CHAPITRE
gloire qui rejaillit sur la religion même , et c'est uniquement pour ce motif que je mentionne un tel préjugé.
» Si la naissance a mis nos chrétiens à couvert du mépris , elle ne leur a pas donné la richesse ; tous sont obligés de travailler pour gagner la vie, etle nombre de ceux qui remplissent des emplois lucratifs est trèslimité ; aussi ne sont-ils guère en état de subvenir aux besoins de la mission ni à l'entretien du prêtre qui parcourt leurs villages pour les instruire. Si vous pouviez les voir dans leur cabane fangeuse, dont les murs ont au plus quatre à cinq pieds de haut, couchés sur la terr nue , à peine couverts de quelques haillons, et ne possédant pour tout bien que quelques jarres de riz; si vous étiez témoins de leur agonie lorsqu'ils se tordent et se roulent dans les convulsions du choléra qui, chaque année, et principalement dans les temps froids, emporte subitement au tombeau des milliers de victimes, vous comprendriez facilement que nous n'avons pas grands secours à attendre de gens qui seraient eux-mêmes dans le cas de sol +r nos aumônes.
» Et pourtant, il faut le dire, je les trouve souvent plus heureux que les pauvres de nos pays. Pendant la plus grande partie de l'année , l'Indien dépense peu pour ses vêtements ; ce qu'il achète pendant toute la durée de sa vie, chez les marchands de mode et les tailleurs , ne formerait pas à coup sûr un compte très-élevé. Un tamarinier aux branches larges et touffues l'invite à chercher sous son ombrage un abri contre les rayons brülants du soleil ; voilà le seul toit dont il ait besoin pour jouir des douceurs du repos. La nature , cette bonne nourrice de l'homme, ou plutôt le Ciel , n’a pas été assez avare envers lui de ce don si précieux pour le mercenaire fatigué; aucun peuple ne possède comme celui-ci le privilège de dormir profondément, Fût-il à jeun depuis longsemps, s'il se couche il s'endort à l'instant même. Bien différent de nos pauvres d'Angleterre que les tourments de la faim réduisent à passer de longues veilles dans les angoisses et les larmes, l'Indien semble éprouver toute la vérité du proverbe français, qui dort dîne. La profondeur de son léthargique assoupissement n'est pas moins étonnante. J'ai connu un groom qui, tandis qu'il était plongé dans le sommeil, recevait de vigoureux coups de pieds de mon poney et d'un autre petit cheval qui se battaient, se cabraient et se ruaient sur lui; le bienheureux Indien n’en dormait pas moins aussi paisiblement qu'un enfant dans son berceau.
» Lorsque je me rappelle le pain d'orge noir et grossier qui fait le seul aliment des habitants de vos campagnes, et la chétive nourriture des