‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 43 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

autres , vrais moutons, en passent par où il veut. Ils craignent fort de se brouiller avec lui ; car alors chicanes, injrstices , vexations de tont genre pleuvraient sur le sanar en disgrâce. La chrétienté de cette caste qui m’avoisine , compte environ vingt-cinq de ces mou-kandea ; chacun d'eux a son pelit parti, son petit point d'honneur à soutenir ; de là un germe de divisions qui rend les disputes fréquentes et parfois si vives que la voix du Père lui-même n’est pas toujours écoutée. Ce scandale est surtout à craindre s'il se trouve parmi les contendants certains personnages qui, sachant un peu lire, ont laissé la culture trop pénible du palmier pour faire les médecins ou vivre de procès. Le reste de la caste a quelque ciose de la simplicité et des mœurs des patriarches. Tous les ans, lorsque le travail des palmiers finit dans nos Cantons, une partie de ces bonnes gens émigre pour aller s'établir dans le Travancor, où la saison est plus tardive.

Leur mobilier n’est pas difficile à transporter; le mari ce charge du petit

attirail qui lui sert à monter sur les arbres, la femme emporte s0x rouet

pour filer du coton , et c’est tout. Arrivés sur les lierx qu'ils ont choisis

pour seconde patrie , ils forment une cabane de palmes, s’y installent avec leur modeste bagage, et se mettent à l'ouvrage comme d'anciens habitants

du pays.

» Mais la plupart craignent de s'éloigner de leurs arbres, auxquels ils s’affectionnent comme le Pasteur à ses brebis, Nés aux pieds de leurs palmiers, les sanars ne connaissent qu'eux, et sont presqu'étrangers aux choses de ce monde , à ses jouissances comme à ses peines, à ses besoins comme à ses vices. Vraiment on dirait qu'ils n’ont pas mangé avec Adam du fruit de l'arbre de la science du bien et du mal, et qu'ils ont été créés anx jours de l'innocence originelle. On trouve une foule de ces Indiens qui, interrogés s'ils ont commis certaines fautes, répondent : « Autrefois, Oui; il ÿ a tant d'années . je le dis au Père qui me défendit de le faire, et depuis je ne l'ai pius fait. » Oh1 combien de fois, en évangélisant ces pauvres et heureux chréti ns, je me suis rappelé ces paroles de Jésus- Christ : « C'est à ceux qui ressemblent à de petits enfants qu'appartient le royaume des cieux... Heureux les pauvres !....» Et bienheureux aussi leurs missionnaires! Nous comptons dans la partie du sud plus de sept miile fidèles de cette ca:::. Il en reste encore un crand nombre dans les ténèbrs de la g:1 116. Leur conversion sers facile dès que nous pourrons nous OCCi er d'eux.

» Encore un mot sur les sanars, Je voudrais pouvoir rendre tout ce qu'il y a de bizarre 2: de touchant dans les scènes doni nous sommes con-

A at à

mas al sLisdisnnses

tinuellement témoins quand nous faisons notre entrée dans un village. Figurez-vous le missionnaire dans son costume indien, avec sa longue barbe flottant au gré du vent, aussi bien que son voile et son long habit jaune ou blanc, selon le degré de solennité de la fête. Il est afablé d'une sorte de casque, cylindre rouge, qui lui donnerait une tournure guerrière s’il ne suffisait de le regarder pour être entièrement à l'abri de l'illusion. Devant, derrière et autour du Père, c'est une foule d’Indiens de tout rang et de tout âge, courant, sautant , la face tournée vers le prêtre, et par suite heurtant contre les buissons et les arbres, ou se culbutart et roulant les uns sur les autres. De distance en distance, des groupes nombreux de femmes prosternées la face contre terre demandent la benédiction ; des pères , leurs petits enfants sur l'épaule , les présentent au missionnaire avec prière de tracer le signe de la croix sur ces fronts innocents. Ajoutez à tout cela la musique, et quelle musique ! De temps en temps des roulements de tambours interrompent la mélodie ; alors on n’entend plus que la voix des enfants qui récitent en chantant leurs prières ou le catéchisme. Il faudrait, pour que le tableau fût complet, peindre le flux et le reflux des masses, les mouvements, les attitudes des individus, l'expression toujours si variée et si naïve de la joie. Comment mettre sous les yeux de celui qui ne peut les voir ces figures épanouies, rayonnantes de satisfaction, de bonheur et d'une sorte d’orgueil de posséder leur Père 1... Aux larmes d’attendrissement qui alors coulent de nos yeux, à un je ne sais quoi qui fait battre notre cœur, nous sentons qu’en effet ce peuple est notre famille. Quel doux mor.ent que celui-là ! qu’il fait cablier vite les peines et les travaux par lesquels on a dû l’acheter ! Dans les villes , la chose se fait plus en grand ; il y a de l'enthousiasme et de l'exagéré. Mais rien ne va au cœur comme la simplicité, le naturel et la délicieuse naïveté des campagnes... »

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