‹ Les missions catholiques dans toutes les parties du monde [microforme]Chapitre 44 sur 175 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Les néophytes indiens dans le Maduré.

Lettre du P, Antoine Sales, de la Compagnie de Jésus, de la même Compagnie.

à un Père

« Manäpadou, le 25 février 1840.

» C'est vers le milieu de ce mois que je suis arrivé à Manapadou, lieu de ma résidence, un peu éloigné du cap Comorin. Nous n'avons passé à Pondichéry que huit ou dix jours , dont quatre ont été employés à donner une retraite préparatoire aux solenaités de Noël. Aussitôt après la fête, nous nous sommes mis en route pour Trichinopoly. : » Ce n’est point une chose amusante de voyager dans l'Inde. On ne dit pas, en partant le matin , NOUS arriverons ce soir à une hôtellerie ; il faut porter ses provisions , préparer et prendre son repas là où l’on s’arrête, tantôt sous un arbre, tantôt sous quelque hangar (les Anglais en ont fait construire, de distance en distance, pour la commodité des voyagours). On couche sur une natte quand on a eu la précaution de s’en munir, sinon il faut se résoudre à coucher sur la dure. Heureusement Ja température est assez douce pendant la nuit pour qu'on puisse le faire sans danger. » Ce qui répandit quelque variété et quelque édification sur notre voyage, ce fut la multitude des chrétiens qui accouraient au-devant de nous , il en venait quelquefois des groupes de vingt, trente, quarante, Tous se prosternaient la face contre terre, et demeuraient étendus tout de leur long , les deux bras en avant, jusqu'à ce qu’ils eussent reçu la bénédiction. Ils nous accompagnaient ensuite fort longtemps, et ne nous quitaient point sans demander des chapelets et *es médailles, dont chacun d'eux se faisait un ornement. À la fin, notre petit trésor étant épuisé Par toutes ces distributions, je me vis réduit à un grand sacrifice. J'avais dans mon bréviaire une belle image de là sainte Vierge, doux et précieux Souvenir ; un nom était au bas » écrit de votre main... Eh bien, cetie image si chère , il fallut m'en dessaisir. Elle sera suspendue dans l’église d'un village indien. A ses pieds , Marie recevra les hommages de toute une chrétienté, Le chef me lo promit , et je la lui donnai à cette condition.

Au reste, je n’en avais pas besoin pour conserver le bon souvenir qu'elle porte avec elle.

» À quelque distance de Trichinopoly, nous fûmes environnés par une grande foule de chrétiens , venus à notre rencontre avec le P. Garnier, leur missionnaire. Il était à cheval , et nous sur un char, ue des bœufs traînaient d'un pas tranquille et lent. Une musique indienne, c'est-à-dire force tambours, trompettes et autres instruments de ce genre, était censée réjouir nos oreilles. Nous fimes ainsi notre entrée triomphante dans la ville. Deux prêtres schismatiques occupent l'église principale, et comptent dans leur parti environ cinq cents personnes. Tout le reste, c'est-à-dire sept ou huit mille chrétiens, s’est déclaré pour le Saint-Siége et ses envoyés. Les soldats irlandais, attachés à la foi romaine dans l'inde comme dans leur pays, n’ont pas hésité à se ranger aussi du côté des missionnaires. Jusqu'à ce moment, les catholiques n'ont eu d'autre lieu de réunion qu'une espèce de grande masure en terre ; mais le P. Garnier fait bâtir une église en briques dans l’enceinte même de son jardin. Elle sera ornèe d’une vingtaine de colonnes de granit, qui formeront les bas-côtés , et surmontée d'une belle coupole. C'est lui-même qui en est l'architecte. Il doit la possibilité de réaliser le plan qu'il a conçu aux secours accordés à celte mission par l'excellente œuvre de la Propagation de la foi.

» De Trichinopoly je passai à Calléditidel pour continuer ma route vers le midi. J'eus lieu quelquefois encore de me réjouir en voyant l’empressement avec lequel les chrétiens venaient me demander la bénédiction; mais bien plus souvent je m’afiligeai de ne rencontrer que des villes et des

villages dont tous les habitants étaient idolâtres. Je ne crains pas de me.

tromper en disant que, sur cent indigènes, à peine se trouve-t-il deux ou trois chrétiens. On voit ici des milliers de pagodes de toute forme et de toute grandeur. Auprès de chacune est ordinairement une pièce d’eau ; car le culte principal des Indiens consiste à se baigner pour se purifier de ses fautes, genre de pénitence assez commode dans un pays chaud. Les pagodes sont en général des bâtiments carrés ; leurs murs sont couverts de figures grotesques de singes, de bœufs, de cheyaux, d'ânes, d'oiseaux et même d'animaux purement imaginaires, comme autrefois le sphinx et tant d’autres, sortis du cerveau des poëtes.

» Est-il possible, direz-vons, œue les Indiens prennent tous ces monstres pour des dienx? Il me semble qu'il fau distinguer la classe ignorante de celle qui est plus éclairée, Le peuple , en effet, regarde comme Dieu tout ce qu'on lui donne pour tel ; mais les gens instruits prétendent qu’au fond

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