‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 36 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

» Cette coutume barbare de brûler les femmes sur le bûcher de leurs maris est prinripalement en vigueur dans les classes élevées ; le point d'honneur, et la crainte d’être déshonorées et de devenir la fable du public , forcent les dames mdiennes à se dévouer à cet horrible supplice. En 1710, le ïoi de Morava étant mort à l'âge de quatre-vingts ans , ses quarante-sept femmes devinrent la proie des flammes. Les Anglais ont bien cherché à détruire cet usage épouvantable; mais ils ont pris de si faibles mesures, que leur défense » loin d'arrêter le préjugé , l'a rendu plus général. En 1817, dans la seule présidence du Bengale, sept cent six veuves se sont ainsi brûlées sur le bûcher de leurs maris.

» Le roi de Tanjaour étant mort en 1801 , deux de ses femmes furent désignées par les barbares pour être les victimes de l'homicide sacrifice. Voici la description que fait M. Dubois de la cérémonie :

« À trois ou quatre lieues de la résidence royale, on creusa une fosse carrée , peu profonde , et large de douze à quinze pieds en tous sens ; on éleva une pyramide de bois de sandal > Supportée par une espèce d'échafaud construit du même bois ; les piliers qui le soutenaient étaient disposés do manière qu'on pouvait les retirer aisément , et par ce moyen faire subitement écrouler tont l'édifice. Dm beurre liquide, contenu dans de vastes urnes de cuivre placées aux quatre coins , devait servir à arroser

le bûcher pour hâter la combustion.

». Voici dans quel ordre le cortège se mit en marche : En tête on voyait un grand nombre de soldats armés , immédiatement suivis d'une multitude de musiciens, principalement de trompettes, qui faisaient retentir l'air de sons lugubres ; après eux venait le corps du roi porté dans un superbe palanquin ouvert, accompagné de son gourou (directeur spirituel), de ses principaux officiers et de ses plus proches parents, tous à pied et sans {urban en signe de deuil, et d'une multitude de brahmes ; paraissaient ensuite les deux victimes , portées aussi chacune sur un riche palanquin, et chargées plutôt que parées de bijoux. Plusieurs rangs de soldats, placés de part et d'autre, maintenaient l'ordre et écartaient la foule immense qui accourait de toutes parts. Les deux reines, accompagnées de quelquesunes de leurs favorites, s'entretenaient de temps en temps avec elles ; suivaient leurs parents, hommes et femmes à qui elles avaient distribué des présents considérables avant de sortir du palais ; une affluence innombrable de brahmes et de personnes de toutes les castes fermaient la Marche,

» Arrivés à l'endroit où les attendaient une mort prématurée, on leur

fit faire les ablutions et autres cérémonies d'usage ; elles s'en acquittèrent avec courage et sang-froid. Cependant , lorsqu'il fallut faire la triple promenade circulaire autour du bûcher , une altération soudaine se fit remarquer dans tous leurs traits ; leur fermeté paraissait près de les abandonner, malgré les efforts visibles qu'elles faisaient pour étouffer la voix de la nature. Durant cet intervalle, le cadre avait té déposé sur la plate-forme dressée au milieu de la pyramide ; on y fit monter les deux reines , toujours couvertes de leurs riches parures, et qui, après s'être couchées l'une à droite etl'autre à gauche du prince défunt, se prirent par la main en passant leurs bras par dessus son corps. Les brahmes officiants prononcèrent alors à haute voix plusieurs mantras, aspergèrent le bûcher avec leur tirtam ou eau lustrale, et le beurre coutenu dans les vases fut

jeté sur le bûcher, auquel, en même temps, lefeu fut mis, d’un côté, par le plus proche parent du roi, de l’autre, par son gourou , et tout autour par des brahmes de distinction. Bientôt les flammes s’élevèrent avec rapidité ; et les supports de l'édifice ayant été retirés , il s’écroula, et dut écraser, dans sa chute, les deux malheureuses victimes. À cette vue, tous les spectateurs poussèrent des cris de joie ; les parents qui entouraient le bûcher appelèrent à plusieurs reprises les princesses nar leur na: , et on avait entendu, disait-on, soriür du milieu des flammes le mot yon (quoi ?) distinctement prononcé : ridicule illusion d'esprits aveuglés par le fanatisme ! comme siles infortunées victimes n’eussent pas été en ce moment hors d'état d'entendre et de répondre.

» Deux jours après, lorsque le feu fut entièrement éteint, on retira des cendres les restes des ossements qui avaient échappé à la violence des flammes , et on les mit dans des urnes de cuivre rouge , qui furent scellées du sceau du nouveau roi. Quelque temps après, trente brahmes furent choisis pour porter ces reliques à Kassy (Bénarès) et les jeter dans les

. eaux sacrées du Gange. Ils devaient recevoir , à leur retour de cette ville sainte, une riche récompense, en produisant des certificats authentiques attestant qu'ils avaient accompli le voyage, et qu'ils s'étaient fidèlement acquittés de cette commission.

» On réserva une partie de ces ossements, qui, réduits en poudre et mêlés avec du riz bouilli, furent mangës par douze brahmes. Cet acte, qui révolte la nature , avait pour but l'expiation des péchés des défunts ; péchés qui, suivant la commune opinion , sont transmis dans le corps des personnes à qui l’appât du gain fait surmonter la répugnance que doit inspirer un mets si détestable. Aussi est-on persuadé que l'argent, qui est le

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