CHAPITRE 1H
prix de cette basse condescendance, ne leur est jamais profitable.
» On retira aussi des cendres l'or provenant des joyaux que portaient les princesses , et que la violence des flammes avait mis en fusion.
» Des présents furent faits aux brahmes qui avaient présidé aux funérailles , et à ceux qui les avaient honorées de leur présence. Le gourou du roi reçut un éléphant ; les trois palanquins qui avaient servi à transporter le corps du roi et les deux victimes au bûcher, furent donnés aux trois brahmes les plus distingués. Les cadeaux distribués aux autres individus de cette caste consistaient en toiles et en argent , dont le montant s’éleva environ à vingt-cinq mille roupies. Plusieurs sacs de petite monnaie avaient été jetés à la foule sur la route qu'avait suivie le cortége en se rendant au bûcher. Enfin , on fit bâtir douze maisons qu'on donna aux brahmes qui avaient eu :e courage d'engloutir dans leur estomac tous les péchés des trois défunts. »
» Que de réflexions doivent faire nattre le récit de ces atrocités, et tout ce que nous venons de dire sur l'oppression dans laquelle gémissent les femmes indiennes: Chez tous les peuples que la vraie religion n’a pas éclairés de sa lumière , le sexe le plus faible est brutalement asservi au plus fort. En Turquie comme au Thibet, en Chine comme dans l'Inde, les femmes sont traitées en esclaves ; le christianisme a pu seul faire reconnaître les droits qu'elles tiennent de Dieu comme épouses et mères. »
L'éléphant blanc du roi de Siam.
Fragment d'une lettre de Mgr Bruguière, évêque de Capse, à M. Bousquet, vicaire général d'Aix,
a Bangkok, 1829,
ou C'est de cette fausse persuasion que les animaux sont nos frères, que vient la défense de les tuer. Les dévots Siamois achètent du poisson encore vivant et le jettent dans la rivière ; ils offrent, comme je l'ai déjà dit plus haut, des cochons et autres animaux pour êlre nourris dans les pagodes jusqu’à ce qu'ils meurent d'une mort naturelle. Ainsi les Siamois font des dépenses pour conserver la vie à un animal ; ils lui donnent un
70 LES MISSIONS CATHOIIQUES
hospice , et il ne leur est jamais venu dans l'esprit de fonder un hôpital pour le soulagement de leurs frères malaües ; les bêtes sont leur prochain. Tel est l'homme lorsqu'il est privé de la lumière de la vraie religion !
» Quoique la défense de tuer les animaux soit générale, les Siamois n'ont pas une égale estime et une égale affection pour tous ; ils ont en horreur le chien, je ne sais pourquoi; on se déshcnorerait devant un Siamois si l’on caressait un chien. Les missionnaires nouvellement arrivés à Siam doivent s'observer beaucoup à cet égard , de crainte de choquer les infidèles ; au contraire, ils aiment beaucoup le chat, parce qu'il étrangle les rats, qui rongent les livres des talapoins; les corbeaux et les vautours sont au rang des anges ; le lièvre passe ici pour avoir beaucoup d'esprit et beaucoup d'astuce ; on lui attribue tous les tours d'adresse que les anciens et les modernes mettent sur le compte du renard, Mais rien n'égale la vénération que les Siamois ont pour l'éléphant blanc. Le roi doit en avoir un au moins ; c’est comme un palladium au sort duquel sont attachés la vie du prince et la prospérité de l'empire. Si l'éléphant meurt, le roi perd tout le mérite qu'il avait acquis en le nourrissant; il doit même mourir dans le courant de l'année qui suit la mort de l'éléphant. Cette appréhension est cause qu'on prend un soin extraordinaire de sa santé. L'éléphant blanc a le titre de chauphaja : ce titre répond à la grandesse de première classe des Espagnols ; il prend immédiatement rang après les princes du sang. On serait sévèrement puni si on l'appelait par son propre nom ; il habite une espèce de palais; il a une cour nombreuse, des officiers, des gardes, des valets de chambre; il porte sur sa tête une espèce de diadème ; ses dents sont garnies de plusieurs anneaux d'or; il est servi
en vaisselle d'or ou de vermeil ; on le nourrit de cannes à sucre et d’autres .
fruits délicieux. Lorsqu'il va au bain , un nombreux cortège l'accompagne ; un des gardes frappe en cadence sur un bassin de cuivre , un autre étend sur sa tête le grand parasol rouge, honneurs réservés aux grands dignitaires; ses officiers ne peuvent se retirer d’auprès de lui qu'après l'avoir salué profondément. Lorsqu'il est malade, un des médecins de k cour doit le traiter; les talapoins viennent lui rendre visite ; ils récitent plusieurs prières pour obtenir sa guérison, ils l'arrosent de leur eau lustrale. Malgré tant de bons offices, l'éléphant blanc est souvent de mauvaise humeur, et plus d'une fois il aurait tué tous les talapoins, si ceux-ci n'avaient soin de se tenir à une distance qui les met hors d'atteinte des dents et de la trompe de sa seigneurie. Celui que nous avons dans ce moment est fort indocile ; on a été obligé de lui couper les dents. Tous les soirs, il y a grand
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