bornes de la science, dr: philanthrope appliqué à l'étude ‘des améliorations sociales. Je m'associe volontiers à ces justes éloges. Mais le dévouement des missionnaires chrétiens n'est-il pas autrement grand et sublime ? Et cette ardeur étrange qui les enlève à leur patrie, pour les transporter joyeux su: les plages les plus lointaines , n'est-elle point elle-même une admirable prenve de la divinité de la foi qu'ils enseignent ?
« Les cultes idolâtres , dit l'illustre auteur du Génie du christianisme,
ont ignoré l'enthousiasme divin qui anime l'apôtre de l'Evangile. Les anciens philosophes eux-mêmes n'ont jamais quitté les avenues d’Académus et les délices d'Athènes, pour aller , au gré d'une impulsion sublime , humaniser le sauvage , instruire l'ignorant , guérir le malade, vêtir le pauvre, et semeria concorde et la paix parmi des nations ennemies ; c'est ce que les religieux chrétiens ont fait et font encore tous les jours. Les mers , les orages , les glaces du pôle , les feux du tropique, rien ne les arrête ; ils vivent avec l'Esquimaux dans son outre de peau de vache marine ; ils se nourrissent d'huile de baleine avec le Groënlandais ; avec le Tartare ou l’Iroquois ils parcourent la solitude ; ils montent sur le dromadaire de l’Arabe, ou suivent le Cafre errant dans ses déserts embrasés ; le Chinois, le Japonais , l'Indien , sont devenus leurs néophytes ; il n'est point d'île ou d'écueil dans l'Océan qui ait pu échapper à leur zèle ; et comme autrefois les royaumes manquaient à l’ambition d'Alexandre , la terre manque à leur charité (4). »
(1) Chateaubriand : Génie du christianisme, 1v. part, L 4.