CHAPITRE II
et au moment convenable, toute: les bouches s'unissent pour former un concert de louanges ou pousser ie cri du pardon. J'avoue que lorsque j'entends cette voix solennelle de la prière , où tout exprime les sentiments d'une foi profonde, et qu'en même temps je vois nos Indiens le front courbé dans la poussière, en présence de la Majesté divine, mon âme est profondément émue , je ne puis que mêler ma voix aux accents qui implorent la miséricorde du Seigneur. Ces exercices pieux, devant l'autel du Dieu vivant, se prolongent ainsi des heures entières. Tous les jours, chaque petit village, chaque caste s'assemblent, soir et matin, dans sa chapelle particulière, pour offrir un tribut d'hommages et de prières à Celui qui ne cesse de veiller à notre conservation. Plût à Dieu que ce peuple fût aussi fidèle à ses autres devoirs! Mais y a-t-il ici-bas quelque chose de parfait ?
» Je termine cette lettre en vous recommandant de nouveau et le troupeau et le pasteur. Vous savez combien votre souvenir m'est précieux ; j'espère que de votre côté , riches ou Fauvres , vous ne m'oublierez pas devant notre Dieu et commun Père, Demandez pour moi qu’il ne me rejelte jamais de son cœur sacré, et qu'à la vie comme à la mort rien ne me sépare de lui, bien que je sois le plus indigne de ses enfants. »
La caste des sanars dans le Madurée.
Lettre du P. Bertrand, missionnaire de la Compagnie de Jésus, à un Père de la même Société.
« Pallam-Cotth, le 16 décembre 1839.
» ...… Entre toutes les castes du pays, celle qui nous donne le plus de consolations est “elle des sanars, gens extrémemnent pauvres, et sans autres ressources que les palmiers qu'ils cultivent. Voici sur les travaux de ces modestes 1ndiens des © itails que vous lirez peut-être avec quelque plaisir.
» Il faut attendre quinze où vingt ans avant que le palmier donne ses fruit: , et puis on les recueille pendant des siècles. Les premières années,
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la naissance de cet arbre ne se révèle que par des palmes , suivies bientôt d'une tige délicate que des feuilles protégent jusqu'à ce qu’elle soit assez forte pour sé défendre elle-même. Il se forme alors au sommet de l'arbuste une espèce de tête, comme le chapiteau d’une colonne que surmonteraient une quinzaine de palmes. Son fruit ressemble à une longue grappe de cinquante à so‘xante baies , dont chacune , de la grosseur des deux poings, renferme trois amandes placées en forme triangulaire dans une pulpe qui ne peut se manger. Ces amandes contiennent une espèce de gelée blanche et transparente qui, se solidifiant comme la noix à mesure que le fruit tend à sa maturité , devient un aliment de passable saveur. Si, au lieu de laisser les bourgeons se développer et les fleurs s'épanouir, on coupe l’extr‘ité du pédonucule ou tige destinée à porter la grappe, il en découle uue liqueur semblable aux larmes de la vigne. Le sanar la recueille avec soin ; car elle est le produit principal du palmier. Cette récolle commence ici vers la mi-janvier et dure six mois. Avril et mai sont le temps d'abondance et de peine , parce qu'alors un plus grand nombre d'arbres entrent en sève , et qu'il faut monter trois fois par jour à leur sommet pour en exprimer le suc précieux. Grimper de la sorte à quarante ou soixante pieds sur une vingtaine d'arbres n'est qu'un jeu pour les sanars excrcés dès l'enfance à ce genre de vie. La difficulté est, lorsqu'ils sont parvenus à cette élévation, de s'établir sur les longues palmes pliantes qui couronnent la cime du palmier afin de rafraîchir l'incision et de donner ainsi à la sève une activité nouvelle. Aussi n'est-il pas rare que ces malheureux iassent la culbute et se cassent bras et jambes, Pendant que ces hommes se livrent à ce périlleux exercice, les femmes viennent chercher le suc recueilli pour lui faire subir différentes préparations, et les enfants ramassent le bois nécessaire à l’entretien des fourneaux.
» Je voudrais êlre peintre pour vous envoyer le portrait d’un de ces bons sanars ou cultivateurs de palmiers. Voici du moins leurs principaux traits : taille moyenne, visage rond, air de simplicité et de bonhoirie, cheveux noirs lissés et ramessés derrière la tête, barbe ::xaive, dents d'ivoire, oreilles pendantes jusque sur Les épaules, avec des boucles d'or d'un pouce et plus de diamètre, Dans chaque vuiage, ‘7 eut-il que trois ou quatre maisons de cette caste, on trouve toujours «4: ‘ef qui porte le nom de cradeu, où mou-kandea; c'est ja forte tête di liva ; lui seul traite les affaires avec les employés du gonversement , convient de l'impôt , vide les différends , etc. Rien ne se fait sou l’aveu de ce petit despote. Les
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