CHAPITRE il
concert chez l'éléphant ; ilest réglé, par l'étiquette, que son excellence ne doit s'endormir qu'au son des instruments.
» Lorsque l'éléphant blanc meurt, le roi et la cour sont dans la plus grande afliction; on rend à son corps des honneurs funèbres dignes du rang qu'il a occupé pendant sa vie, On ajoute que l'éléphant blanc donne quelquefois des audiences publiques , qu’on lui fait des présents ; s’il les accepte, c'est une marque infaillible que celui qui fait ce don a beaucoup de mérites ; s’il les dédaigne , c'est une preuve qu'il n'est pas agréable au ciel. Je n'ose pas vous garantir la certitude de ce dernier fait. Celui qui peut prendre un de ces animaux est exempt, lui et toute sa postérité, de tout impôt et de toute corvée. Il est bien difficile d'assigner la cause d'une vénération si extravagarte pour cet animal ; je crois avoir vu, quelque part, que les anciens rois de Siam se disaient fils d'un éléphant blanc; certains Siamois, pensant différemment , disent que l'âme du roi défunt entre dazs le corps d'un éléphant; cette seconde opinion n'est pas fort opposée à la première ; d’autres enfin avouent qu'ils n’en savent rien ; je me range de leur côté, en attendant de plus amples informations.
» Le singe blanc jouit, à quelque chose près , des mêmes privilèges que l'éléphant. Ii est phaja, il a bouche en cour, ila des officiers à son service ; mais il est obligé de céder le pas à phaja l'éléphant. Les Siamois disent que le singe est u. homme qui n'est pas fort beau à la vérité ; mais qu'importe , il n’en est pas moins notre frère ; s’il ne parle point, c'est par prudence; il craint que le roi ne le fasse travailler à son service sans lui donner aucun salaire. Il paraît cependant qu'il a parlé autrefois, puisqu'il fat envoyé en qualité de généralissime pour combattre, si je ne metrompe, une armée de géants. D'un coup de pied il fendit une montagne en deux ; on dit qu'il termina cette guerre avec honneur ; je ne sais si c'est son antique bravoure qui lui a mérité la bienveillance des rois de Siam... »
Les castes indiennes, — Néophytes indiens.
Fragment d'une lettre du P. Walter Clifford, jésuite, à ses amis d'Angleterre.
« Trichinopoly, le 15 août 1843,
».... Dans ce pays, ce n'est pas la fortune, mais la naissance qui constitue ic gentilhomme, Etes-vous né dans telle caste, c'en est assez pour appartenir à la bonne compagnie ; si malheureusement vous êtes issus de parents parias, vous êtes classé parmi les gens de ba: étage. Il n'y a pas de remède à cette déchéance héréditaire ; tous les irésors de Crésus ne sauraient vous tirer de votre fumier et vous réhabiliter aux yeux des hautes castes. Quand vous pourriez étaler toutes les richesses et la sagesse même de Salomon, vous n'en porteriez pas moins avec vous la tache originelle de votre tribu , que rien ne saurait effacer. Ici les degrés
. de la société sont infranchissables ; celui dans lequel vous êtes . ; es: aussi celui où vous devez vous résigner à mourir, méprisé de toutes les conditions supérieures à la vôtre; ainsi le veut l'opinion, cette loi de fer que personne ne peut entreprendre de fléchir ni de briser. Il faut la sabir jusque dans ses arrêts les plus bizarres ; elle a prononcé, par exemple, que le vieux bœuf rôti d'Angleterre n’est bon qu'à nourrir les chiens et les parias, et voilà un oracle sacré ! Malheur à vous si vous veniez à l’enfreindre , on vous fuirait avec dégoût comme atteint d'une flétrissure. Aussi avons-nous souvent l'occasion de répéter avec l'Apôtre dans son Épître aux Romains : Noli cibo tuo illum perdere pro quo Christus mortuus est. Ne perdez pas par votre nourriture celui pour qui le Christ est mort.
» Ici encore toute prefession est héréditaire ; nons :vons la caste des tailleurs, celle des cordonniers, etc., et l'enfant devra passer sa vie dans la boutique où le hasard a placé son berceau. Heureusement la plus grande partie des fidèles appartient aux conditions en honneur. Ce n’est pas que toutes les âmes ne soient également l'objet de nos sollicitudes , puisque toutes ont été rachetées par le sang de Jésus-Christ ; mais aux yeux des païens, avoir pour soi beaucoup de tribus distinguées est une
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