CHAPITRE
déclamations , aux théories philanthropiques de ces homes qni raisonnent * perte de vue sur les maux occasionnés par des distinctions qn'ils voud. aient voir abo'is, Nos prôneurs d'égalité de la ruce humaine seraient , j'imagine, aussi surpris qu'embarrassés si on les invitait à se dépouiller de leurs titres , afin de prouver, en descendant eux-mêmes au niveau des conditions les plus obscures, la sincérité de leur respect pour les droits de l'} aume. Pour nous, nous nous contentons de preudre nos gens tels qu'ils sont , sans les obliger à faire des concessions si onéreuses qu'ils ne pourraient y consentir sans devenir eux-mêmes le rebut de la nation eniière.
» Lorsque je réfléchis à cet attachement extrême des indigènes pour les usages et le culte religieux qu'ils tiennent de leurs pères , je ne puis assez admirer la puissance merveilleuse de l'Evangile, qui, malgré cet obstacle presque invincible , a su les décider à embrasser une foi entièrement nouvelle, appuyée sur des monumens dont riex ne les aide à constater la valeur historique, préchée enfin par des étrangers , par des enfants de cette civilisation européenne pour laquelle l'indien professe un souverain mépris. C'est là, à mes yeux, le plus grand triomphe de la grâce divine, s'ils n'eussent été appelés par Celui qui sait, dit saint Augustin, tenir à chacun le langage le plus propre à gagner son cœur, la voix de l’hor ‘e eût tenté vainement de se faire entendre, sa prédication fût resue stérile, ainsi que le démontre l'inutilité de ja p'opagande protestante, toute prodigue qu'elle est de son or et de ses bibles:
» Je ne dirai rien du culte grossier et sensuel que nos fidèles ont abjuré ; il est si vil et si méprisable que des oreilles chrétiennes ne sauraient en Supporter le récit. Nulle part le démon ne s’est joué plus ouvertement de la raison humaine ; on dirait une cruelle moquerie de l'enfer pour défigurer l'image de Dieu, tant ces dévots imbéciles se font honneur de ressembler à La brute 3 tant ils affectent , à la face même du ciel, de se parer des insignes de la turpitude. C’est un spectacle bien humi-
liant et qui montre assez , pour quiconque a dos yeux pour voir, quelle effroyable ruine se ferait un jour dans notre âme immortelle si elle venait malheureusement à tomber au pouvoir de l'ennemi de l’homme.
» N'attendez pas non plus de moi, mes chers amis, des détails sur les défauts de nos Indiens ; il me siérait mal à moi, leur pasteur, de révéler leurs faiblesses : est-ce au médecin à découvrir la honte des plaies
qu'il est appelé à guérir ? J'aime mieux vous parler de leurs bonnes qua-
lités ; elles sont d'ailleurs nombreuses et me fourniront un sujet plus conforme à mes goûts, plus digne de mo ministère.
» Leur patience dans les épreuves, la ésignation avec laquelle ils acceptent la mort lorsque Dieu les appelle à lui, leur calme plein de confiance en attendant l'heure dernière après qu'ils ont reçu les consolations de la religion, ainsi que lour tendre dévotion envers Marie, m'ont toujours paru admirables et ont souvent frappé d'étonnement nos missionnaires. On pourrait leur souhaiter une foi pius éclairée , j'en conviens ; mais , dans sa simplicité , elle mériterait encore les éloges de Celui qui a dit : « Je n’ai pas trouvé une foi pareille dans Israël. » Rien n'égale leur . pieuse compassion pour les âmes du purgatoire. Le jour anniversaire de la mort d'un ami où d'un parent, ils ont grand soin de déposer son nom auprès de l'autel afin qu’on puisse facilement le lire et en faire mémoire au saint sacrifice.
» La passion de Notre-Seigneur est encore un des sujets qui parle le plus à Leur piété. Chaque année , ils en célèbrent la mémoire par une touchante cérémonie qui représente en action les principales circonstances du crusifiement. Telle ést alors la ferveur de nos néophytes que , depuis le marûi de la semaine sainte jusqu’au dimanche , les prières et les chants rehgieux se succèdent nuit et jour, et pour ainsi dire sans interruption. À la fin, on détache de la croix un Christ de grandeur naturelle, qu'on porte au milieu des larmes et des lamentations de la multitude , dans un torbeau près duquel chacun veille et prie jusqu'au dimanche matin. Dès la pointe du jour, c'est-à-dire à l'heure de la résurrection, le Christ, entouré d’une espèce de gloire, est placé en triomphe sur un autel élevé. Peut-être sourira-t-on de la’piêté naïve des Indiens au souvenir du grand acte d'amour qui nous trouve d'ordinaire si froids, si insensibles envers un Dieu cui a donné sa vie pour nous; quant à moi, je suis heureux de m’associer au témoignage de reconnaissance que ces baves gens décernent au Sauveur; et plût à Dieu que, :omme la plupart d’entre eux, je fusse pénétré de la tendre compassion pour les douleurs qu'il ressentit , alors que celte scène n'était pas une purs représentation, mais la réalité dans toute son horreur !
» Un de nos missionnaires a écrit que la dévotion indienne aime beaucoup à faire du tapage , à sonner les cloches et à porter les enfants dans l’église pour augmenter le bruit : ici nous avons plus d'ordre et plus de tenue. Deux ou trois fidèles lisent ou récitent les prières à haute voix ; les autres écoutent en silence, excepté lorsque , à certains intervalles
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