‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 30 sur 175 · CHAPITRE I Lib · texte numérisé non relu

CHAPITRE I Lib

sont épuisés , ils chargent leurs tentes et leurs familles sur Jeurs chameaux et vont se fixer dans une autre oasis. Ces hôtes des déserts, vrais pirates d'un océan de sables , sont la terreur des caravanes. Malheur à celles qui

ne peuvent leur opposer des forces supérieures ; elles doivent se sou-

mettre au tribut ou accepter le combat. Repoussés, les bédouins échappent à toute poursuite en disparaissant comme un trait dans des profondeurs inconnues ; ont-ils l'avantage , ils dépouillent les vaincus et se partagent entre eux le butin; mais ils n'abusent pas du succès pour répandre le sang , à moins qu'ils n'aient à venger quelques-uns de leurs compagnons morts ou blessés.

» Malgré leur goût pour le pillage, ces peuples respectent les droits de l'hospitalité. Le voyageur qu'ils prennent sous leur sauvegarde, n’a plus rien à craindre ni pour son or ni pour sa vie; car leur parole est un serment inviolable, et je ne crois pas qu’il y ait d'exemple qu'aucun bédouin se soit rendu parjure.

» Il est une troisième classe, celle des Arabes cultivateurs, qui ne connaît pas plus la cruauté du fellzh que la fierté indomptable da bédouin. Ce sont les plus doux etles plu: humains des Orientaux. Le désir de la vengeance , si naturel aux nations à demi barbares, n'est point éteint dans leurs cœurs ; mais si l'ennemi, dont ils ont résolu la perte, peut se soumettre à venir boire le café avec eux , il n'a plus à trembler pour ses jours ; à cette marque de confiance , ils oublient tous leurs ressentiments.

» Avant de commencer leurs repas, qu'ils prennent ordinairement à l'entrée de leurs chaumières ou de leurs tentes , les Arabes agriculteurs crient à haute voix : « Que celui qui a faim approche et mange ! » Et cette invitation n’est point une simple formule de politesse ; tout homme, quelle que soit la religion à iaquelle il appartient, a droit de s'asseoir à leurs côtés et de se nourrir des aliments servis à leur famille.

. » Avec tant d'excellentes qualités, et attachés à la culture d’une terre qui ne demande qu’à produire , ils devraient, ce semble, jouir de toutes les délices de la vie. Toutefois ils sont les plus malheureux des hommes. Du matin au soir, et d’un bout de l’année jusqu'à l’autre, ils travaillent sans se reposer un moment; leurs pénibles sueurs produisent chaque année des richesses immenses, et cependant ces malheureux l:aguissent dans la pauvreté au milieu de l’opulence qu'ils entretiennent ; de toutes leurs fatigues , il ne leur revient que les coups de fouets qui trop souvent ensanglantent leurs épaules.

» Au-dessus de cette caste agricole, dont l’activité n’a d’égale que la

misère, les grands de l’état s'endorment dans la mollesse et l'oisiveté. Convaincus qu'une aveugle fatalité préside aux destinées humaines, ils attendent l'arrêt du sort sans porter un regard curieux sur l'avenir ; ils jouissent avec insouciance du présent, pensent peu, n'ont pas les rêves de l'ambition, parce qu'ils n’en ont pas l'énergie , et sont capables de fumer un jour entier sans ennui.

» Tout seigneur musulman, en Egypte, se lève avec le soleil pour respirer l'air frais du matin. Bientôt après, des esclaves lui apportent de l'eau, Il se purifie en se lavant lé visage, les mains et les bras jusqu'aux coudes , et les pieds jusqu'aux chevilles ; cela fait, il se tourne vers l'Orient, et commence ses prostrations. Viennent ensuite d'autres esclaves qui lui présentent le café et la pipe, et tant que dure le déjeuner du maître, ils se tiennent debout devant lui, les mains croisées sur la poitrine, cherchant à prévenir ses moindres volontés. Ses enfants qu'il envoie chercher, paraissent alors en sa présence : il leur dit quelques mots, les caresse gravement, leur donne sa main à baiser, et les fait reconduire auprès de leur mère.

» De sa famille il passe au soin de ses affaires , qui ne sont jamais compliquées ; quelques heures suflisent à ce travail sérieux, après quoi le musulman n'a plus qu’à se chercher des distractions.

» S'il survient des visites, il les reçoit le plus poliment qu'il sait, Mais sans beaucoup de compliments. Ses inférieurs doivent se tenir à genoux devant lui, appuyés seulement sur leurs talons ; ses égaux ont droit de s'asseoir à ses : iés; un sopha est réservé aux visiteurs de distinction. Dès qu'on s’est placé dans le rang qui convient à chacun, le maître du logis bat des mains, et à l'instant un esclave entre, et pose au milieu de la salle une cassolette où brûle un encens précieux ; on apporte de longues pipes garnies d'ambre et tout allumées; on sert le café, des confitures et des sorbets, et la conversation se poursuit, lente et amicale, au milieu de rafraîchissements exquis, à travers un léger nuage de vapeurs odorantes.

» Les visiteurs parlent-ils de se retirer, un esclave reparaît, un large plat d'argent à la main ; il y place la cassolette aux senteurs embaumées, et la présente tour à tour à chacun des assistants, qui s’en parfument la barbe. L'eau de rose est ensuite versée sur leur tête, et après cette cérémonie, on est libre de reprendre ses pantoufles et de se dire adieu.

» Le soir, on va à la promenade, monté sur des Anes ou sur des chevaux richement caparaçonnés. On suit les rives du Nil ou le bord des

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